‹ L'enfant de l'amantChapitre 3 sur 69 · O"" LIV · texte numérisé non relu

O"" LIV

iS L'ENFANT DE L'AMANT

depuis quelques minutes, et paraissait prête à s'évanouir de nouveau.

— Mademoiselle a raison, — dit vivement le docteur, en lui tâtant b pouls, — et je crois prudent de remettre la suite de son interrogatoire à demain.

— D'autant plus, — ajouta tout, à coup le juge d'instruction, heureux d'en sortir ainsi à son honneur, •— que j'entends du bruit dans le salon. — Ce doit être le commissaire de police que j'ai fait prévenir... et j'ai d'autres soins à prendre. Il faut savoir qui a amené cette personne ici... J'ai donné l'ordre qu'on ne lais'ïât sortir aucun des invités de madame de Séverin.

En parlant ainsi, il regardait en dessous la prévenue, et il eut la joie de voir battre ses paupières et le sang monter violemment à ses pommettes, sous le contre-coup de quelque violente commotion intérieure.

Ce fut le premier triomphe de M. Dalifroy, mais il se garda bien d'en tirer vanité, et parut n*avoir rien remarqué.

— C'est là qu'est le point faible ! — se dit-il. — C'est là qu'est le nœud de l'affaire. Et je vais m'en occuper immédiatement.

En ce moment, la porte du petit boudoir s'ouvrit, et le commissaire de police apparut, suivi de plusieurs agents en bourgeois.

Par la porte entr' ouverte, on voyait le salon à peu près désert, à présent, bien que personne ne fût sorti, suivant les ordres donnés antérieurement ; mais on s'était réfugié dans les pièces les plus reculées, pour éviter la vue du cadavre d'Emile Rouget, auprès de qui se trouvaient seulement madame de Séverin, Marie, la femme de chambre, et deux ou trois vieux amis de la maîtresse de la maison, qui avaient voulu lui tenir compagnie et la réconforter, dans cette circonstance tragique.

— Je A'ous attendais avec impatience, monsieur Duseujet, 7s'écria le juge d'instruation, en s'avançant vers le commissaire, figure banale de policier, au regard dur et fin tout à la fois.

— Aussitôt prévenu, je suis accouru, — dit-il, en s'épongeant le front inondé de sueur, par suite de la précipitation qu'il avait mise, en effet, à franchir la distance qui séparait son bureau du domicile de madame de Séverin.

— Vous savez de quoi il s'agit?... Un abominable assassinat commis en plein bal.

— Oui, je viens de voir le cadavre en passant.

— La victime a succombé ? — demanda M. Dalifroy, — vous l'avez constaté?

— C'est absolument fini.

— Voilà la coupable ! — ajouta le magistrat, en désignant Inès, qui s'était laissée retomber sur la chaise longue et. maintenant, gardait les yeux obstinément fermés.

Le commissaire s'approcha et eut un mouvement de surprise.

— Quoi ! cette jeune fille? — s'écria-t-il, étonné de sa grâce, de sa jeunesse et de sa beauté, qui la faisaient si différente des vulgaires criminels.

— Comme il y a flagrant délit, — poursuivit M. Dalifroy, — vous n'avez point besoin de mandat. Elle peut supporter un transport ? — ajouta-t-il en s'adressant au médecin,

— Oui, monsieur. Elle est faible; mais, en voiture, je ne vois aucun inconvénient à ce qu'elle soit emmenée.

— Vous entendez, monsieur Daseujet ?

— Il y a un grand nombre de voitures à la porte. Il est facile d'en requérir une.

— Mademoiselle, — dit le docteur en se penchant à l'oreille de la prévenue, toujours immobile, — il faut vous lever. On va vous transférer en prison.

— Je suis prête, monsieur, — répliqua-t«elle en .ouvrant ses grands yeux.

Malgré son apparente atonie, elle avait évidemment tout entendu, tout compris.

Pendant qu'elle se redressait avec effort, et se mettait debout appuyée au bras du docteur, M. Dalifroy avait pris le commissaire de police à part.

— J'ai déjà interrogé sommairement la prévenue, lui disait-il. — Il est inutile de recommencer. — Elle est trts affaiblie et refuse de répondre à toute question, bien qu'elle ait avoué son crime et la prémédilation devant témoins. — Elle n'a pas voulu dire son nom. — Nous le saurons facilement. Je demanderai à être chargé de l'instruction de cette affaire, dont je connais les

premiers détails, — poursuivit-il, d'un ton étrange et tellement men«çcvi>f 'qTié'M;'Duseujet lui-même en fut frappé. ■>,

— AlorsV Wétis' allons l'emiliener inimédiatement ?

— C'est-à-dirè,après une première confrontation avecle cadavre, pour plus do réa:uîarité, quoique je n'espère guère une faiblesse

nous prierons tous les invités présents de défiler devant elle, afin «ué non's SâcbioW^'^i-'^éfdeldlk'^ri pourra nous donner dos reivs/dr

gnements sur son identité. . ç.

— Rien de plus simple et de plus logique, en efïet,.-r réplijua

le commissaire.

3St

ii;ï^!L)-iuioo jJj ■j-iii^i^ry->- " ^

j; Il fit signe à kl^u^%ïè''sê^'â^<ènt's, 'restés sur Te pas de] qui s'avancèrent vers Inès, et Fun^d eux tira de sapockciune corde fine et soublë' - '"i ^^^ ,zuuiorr>li? naevoIT ,^0'i.^^. .. ; cordedine et souple. ^ ^^ <,oTa,;Dun9VÔiq ^UiB7ioado

j.-rr Que me Tteut-ôli^? aëïriUnuâ la léune fille. ^ „^,,Mi.',ri

'^^fOn va d'abord vous mettre les menottes., répondit brusaitÇ'^ ment le cotiimiiJiêtW'î^^ ^'-^ ^'''^^ Ju^^^-ojj n p

La jeune fille pâlit et recula de deux pas; puis, aperce.y,ant le regard de M. Dalifroy fixé sut elle, elle s'arrêta aussitôt, sourit faiblement,' et,- tendant séS' de iix bras blancs et charmants, qui paraissaient^î m î^résént;*si pëii fedoutabieK, elle dft siiîiiple^)^njt,

quoique d'uno^rOfeltrê^feîbly'f^'^^^ ''^^^^"'"^ '" T'I^^ 't.ih 'sb nïh -faites H...ur..;> ? ' -:• J^oi«^^IB^flOO ^ï bIi a sub sb nil.

La corde entoura ses poignets fins. , ^ , . î, ...rtr ?r^

-s^yoùfe' m^ lHtëyiiiàlV—''{iit-ene encore dq laxnâme.yoix. f-r-, A quoi bon serrer SI fort ? *=* ^ :„„oM !,nri^r?tfl'î

ET\éltBi, ses petites marns^së ^oifflaient et rougissuiçnt, et l'on! i^y^irfedes veiiies d'un bleu fonce, "* presque noir, sailHr soHStjsa>ï

1 peau délicate. 4-„'i„..r, ^îoi^ nim

jBîfro çpntinua*

t-hlle.^.Ep a^«ifl^ffe;;j|e Ve^ ..n.b t'C

JTW.^Nt/'ski^e'^-iîiï^sMânt,'— dit le commissaire de poliï^'à^* demi-voix, dominé par le charme qu'elle jé^^aïj^aj^^çiu^pt^lUyBUe.

valent

L'ENFANT DE L'AiMANT — 21

brusquement en Tace cTu cadavre d Emile Rouget, <^uiavait^f en effet, rendu le dernier soupir, depuis quelques instants.

A la vue de ce corps ensanglanta, la jei;ue ûlle tressaillit et parut lyrê'të a ^toiciter' [maïs elle fitun yipipnfe .effort Bt> parvint à setônir deW^^^^^^ ^ :^ .^^^.j, i,3 elia ..r/H /^ ^non n;p

— Vous recôrfnaissez fa i^^vs^n^^^^^^^^'f^iSi^ym-iVC^W^^'^*^ dit le commissaire de police. ,^ ,^,jj £l.sc.?.iubnoo ^?..->)ioa.)ri[

^'^^iij. Vous reconnaissez lavoir, frajf)pÊîe .volontairement, avec Im- Vé'niion 'de donner la mort? .^JiJfiûbi no?. 'lU?- finyin-a-

— Oui. , , , .,[^ 4, ^ :f!î'^ ?îrlq ah nsiH — ■■-^ C'est bien. — Celasuffit pour le moment. .©iiBB^frnfnoo ol Le secrétaire du comn)issair^,^assis à un guéridon, enregistrait

lès questions et les réponses, ^-r ^.^ ^.-.j-jj ,^.^,7 ni ■'i'jon;;7j:> 1;;.

M. Dalifroy, devenu silencieux, ne prenant plus ' part'^à^îfien, •observait la prévenue .avec une attention profonde, après avoir détourne ses yeux du, ca.clavpj çl^.l;r.la:,jy^e :parais'sait toujours lui causer une émotion qui étonnait chez cet homme d'acier.

Quant à madame de Séverin, le yi.^3ge bouleversé, = elle paraissait incapable de dire un mot ou de faire un ffeî^tÊi,: î M ">b b'îf;-'}0'ï

Oft fit alors pàsser'rajéi^ne fille da|is le salon suivant, et, pendant une demi-heure, ^tpus les^ ipvités jîe,, cette fête si < tragiquement; terminée, hommes'et femmes, durent défiler devant la prévenue^afin de dire s'ils la connaissaient, ou s'ils savaient, au. moins, son "om. ^ ^^ ,, P.j,n-aioq ao?. r.iuolna sbiou r J

Pas une des personnes préserjites ne jgut; répondre à iCfette (|uestion, iie put donner un renseignement. ^ |^,;| [^ ^v'n•Jr'. iiu'l lurp A

Plusieurs l'avaient remaçquée^ pei:^(jl£ijÇLt.,,J]^.„^aly^ tjûfelquls instants àVaht le-cHme; mais aucun. ne l'avait .iamaiSj vue aupa-

Elle était parfaitement inconnue dej tous. ^t de tojiitesij;' i -.1 — Pendant cette longue eîvhibition, Inèspyiiçja dj^n^ sion orgueil ou dans quelque àti'tre'^èâffimeni' intérieur. rér]iprgi^'de né point faibliriloq eh .li.aBÎmmoa s| ';^ J^^J^I Jq ^nirnob ,:ào7.imab

PIu'^ livide 'qtiéte'^^blf mffiieme^'j^^j reposait dans la pièce à côté, elle» Heïntorâ àtièiirteîaiMess^,tan^'qijie 4ura ce calvaire, et sut imposer îè ^ë^'èctla %etfé%ule malveillante.

On ne distinguait, pour ainsi dire, dans son jeune visage, que ses grands yeux noirs largement ouverts, qui fouillaient, avec une passion intense, les groupes d'invités, sans honte, comme sans forfanterie.

Y cherchait-elle quelqu'un ?

Ce fut Topinion de M. Dalifroy; mais il crut prudent de n'en rien manifester.

En tous cas, la jeune fille ne fit pas un geste de nature à éclairer le juge d'instruction sur le résultat de cette contre-enquête, dont il suivait ardemment toutes les péripéties.

Seulement, quand ce fut fini, quand la dernière personne eut déclaré ne pas la connaître, elle eut comme un léger mouvement de soulagement.

— (^u'on l'emmène , maintenant, — dit le commissaire de police.

— Et surtout, qu'on la tienne au secret le plus absolu, — ajouta M. Dalifroy, à l'oreille de M. Duseujet.

La consigne était levée.

Tout le monde était libre de partir, et, en moins de cinq mi« nutes, il ne resta plus, chez madame de Séverin, que ses domestiques et M. Dalifroy.

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