L\ CARRIÈRE ABANDONNÉE
En effet, le matin même de ce jour, que M. Dalifroy eût volontiers marqué d'une croix blanche, où naissait dans son cerveau fécond l'idée, disons mieux, le rêve d'un infanticide à greffer sur l'assassinat d'Emile Roup:et, — il avait été découvert, au fond d'une carrière abandonnée, route de Châtillon, le cadavre d'un enfant de sept à huit mois.
Cet enfant, par son âge et par son sexe, — c'était un garçon, — correspondait parfaitement aux déclarations faites par la prévenue, devant le juge d'instruction.
Elle avait déclaré, à la vérité, que son enfant, à elle, était mort, il y avait ^ix mois; mais il pouvait très bien se faire que cette partie de sa déclaration fût mensongère et n'eût d'autre but que de chercher à égarer la justice.
Ce qui était acquis, c'est qu'elle avait été mère, que l'enfant né d'elle était du sexe masculin; qu'il était mort à sept mois, et qu'elle ne voulait faire connaître aucune des circonstances de cette mort, ni indiquer le lieu où reposait son corps.
Que de circonstances favorables à l'accusation !
Que de gens un juge d'instruction habile, un procureur général éloquent, et un président sachant interroger l'accusé et les témoins, et résumer les débats, ont envoyé au bagne ou à l'échafaud, avec moins de preuves que cela!
Le sceriario était tout fait.
Il n'y avait plus qu'à Texécuter, qu'à remp'ir les lacunes, qu'à préparer le dénouement, et cela marcherait comme sur des roulettes, M. Dalifroy étant un des plus admirables faiseurs de drames judiciaires que Ton connût au Palais.
Etant donnée la situation, et suivant la méthode ingénieuse
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de la ma,^strciture"âs«fse, ce n'était plus à l'accusation de prouver
ses dires.
C'était à l'accusée de prouver son innocence, — chose à peu près impossible neuf fois sur dix.
Dès le lendemain matin, M. Djiifroy, s'était rendu sur les lieux où l'on avait découvert le corp'-j de l'enfant, afin de tout inspecter par lui-même, et de ne négliger aucun détail qui pût lui fournir
une arme contre sa VV^i^^^UK mkmM2. r
Evidemment, il n'avait point la certitude que le nouveau crime eût été commis par elle; mais, il pouvait le lui attribuer avec toute vraisemblance. .^•; ,'t
Et cela sûfiisait amplement. , r ,
A elle de s'en tirer, de démontrer qu'elle étaii innocente, de
ll^tr. ■:■.!!■' r- ., / !i . -1= lui il)' , ^,: ■ -i ■ »
dénoncer une autre coupable, si elle existait.
Mais M. Dalifroy était bien tranquille de ce côté.
Il se disait, in petto, qu'elle ne parviendrja.it ,pas à se décharger de cette seconde accusation, et qu'il la convaincrait du forfait d'infanticide, en toute sécurité de conscience.
Pour se laver du soupçon terrible qui allait planer désormais sur sa tête, il aurait fallu qu'elle représentât le corps de son propre enfant.
Elle avait refusé de répondre, à cet égards.,;, .j,,j.^:,ij j;^. jj) .ju-uju
Qu'elle persistât dans ce système, et M. Dalifroy arrivait à inspirer, — aux autres", — la conviction de la. culpabilité d'Inès, assez poUjr ^'âyoir aucun rppjçpch^ejàjs'adresseç, aucun remords à
^^^^^^-5aj3ir;nooiirj «ijb ariuoujs 6iJicfinoo âiifiï iuAuov on sliD^jjp La route de Clhâtillon est bocdée d'un eertaij>f,^pn5i^re,4çipitijt^, de carrière, d'où Pon. extrait les pierjces. de taiUe.,,.,, . r^ :,j,, -..i'^
pr9firent sur . Je,, ciel^ e|,^ ^4QiÇ,i;i^i:^^^lii^, , ï^^p^çj^V^éllv^nge taM u|xa,y^ag^
des environs de Montrou-e.^,,,^ .,,. , vMn^.vi y, ..aiwuiu^
Plusieurs de ces carrières .soijit, al?andonn^^i,f Jjï^^e^^i^jireoÉ^pllîïg)
qu'à la culture des champignons de couçhej^^t }j,;j.-, or'.f^n-^.a?! kI
,, C'est dans l'unp de ces,parrrière3,|£fbandonnées qu'on avait trouvé
fracture le crâne, ..j^jj^tj „j, ^j^^t^oo no I aup aj-iixii^ibnt i-.umyib ;?î.iofn>;inî obodt-Jrrî el inB7iuA ie .noilenJi? ni yànnob inufd
Il était déjà transporté à Lx Morgue et soumis à une autopsie méticuleuse, dont les résultats devaient être immédiatement transmis à M. Dalifroy, qui avait demandé à connoître, à suivre tous les incidents de cette nouvelle affaire.
Le commissaire de r olice do Montrouge, celui-là même qui avait été appelé aux premières constatations, accompagnait M. Dalifroy, prêt à lui donner tous les renseignements dont il '"^ aurait besoin.
Le propriétaire de la carrière les guidait tous les deux.
Les trois hommes se rendirent au puiis, m traversant une sorte de champ inculte couvert de la po'issière blanche et des débris des pierres qu'on tirait jadis de la carrière.
Ce morceau de terre stérile, — il y poussait à peine quelques maigres touffes d'herbe aux endroits où le tuf ne recouvrait pas le sol primitif, — était entouré d'ur.o haie, crevée à maints endroits, par lesquels les enfant J - l: rù Jours pénétraient à volonté sur ce terrain où il n'y avait riju à prendre, rien à protéger.
Du côté do la route de Cliâtillon, il y avait, de plus, une large entrée sans barrière.
On y voyait encore la marque profonde des roues des lourdes charrettes qui enlevaient, autrefois, les cubes de pierre.
C'est; par cette entrée toute natur.IIo que le juge d'instruction et le commissaire de police pénétrèrent dans le Vcxste enclos qui entourait lo puits d'extraction.
On se rappelle qu'on était en hiver, au mois de décembre.
11 gvlait depuis plusieurs jours, et la terre sèche et dure résonnait sous lo pied, sans recevoir ni garder aucune empreinte.
Les deux'kom'mes et leur guide descendirent d'abord dans la. carrière, et visitèrent l'endroit où le corps avait été découvert par celui qui cultivait des champignons, au fond de ce trou sombre et humide, et qui leur donna quelques détails précis sur la façdii idiht il âvMï; ii'oaVè^i*èiifani;''morf,'iivaiit fart^ miss'àirè dë^jiblicé.
..Cpmine M, Dalifroy s'étonnait c[ue ce ça,dayre eût, pu séjourner
Il s'en empara fiévreusement et lut avec une attention minutieuse.
là pendant plusieurs jour-:, le champ' 'jnonnîste expliqua qu'il restait quokjucfois, entre doux récoltes, des semaines entières sans visiter SCS couches. ^ . .., .
On constatait, à Fendroit sip^nalé, une tâthe'et plusii-urs ecla-
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boussures, indiquant parfaitement l'écrasepent du crâae mou
CeiDcndant, M. Dafifro^ sefitre^at^r,^^!^ (^^crfrj9.^4i^n?„ j^^plui grands d'^taiis îa position exacte du cada^rç^ eonoeduM ,8^tfiq
Ceci fait, il releva la tête, s'orieixt^j ^t t;^^,|poidement au commissaire : . ^ ! . -, ,M M,ï ,î,|i . -^-.y/j II 11 ^' ,! ;ih ' '^ -:. .'.'i. ■■ - ' ' ..-' '■'
— t> après vos explications,,^ jaxp iSerable évident que la personne qui a.' jeté le corps n'a point abordé l'orifice dii puits, du côté où nous venons de le faire. Si elle a suivi le même chemin que nous, elle a tourné, et devait faire face à la partie du terrain où s^ouvre l'entrée principale par laquelle passaient les charrettes. Sans cela le cadavre eût occupé une position différente et même opposée.
— En effet, — répliqua le commissaire de police avec surprise, — vous devez avoir raison, cela ne m'avait pas frappé.
— Or, — poursuivit M. Dulifroy, — il est peu probable que la personne qui a commis le crime ait tourné autour de l'orifice.
— C'était une perte da temps inutile.
— En pareil cas, on n'a qu'une préoccupation : se débarra-^ser d' rn pareil fardeau, et on le jette, dès qu'on en a la pos^bilité, avec hâte, précipitation...
— Rien de plus juste.
— J'en conclus donc que la personne qui a jeté l'enfant a dû pénétrer isiitr le terrain, par un côté opposé à celui que nous avons suivi.
Y a-t-il une autre entrée en face de celle qui nous a conduits ici?
— Entrée, n'est pas le mot, — répondit le commissaire de police, après une minute de réflexion; — mais de fait, il existe, du côté opposé à la grande route, un petit sentier, à travers champs cultivés, et comme la haie n'est point entretenue, il est facile de la franchir de ce côté.
— C'est bien, — lit M. Dalifroy ; nous inspecterons ce sentier en nous retirant.
Les deux hommes quittèrent le fond de la carrière, toujours accompagnés par leur guide, qu'ils remercièrent ^et renvoyèrent
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chez lui, et se dirigèrent aussitôt vers le segLtjj(çrjj5ï}enJj^9](^i[ip^ pa^r
lu commissaire. . ^„ ni /r 1/ \,,,A^nrsn.rs
'•■'Cntlmrn faisant, M. Dalifroy s informa si Ion signalait, dans le pays, l'absence ou la disparition de 'quelque jeune fille, et donna le signuleme'nt détaille dlne-s.'" "^ •
Aucune jeune fille lui ressemblant de près ou de loin, n'existait, lii à Montrouge, rii a Châtillon , Hi ' à "Fontenay-aux- Roses, Jtii a Btlgrieux. J^MU-fi . /
""©ans ces divers petits ^a^s^,^n*'Hfe SÏ^gnàlaît pW âaviantagè la fdisparitioii dUticùh'erifliht^'èi^- Bk^-â^ë]''nf''a^^^^ accouchement
tdestin, ddpuïéî deux ans. i" 1 -»'^4'^"»m 3â Cfettë iénquête ' aVa;ît ' été ; ' Mtb^Wèâ*^'^i|ïiéusÉienî*5l ' v^Me même par le commissaire de police, aidé de deux agent^venus dé '^mk à la'prëffegré^bli^^élfé' cfô '^ "^ '^^ "
— DoneJ'^Uii^'èé tiil MVT)aîifroy, — la, 'prévenue hliabitait point
lé pays, y 'était 'inconnue, éf c'est cela' même'quf'ï^âura décidée
à ii!tèr".^t)'n[ ëhfàtit dans tine dei5 carrières qui abondent de ce . r .eiiluni p.qrnaî f.b e^T^'q ano i\^"> > J -""
cote. ^
iKetateM arrives^, tout en 'causanf ainsi, a Tautre extrénntér duH;*i-ain;; " - "=• """«^ - - ■--■ -' "■■■ ^' ."'^^'"•"^ "^'-'r^l "' ^'
Tout a coup, M. Dalitroy s'arrêta, le nez en avant, fa tete.pen- , , . 4'xiji HiJiq on jiiud*—-
cliee. ^ ^^^; ^ J-^(ioa ii-»'l
ukjs Émettes ccrriibiëti^tt^ tlflilps le corps'^avait-if'ete'ïeté, — 4e-
m"àY/aail^il''btti1scftieTÏi^i4V— (luaiul on l'a retrouvé? . .
— D'après l'opinion du prcinii r nu'dctjiii requis, — iljDOUv^it yît1*iipimi^; huiteine de'joùr«. '- ' ' '^'""^ sauliS-ïsT
— Bien ! Il y a huit jours, il ne gelait pas, et même il me s§my6 tqwîïh pleuvait Jibnoqèi — ,iora si ?.£q Jaa'n .oàiîna —
^(jfrrii^ ciïoiK.4iiie.lLe-rappekr,fïé^i/^#èi;L-»^J -^^îJf>'^« ^'^"" ^'^^'"î^ eSoiloq ^,-Trr7iif^-.«rdwzîdonc.!i-n ^Jôicsi'tteî^ 4tnpmiûkhê^éh%%f conime^ cVivn i^ietitipidd^ Ih+« qim>l^ â?oîd,t«ulh-eÂa''dé'ibtfîs',''a<^c6ii^ Elles sont tnVs marquées auprès do'Jltà''Mié,''bû''i^î'y'{i'\fê4a 'tcTre'^ v%tétiJ^,teixse)dirig<^i^ti v©]f»ik^ îiâf^itVt^, 4iî yWa^i'tit^graciue Ile-
meut, — ce qui ticul à la couche pierreuse qui s'i^^'di^sfl'J au^Yur ^ et^^|,^^|^.^^rQ,^l^.'o\i,\.^il^l?rOiCi]iq,jJ^il'0 iUcadiiipmrtsid^o.vftki^idh/"^^^
répliqua, un peu ennuyé de se trouver pris en faute :
!.ii.yï n ,-j.<i,!.:
— Vous avez raison, monsieur le juge d'instruction.;! C'es<, même là ce qui m'a empêché-^de remarquer, tout d'àbbr'cîl' ces empreintes presque invisibles.
Il faut en faire prendre la mesure exacte, avant leclè'gel,
qui peut survenir d'un moment à l'antre.
— Cela va être fait immédiatement.
— Vous me transmettrez cette mesure, à mon cabinet, au Palais do Justice.
— C'est un pied de femme ! et fort petit ! — se disait M. Dalifroy doucement ému, à l'idée que ce pied pourrait bien être celui de la prévenue, qui avait, en effet, le pied remarquablement petit,
Ciiose dont le magistrat s'était fort bien aperçu.
La haie, à l'endroit où ils s'étaient arrêtés, offrait plusieurs solutions de continuité.
Ils la franchirent sans difficulté, et se trouvèrent dans un sentier étroit et long, bordé également d'une haie, mais mieux entretenue que celle du terrain voisin.
Les mêmes marques de pas se trouvaient dans le sentier, quoique plus confuses.
D'autres pas y étaient mêlés, de paysans lourds, à souhers ferrés, ou d'enfants chaussés du sabots.
M. Dalifroy s'y attendait.
L'important, c'est que les pas légers avaient seuls franchi la haie. .,,j, f „ , ,
Mais M. Dalifroy n'était pas au bout de ses découvertes.
Il n'avait pas fait vingt pas, en compagnie du commissaire, que tous deux aperçurent, en même temps, à une épine de la haie qui bordait le sentier, un p tit morceau d'étoffe noire, arraché évidi.mme.it à une robe de laine.
M. Dalifroy s'en empara, et, n'ayant plus rien à découvrir, il le remit au commissaire de police, qui se chargea de le lui transmettre ofticiellement, à titre de pièce de conviction, avec procèsverbal à l'appui.
— Voilà une assez bonne matinée ; — pensa M. Dalifroy. — Maintenant, il faut savoir ce que donnera l'autopsie. — J'espère recevoir, aujourd'hui même, le rapport des médecins.
Et, quittant le cc-w>iiîissaire de police, il remonta dans la voiture qui l'avait amené, et retôu'riïa au Palais de justice.
Là, en effet, il trouva ce qu'il attendait, et même ce qu'il n'attendait pas ! ' ' ..