LA SOCIÉTÉ TRIOMPHE
Andrée s'était jetée, d'un seul bond, devant le berceau de sa fille, pâle, éehevelée, Ls yeux grands ouverts, lui faisant, pour ainsi dire, un rempart vivant: de son frêle corps.
M. Dalifroy se tenait à deux pas, immobile et droit, vêtu de noir, suivant son habitude, cravaté de blanc, chaudement enveloppé d'un long pardessus à plis raides, boutonné jusqu'au menton, où sa fraîche décoratioii faisait l'effet d'une tache de sang.
Sur la tête, il avait un chapeau haut de forme, ses mains étaient gantées.
L'une d'elles, la gauche, portait la lanterne sourde, dont la lumière éclairait suffisamment cette scène affreuse.
Il n'avait jamais eu l'air plus magistrat, et sa face glabre, en
lame de rasoir, soigneusement rasée, avait presque quelque chose de grotesque, dans sa solennité féroce, qui eût prêté à rire, sans le côté tragique de la situation.
Marc Dalifroy regarda, un instant, sa femme, semblant jouir de l'horrible effroi empreint sur les traits gracieux de la pauvre créature, puis il reprit :
— Oui, madame, cette enfant est à moi... légalement. J'aurais pli requérir des agents de la force publique pour l'enlever... Je ne Tai pas voulu, afin d'éviter des violences et un scandrde inutile... mais n'essayez pas de résister.,. Cela ne servirait à rien.
Il fit un pas en avant.
Andrée se rejeta un peu en arrière, se couchant presque sur le berceau, l'entourant de ses bras, s'y cramponnant, la tête seule tournée vers son n:iari.
— N'approchez pas ! — dit-elle d'une voix sourde. — N'appro» chez pas 1 — Oh ! pour cela, je me défendrai... Mon enfant, ma fille, la sienne, à vous... Jamais! Jamais! — Elle est à moi... je la garde... N'y touchez pas ! Allez-vous-en... ou j'appelle, je hurle...
— Prenez garde, madame 1
— Ah ! que m'importe? — Je n'ai plus peur de vous... je n'ai plus peur de rien !
Elle s'était redressée, effrayante, ses pieds, nus sur le carreau glacé, tout son jeune corps exposé aux morsures de la bise qui entrait, maintenant, comme chez elle, par la porte restée ouverte, et mordait à même toute cette chair délicate de jeune femme, avec une sorte de joie raffinée.
Mais Andrée ne sentait rien.
— Pas même que je tue votre amant ? — répliqua M. Dalifroy. — Vous connaissez nos conventions. — Pas de bruit... pas de résistance ! — ou je reprends tout mon droit.
La mère éclata d'un rire farouche.
— Eh bien ! tuez-le! Tuez-moi! — Tuez Inès... J'aime mieux cela... Du moins, nous ne .souffrirons plus... Et la mort nous réunira pour toujours, sans que nous ayons à trembler... sous vos menaces... Ah 1 oui ! tuez-nous !
L'ENFANT DE LAMAXT
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- Infâme» Voleur! Assassin! - R
ends-moi ma fille... Inès...
- Je ne tuerais que lui, vous le savez bien. Ne ^LTail-ce pas la même ohn^so ? t > • l^n mort, je mourr us f "''"'\''^^^^ ^ ^ J'^' ne v,s que pour lui... ' J° "pourrais î -- Ou je me tuerais moi^mCme ! iu-ri.'z-vou.s aussi votre fille?
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