‹ L'enfant de l'amantChapitre 24 sur 69 · PAU LE TROI T)E LA SERRURE · texte numérisé non relu

PAU LE TROI T)E LA SERRURE

La clef était en dedans, mais tournée de façon qu'au lieu de boucher l'ouverture elle laissait un libre passat^e à la vue.

Voici donc ce qu'Andrée aperçut et ce qu'elle entendit.

Marc Dalifroy et Athénaïs étaient ensemble.

iMhénaïs portait, pour tout costume, un long peignoir léger, comme une femme qui reste seule chez elle.

Marc Djlifroy avait son costume habituel, — c'est-à-dire qu'il était vêtu do noir des pieds à la têtj.

Cependant c'est à peine si sa femme le reconnut, tant ses manières et son visage étaient différents de ses manières et de son visage de la rue de Turenne.

C'était un autre homme.

Plus rien de raide et de solennel : un grand laisser-aller; une expression inconnue; le sourire épanoui, l'œil vif et brillant, les lèvres et l'oreille rouges, l'air bon enfant et animé, les gestes naturels.

Il était non pas assis, mais à demi étendu, près de la cheminée, sur une chaise longue, qu'Andrée connaissait bien, et

Athenals,' les cheveux mal attachés, flottant en partie sur les épaulfs, allait et venait, souriante, à travers la chambre, avec des ondulations de corps qui frappèrent Andrée.

Elle aussi, elle était toute différente de l'Athénaïs qu'elle avait vue jusqu'alors.

Elle lui trouvait quelque chose d'extraordinaire et le regard

Tout en allant et venant, elle frôlait de son peignoir léger, les jambes de Dalifroy, qui la suivait d'un œil enflammé. • '

Andrée distinguait même, sur le blanc du globe, un làcîs'de petites veines pourpres, qu'elle n'avait jamais remarqué, chez son mari, non plus que cette mobilité des narines, qui se gonflaient et s'abaissaient alternativement , et parfois avec une grande force.

Tout en marchant, tout en ondulant à travers la petite pièce, tout en se frôlant contre les genoux de Marc Dalifroy, Athénaïs parlait à voix basse.

Toutes ses paroles ne venaient pas jusqu'à l'oreille de madame Dalifroy, mais il en venait des lambeaux étrange? qui la stupéfiaient, qui la faisaient frémir, qui, lui donnaient là chair de poule, qui arrêtaient le battement de son cœur.

Les réponses de son mari lui parvenaient plus distinctes.

Il avait une ces voix mordantes et un peu aiguës qui scandent les syllabes, et se font entendre à distance : habitude d'avocat; effet de tempérament.

D'abord, Andi'ée constata qu'ils s'appelaient par leurs petits noms.

Madame de Séverin disait :

— Mire, en s'adressant à lui, M. Dahfroy disait :

— Athénaïs, en s'adressant à elle.

Elle les avait toujours entendus s'appeler : M. Dalifroy et madame de Séverin.

Ensuite ils se tutoyaient.

— Tu peux voir si j'avais raison, — venait de lui dire Athénaïs.

— Oui, ma charmante, et je t*en aimerai enc,9^rç .^parit^^ç,^ si c'est possible, — avait répondu M. Dalifroy. ,. ,., .;,rr , t, ,.

Puis quelques phrases lui avaient échappé,

C'est une poupée, — avait encore dit la blonde madame de

Séverin, en riant de toutes ses dents blanches. . , .

— Je l'aurais commandée exprès que je n'aurais pas été mieux servi! — avait répliqué le mari d'un ton satisfait et dédaigneux

à la fois. [îùvio:

— Sais-tu que j'ai manqué, un instant, d'en être jalouse? — avait-elle repris en se rapprochant de lui.

— Toi ? Quelle folie !

— Dame ! Elle est gentille, après tout...

— Elle n'est pas mal : la beauté du diable, la jeunesse... Mais c'est froid, cela ne sait rien.

— Est-ce que tu t'en plains ?

— Non, certes ! Tu connais mes idées à cet égard... Ici quelques paroles échapperont à Andrée.

— Ce n'est pas cela que je lui demande, au contraire ! — continua M. Dalifroy. — Et je serais désolé qu'elle fût autrement.

— Aussi tu t'arranges pour cela, diplomate 1 — fit Athénaïs, avec un regard si expressif, qu'Andrée, sans en comprendre la portée, s'en sentit toute remuée.

De qui parlaient-ils donc ?

— Oui, — reprenait Athénaïs, — ■ elle est gentillette, à la façon d'une pensionnaire. Ce n'est pas une femmo. Elle est raide, empruntée, les formes sèches... et d'une niaiserie. .. Elle ne sait point marcher...

Elle est toujours la même. De grands yeux noirs... c'est vrai, mais qui ne disent rien.

— Elle est agréable dans un salon, et suffisante pour éle\er des enfants. C'est tout ce que je lui demande, — tu le sais bien, — interrompit-il avec un regard qui secoua aussi celle qui entendait et voyait.

Mais pourquoi me parles-tu toujours d'elle? Tu sais bien qu'elle ne peut pas lutter contre toi... Elle n'y songe pas, et je ne l'endurerais pas ! — fit-il, en reprenant, pour une seconde, un visage qu'Andrée connaissait.

— Bien vrai, n'est-ce pas? — s'écria Athénaïs en s'arréttnt devant lai, et en lui posant ses deux mains sur les épaules.

M;t,rc Dalifroy se redressa un peu, écarta les jambes de façon à ce que madame de Se vérin pût se rapprocher davantage de lui, et les referma sur elle.

Elle eut un petit rire aigu de femme qu'on chatouille.

— C'est qu'il fallait que j'aie bien confianc:- en toi, i)our te faire faire ce '.nariage,

— Je n'aurais pas mieux choisi... Je n'aurais même rien trouvé qui me convînt autant, à' tous égards : — de la fortune, une bonne éducation religieuse, pas de volonté, pas d'idées, pas de sens, pas de famille.

— Et un enfant qui t'en débarrasse pour longtemps. Il faudra les espacer, pour qu'elle n'en sorte pas.

— Parbleu !

Il l'attira contre sa poitrine.

— Si lu savais ce qu'elle m'a dit, l'autre jour! Elle se pencha à son oreille.

Tous deux éclatèrent de rire !

— En voilà assez sur Andrée, — murmura-.t-il enQn. — Par- Ions d'aulre cho-e, veux-tu ?

— Au diable la petite Zérol — s'écria Athénaïs, en collant ses lèvres sur les lèvres de Marc Dalifroy.

Son nom n'apprit rien à Andrée.

Depuis quelques instants, elle savait déjà que c'était d'elle qu'il s'agissait.

Mais ce nom, prononcé ainsi, lui traversa le cœur d'une douleur aiguë comme un coup de poigiiard.

Cependant, elle ne tomba pas.

Elle était de pierre, et, en même temps, tous ses sens avaient acquis une acuité extraordinaire.

A présent, elle percevait le plus faible murmure.

Pas un mot qui lui échappât 1

Pas une intonation que son oreille ne .saisit.

Les plus petits détails, les plus insignifiants, pénétraient dans son œil.

L'ENFANT DK L'AMANT 199

C'était quelque chose de presque semblable à la vision du sommeil magnétique.

Athcnaïs s'était penchée sur son amant et leurs lèvres s'étaient unies.

Marc Dalifroy la serrait de ses t^enoux, tandis que ses mains se rejoignaient derrière la taille de la blonde opulente,

Andrée voyait, sous l'étoffj légère du peignoir, 1 1 cambrure des reins, la ligne du do>, partant de la nuque, comme un vallon, entre les épaules ouatées d'embonpoint ; puis la saillie de la hanche, le haut de la cuisse, et, tout en bas, la rondeur appétissante du mollet, moulé par la mousseline qui se plaquait sur les chairs.

Une seule épingle retenait la chevelure, et Andrée la voyait peu à peu se détacher, s'incliner sous le poids des boucles blondes qui frémissaient légèrement aux secousses de ce baiser prolongé.

Les jambes de Marc Dalifroy aussi devenaient expressives.

Elles se serraient autour des jambes d'Athénaïs avec des torsions de serpent.

Les genoux osseux du futur magistrat semblaient vouloir percer le drap du pantalon qui les recouvrait, et qui s'était retroussé, en partie, au-dessus de la bottine, laissant apercevoir une ligne blanche formée par la chaussette.

Les mains, croisées sur les reins d'Alhénaïs, se serraient, semblaient vouloir entrer dans les chairs de la jeune femme.

Andrée les voyait, ces mains sèches, aux longs doigts disgracieux, rougir, se gonfler, écarter et recourber leurs phalanges, tandis que les veines s'y dessinaient en bleu foncé, devenaient violettes, paraissaient prêtes à éclater.

Cela dura longtemps;

Puis Athénaïs se raidit, détachant son visage du visage de M. Dalifroy, rejetant la tête et le buste en arrière, repoussant Marc de ses deux bras.

L'étreinte se desserra.

Il laissa retomber ses mains.

Athénaïs s'éloigna d'un pas, mais resta debout devant lui,

M. Dalifroy avait le visage empourpré, les yeux étincelants.

Sa poitrine se soulevait. Oa eût pu compter les battements de son cœur.

Ses lèvres paraissaient sèches.

Ni l'un ni l'autre ne parlaient plus.

Alors, elle, tranquillement, avec un sourire triomphant, et d'un geste presque machinal, elle dégrafa son peignoir, puis le rejeta loin d'elle.

Lui la regardait sans bouger.

Elle apparut en corset de satin noir, sur lequel débordaient des blancheurs appétissantes.

Ses bras nus, ronds et blancs comme du lait, sortaient d'u n doigt de manche brodée, près de l'épaule, aux courbes arrondies et fuyantes.

Ses jupons glissèrent, et, du pied, elle les envoya rejoindre le peignoir.

Sous sa chemise courte et transparente apparurent dos bas de soie noire tendus et son cou-de-pied saillant, dans une mule de velours rouge.

De ses deux mains potelées, elle saisit le corset, oscilla légèrement sur elle-même, se cambrant, pour faire «auter les boutons de leurs agrafes de métal, avec un craquement sec. . . , . ......... ..... *.....••

Marc s'était levé.

Il avait enlacé Athénaïs.

Ses lèvres ardentes couvraient de baisers les épaules et les bras.

Et, pour chaque baiser, Andrée haletante ressentait une morsure, comme une brûlure sur ses chastes chairs.

Enfin, elle glissa lentement sur ses genoux; son corps frêle se pencha en arrière, et elle s'allongea sur le parquet, les jambes repliées, immobile et muette.

C'était moins de l'évanouissement que du tétanos.

L'IÙM'AM DK L'AMANT

iVi'-SOl

Je venais de constater que vous étiez la maîtresse de mon marit

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