‹ L'enfant de l'amantChapitre 17 sur 69 · IS'"'' LIV · texte numérisé non relu

IS'"'' LIV

indispensable. Pour le reste, en ce qui dépend de moi, je l'arracherai aux conséquences matérielles, immédiates... de ce qu'elle a fait. Nul ne saurait exiger davantage de moi, non, pas même sa mère, si elle était là!

— Que voulez-vous dire? — balbutia son interlocutrice, en baissant instinctivement les yeux sous le regard de celui qu'Ivan Daniloff et elle-même appelaient Maurice.

— Marguerite, vous aviezjuré à Andrée de veiller, comme l'eût fait sa propre mère, sur cette enfant.

— Ne l'ai-je pas fait ? — demanda-t-elle d'uno voix presque indistincte.

— Non ! — fit-il sévèrement.

— Je l'ai aimée de toutes mes forces, pour l'absente et pour moi !

— Vous l'avez aimée... oui, je le sais. Cela ne suffit pas. Voua l'avez perdue.

— Ce n'est pas moi ! — répliqua la vieille femme, avec une subite énergie, en relevant la tête.

— Elle s'est perdue, si vous préférez... ou on l'a perdue... peu importe. — Vous n'avez rien fait pour l'empêcher.

— Croyez-vous que c'était facile? ■ — Je n'ai su qu'après... et je l'ai protégée de mon mieux... Elle m'a faite sa complice... Pour sa mère, je devais tout essayer, afin de la sauver... Ah ! on voit bien que vous ne la connaissez pas !

— Tenez, — fit brusquement Maurice, — nos perdons un temps inutile, — Elle m'était sacrée, vous ai-je dit; je ne voulais pas la frapper. Elle s'est frappée elle-même... Elle a, elle-même, accompli l'œuvre que je pouvais désirer... C'est elle qui me livre son père. Je ne demande pas davantage, et je ne permettrai pas que les choses aillent plus loin, en ce qui la concerne personnellement. Je ne puis effacer ses actes, et, par eux, justice sera faite; mais, autant que cela dépendra de moi, je vous répète, ces ajtes ne l'atteindront pas, au delà de ce qui est absolument inévitable.

— Je ne vous comprends pas, — Est-elle donc menacée directement ? — Qui sait?...

— Aujourd'hui, on ne sait rien. Demain, on saura tout. Il faut

qu'elle parte, qu'elle fuie à l'instant même. Les minutes sont comptées.^ Ne me retenez pas davantage. Menez-moi près d'elle. Marguerite, plus pâle qu'une morte et tremblante do tous ses membres, le regardait avec une hésitation visible

— Est-ce que vous doutez de moi ? — lui demanda-t-il. • — C'est que vous avez tant souffert...

— Je vous ai déjà répondu qu'elle était la fille d'Andrée, — s'écria-t-il, d'un accent qui ne permettait aucune hé-iitation.

— C'est bien, — dit-elle alors. — Je vais la réveiller, la prévenir, vous lui parlerez.

Elle s'élança vers la porte de communication, l'ouvrit et disparut dans l'ombre de la chambre d'Emma.

— Emma 1 — dit-elle, à voix basse, en «'avançant sur la pointe du pied, à travers l'obscurité.

— Que me veux-tu? — répliqua la voix de la jeune filie.

— Tu ne dors pas?

— Non.

Au même instant, Marguerite sentit qu'on lui saisissait la main.

— Tu n'es pas couchée ? — répéta la vieille femme avec surprise.

— Tu le vois bien. — Qu'y a-t-il?

Marguerite la prit dans ses bras, l'y serra violemment, en lui soufflant à l'oreille :

— Du courage, ma chère enfant!

— Qu'est-ce qui te prend? — répliqua mademoiselle Dalifroy, en la repoussant nerveusement.

— Tu es menacée...

— Par qui.''

— Je l'ignore... mais viens... dans ma chambre... quelqu'un t'attend... qui sait tout... t-t qui vient pour te sauver.

— Quelqu'un qui sait...' me sauver!... —répéta Emma d'un accent bouleversé. — Ah! Voyons! — Tout plutôt que cette agonie de l'incertitude et de l'épouvante qui grandit à chaque minute.

Et, sans s'inquiéter de sa gouvt^rnante, qu'elle éloigna de la main, elle se précipita vers l'autre pièce, dont elle entrevoyait la

lumière à travers la baie de la porte simplement poussée. En entrant dans cette pièce, suivie par Marguerite, elle se

trdûvar en façede Maurice, i/navàiq iioa en li'up in

Elle recula, à cette vue^; noBtom î»!!'?':» ■nnjEjb in ^e-nuru^:, ^.uov Ce visage sévère d'un homme qu'elle né- cornials^ait point, et

qui la regardait avec une expression de dureté peu sympathique,

lui fit peur. àggaïqxo'I) Ifloraaurpaîn'

— Qu'est-ce que cela signifie? — balbutia-t-elle. — C'est une trahison... Que môiveut cet homme? — Parle, Marguerite, parle» ■' '' nolln-lr ycy, ■•. i:^T ,.,-. ,.,;- :'^.r .;' v

• -i^ Mademoiselle, répondit Maurice, sans laisser le temps à Marguerite, plus troublée que jamais, de placer un mot, — cet homme, comme on vous l'a dit, sans doute, ou comme il vous l'apprend, si vous l'ignorez, sait tout.

— Tout quoi? — répliqua mademoiselle Dalifroy, qui décidément n'avait de timidité que vis-à-vis de son père, et dont les yeux clairs se remplirent subitement d'une lumière menaçante.

— Mademoiselle, — reprit Maurice, — vous rappelez-vous ce qui s'est passé, dans l'ancien appartement de votre mère, il y a dix jours?

La jeune fille devint livide et chancela.

— Que... que voulez-vous dire, — monsieur? — fit-elle avec une expression de terreur tragique.

Il se pencha vivement vers elle, et lui murmura à l'oreille quelques paroles qui devaient être terribles, car on pouvait voir la jeune fille frémir des pieds à la tête, à mesure qu'elle les entendait.

Puis, il se redressa, et ajouta tout haut:

— Vous m'avez compris. Or, ce que j'ai appris, ce soir-là, cette nuit-là, plutôt... voire père le saura demain.

Elle était devenue livide, avons-nous dit.

Une peur atroce bouleversait ses traits juvéniles.

Elle joignit brusquement les mains.

— Grâce ! — dit-elle. — Pourquoi me dénoncer ? Que vous ai-je fuit? Je ne vous connais pas. C'est la faute de mon père... Ah! si vous saviez quel homme c'est !

L'ENFANT DE VAMAM 147

— - Je le sais. —^ C'est pourquoi je suis ici ..en ee moment» -r-. Je viens vous dirènfiM "ïKq oivin»' ,9oéiq <^);ff>.'> pniîb )nsiUff^ n^

Partez, avant qu'il ne soit prévenu ! Il ne faut pas que demain il vous retrouve, ni dans cette maison, ni ailleurs.

Vous avez le temps de fuir... je vous en apporte les moyens.

La jeune fille, qui l'écoutait avec une attention passionnée, changea brusquement d'expression.

Sa physionomie devint défiante, et elle se redressa.

— Pourquoi fuir, si vous ne me dénoncez pas? — dit-elle d'une voix haletante. — Et, si vous avez l'intention de me dénoncer, pourquoi me proposer la fuite .^ — Dans le premier cas, la fuite me perd. — Dans le second cas, je ne puis me fier à vous. — D'abord; comment savez-vous... ce que vous prétendez savoir ?

— E:i me suivant, vous l'apprendrez.

— Mais je ne suivrai pas sans comprendre, sans que vous m'ayez dit qui vous êtes, comment vous avez surpris mon secret, quel but vous poursuivez ? Me prenez-vous pour une folle, ou pour une enfant ? — Vous ne me connaissez pas, si vous avez cru trouver une jeune fille lâche et prête à tomber dans tous les pièges. — J'ignore qui vous êtes... vous me menacez... Je n'ai rien de plus à perdre, si vous voulez mo livrer... Par conséquent, vous ne sortirez pas d'ici, sans me dire à qui j'ai affaire... et ce qui vous amène.

Ce disant, elle s'élança vers la porte de sortie, et s'y plaça résolument, comme pour barrer le chemin à l'inconnu.

A cet instant, son visage exprimait une dureté effrayante et une résolution diabolique, qui ne manquaient ni de grandeur ni de beauté.

Avec la flamme en plus et la grâce ineffaçable de ses vingt ans et de son sexe, elle était devenue le portrait vivant de son père.

L'homme eut un geste de colère et de déception inquiète.

— Emma, je t'en conjure, — s'écria Marguerite, — ne l'irrite pas... Ne repousse pas le salut qu'il t'otïre... Si je n'avais été sûre de lui... t'aurais-je amenée?

— Prenez garde, — interrompit celui qu'Emma provoquait et bravait. — Prenez garde, mademoiselle Dalifroy; vous allez vous

perdre, cette fois encore, par votre faute, et sans que j'y sois pour rien... Si je n'écoutais que ma haine... je vous laisserais faire...

— Monsieur Maurice... je vous en conjure, pitié pour elle, pour moij pour Andrée, — sanglota la vieille gouvernante, en se jetant à ses pieds.

— Andrée... Oui... Vous avez raison I — fît Maurice, en passant la main sur son front, comme pour en chasser quelque mauvaise pensée.

Mademoiselle DaHfroy avait tressailli, en écoutant les paroles de Marguerite.

Ses yeux brillants se reportèrent sur l'iiomme debout devant elle, et l'analysèrent, des pieds à la tête, avec une rapidité et une profondeur étonnante d'observation.

— Ah ! ah ! — fit-elle, et ses lèvres se plissèrent pour un sourire ironique. — Maurice... Andrée... C'est bien l'âge... Oui, oui, c'est cela! — L'amant de ma mère!

Page 1