‹ L'enfant de l'amantChapitre 25 sur 69 · LA PETITE « ZÉRO · texte numérisé non relu

LA PETITE « ZÉRO

Lorsqu'elle revint à elle, Andrée était couches. D'abord, elle ne comprit pas où elle était.

26" t.iv.

Prime fjratuile de VELECTEUR REPUBU CAIX.

202 L'EXFAAT DE L'AMANT

Elle regardait autour d'elle, d'un regard éteint, un peu hébété même.

Ce n'est pas qu'elle .souffrit.

Non.

Seulement sa tête était dd plomb, et il lui semblait qu^eîle ae poirrrait jamais la relever.

Cela ne dura pas.

T'Oul à coup la vision lui revint nette.

Bien qu'il fit assez obscur dans la chambre où elle ^e trotiraît, et dont on avait abaissé les grands rideaux, elle reconnut cette cette chambre.

C^était la sienne.

«C'était son lit.

Andrée était chez elle.

Cela lui parut extraordinaire, quoique le souvenir ne hà fût pas encore revenu, et qu'elle ne s'expLiqnûtpas son propre étOQnemert.

U-H seul sentiment la dominait :

Lie sentiment qu'il s'était j^assé quelque chose, joint à îanesoTite êe terreur vague desavoir ce qui s'était passé,

Mainleoant que la vie revenait en elle, elle épuojavait des s®iasations singulières.

Sur ses bras, sur ses énaulea, sur sa poitrine, sur ses lèvres, elle percevait comme des briîlures.

Le reste de sou corps était Iroid.

Bans ses veines, aussi, le s..ng la picotait, aina qn^il rarm^e a.prè.>i avoir gardé longtemps une poslure pénible, qui a arrêté, GO, tout iiu moins, entravé la xirculation .

Ce n'élait pas de la douleur.

Ce n était même pas tout à fait désagréable.

i *; -i^-'i ;xU*éme lassitude lui faisait presque trouver un charme incoii.j-, quoique un peu âpre, à cet état particulier, intermédiaire eucre la vie et Févanouissement.

Après avoir reconnu sa chambre, elle referma les yeux, et resta un moment immobile.

La pensée naissait, la mémoire revenait, rajopelées l'une et l'autre par les sensations physiques.

[.'ENFANT l)i: LAMANT 203

Tout à coup, elle se souvint !

Ces brûlures sur son corps,' c'était la marque des baisers donnés à une autre, et dont lo contre-coup avait imprimé sur sa chair comme autant de morsures.

La scène, à laquelle elle avait assisté, se retraça violeuîmeut devant ses yeux, avec tous ses détails.

Cela était si net, si vivant, qu'elle porta instinctivement ses mains à ses yeux, pour ne plus voir.

A peine avait-elle fait ce e^este, qu'elle sentit un mouvement à son côté, et qu'elle eut la perception de la présence d'une personne, qui se penchait au bord du lit et la ref^ardait.

Qui était cette personne?

Elle ne voulut pas le savoir.

La vie rentrait en elle, mais elle ne consentait pas encore à rentrer dans la vie.

E^le avait peur des visages qu'elle allait revoir.

Puis, elle avait besoin de réfléchir, de se rendre compte de sa situation, de comprendre ce qu'elle éprouvait, de prendre une résolution quelconque.

Andrée sentait que l'ancienne Andrée était morte, qu'elle était une autre Andrée.

Nous venons de dire qu'elle le sentait.

C'est une erreur.

Elle ne le .sentait pas seulement. — Elle le savait.

Comment?

D'où lui venait cette certitude ?

EUle n'eût pu- le dire.

Elle ne se le demandait même pas.

C'était un fait.

La personne, quelle qu'elle fût, — qui s'était penchée vers elle, — constatant son immobilité et son silence, s'était éloig'née de nouveau sans bruit.

Mais cette personne n'était pas sortie de la chambre.

Elle était là, debout ou assise, la regardante une faible distance.

Ds cela, Andrée, était certaine.

Cela ne durerait pas longtemps.

Celait un dernier répit, — probablement bien court.

On allait lui parler, s'occuper d'elle, évidemment.

Il faudrait répondre.

On l'interrogerait.

Il faudrait s'expliquer.

Que dire?

Que faire?

Andrée n'était pas jalouse de son mari. Non, certes.

Jamais elle n'avait aimé M. Dalifroy.

Maintenant, il lui inspirait une horreur mêlée de dégoût et de mépris.

Quant à madame de Séverin, elle lui inspirait une sorte de haine aiguë.

La jeune femme savait, désormais, de quel odieux calcul elle avait été victime, de quell ; comédie infâme elle était le personnage sacrifié.

Que M. Dalifroy eût une maîtresse, en circonstance ordinaire, — cela lui eût été à peu près indifférent, en dehors de la blessure d'amour-propre que cela cause toujours.

Cela n'eût pas dit grand'chose à son esprit peu ouvert, à ses sens endormis.

Elle ne tenait pas aux caresses de son mari.

Cela lui avait paru toujours l'une des charges du mariage, — non l'une de ses compensations, ou l'un de ses attraits.

Cet homme l'avait laissée plus vierge qu'il ne l'avait trouvée.

Maison l'avait prise pour dupe; mais on se moquait d'elle; mais on ridiculisait sa pureté; on en faisait des gorges chaudes; mais c'était volontairement qu'on lui avait caché l'amour et rendu déplaisant le devoir conjugal.

Ainsi, elle était jeune, elle était jolie, elle était orpheline, et on avait abusé de sa jeunesse, de son isolement, et l'on avait fait il de sa beauté !

C'était la maîtresse, madame de Séverin, qui l'avait choisie, qui l'avait vendue à son amant, pour en faire une machine à enfants, une esclave qu'on bafoue, et à qui on jette un morceau de pain noir, bien sec et bien fade, tandis qu'on se régale de friandises, loin d'elle!

On la regardait comme une niaise! comme une sorte d'animal inférieur : — moins que cela, une poupée...

« La petite Zéro ! »

C'est ainsi que cette femme l'appt^lait; — cette femme qui, volontairement, avec préméditation, pour se rire d'elle, lui avait pris sa vie, en la donnant à cet homme !

Et cet homme qu'elle respectait, à la solennité, aux vertus de qui elle croyait, qui lui faisait peur, aux yeux de qui elle craignait de ne jamais paraître assez pure, était l'homme... qu'elle avait vu !

Quelle hypocrisie hideuse et lâche !

Cet homme lui causait maintenant des nausées.

Il était un misérable, aussi !

Ce qu'il essayait, avec elh?, c'était un véritable assassinat:

L'assassinat d'un être sensible ; l'assassinat d'un cœur, d'une âme qu'il empêchait de naître, ou qu'il voulait faire avorter.

On lui volait son existence, à elle !

Et, pourtant, elle le sentait, à présent : elle avait un cœur, elle avait des sens.

Elle était une femme complète, bien vivante.

Tout lui avait été révélé.

Elle avait tout compris.

L'amour, la passion, lui étaient apparus.

Maintenant, elle savait ce que c'était, et toute sa chair eu frémissait !

La créature qui s'était évanouie, sous la morsure des insultes, bouleversée et rendue folle par le spectacle de son abaissement, celle-là ne s'était plus réveillée :

— C'était une autre femme.

La volonté, l'énergie, étaient nées en elle.

Sa nature apparaissait, sa vraie nature.

Le mépris de ceux qui l'entouraient, lui donnait entin le sentiment de sa propre valeur.

Elle se sentait le droit de vivre.

Le joug qu'elle avait subi, sans le comprendre, la faisait rougir.

C'était fini, bien fini !

D'aborJ, elle ne serait plus jamais à cet homme.

Tant qu'elle avait cru en lui...

Quelle horrible et déf^radantc dupsrie !

Qu'allait-elle faire?

Qu'allait-elle dire ?

Elle resta encore immobile et les yeux fermés, pendant près d'un quart d'heure.

Puis elle ouvrit les paupières et se redressa.

Aussitôt, Li personne qui était près d'elle se pencha vers le lit.

Andrée regarda et reconnut madame de Séverin.

Celle-ci la regardait aussi, d'un singuHer regard, hésitant, à demi audacieux, à demi-inquiet.

Un instant, ces deux femmes se mesurèrent de l'œil, silencieuses.

Athénaïs se disait :

— Que sait-elle ? — Comment va-t-elle me recevoir ? — Est-ce la lutte ? Est-ce la bataille ? — Et, en ce cas, faut-il lui faire peur, faut-il l'amadouer ?

Le silence lui pesait.

— Ma chère Andrée, — dit-elle à tout hasard, — comment allez-vous ?

— Bien.

— Vous nous avez causé une inquiétude !...

— Pourquoi cela?

— Votre évanouissement a été si long ? — Le médecin luimême craignait... Il va revenir.

— Depuis quand suis-je ici ?

— Depuis plus de deux heures. — Mais comment étie-z-vous chez moi ?

— J'étais allée vous voir. — N"êtes-vous pas ma tutrice et ma meilleure amie?

— Sans doute. — Mais comment vous êtes-vous évanouie ?

— Une sottise de petite pensionnaire. — Cela ne m'arrivera plus.

Athénaïs la regarda de plus près.

L.' ton d'Andrée lui paraissait étrange, mais en môme temps la rassurait un peu.

— Quelle sottise? — Que voulez-vous diro, ma chère eiifciut ? — (.lonanda-t-elle.

— Jo venais de constater cfue vous étiez la maîtresse de mon j;iiari, — répliqua froidement Andrée, en la regard.int bien en face .

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