‹ L'enfant de l'amantChapitre 49 sur 69 · Liv. Prhne gnituitc ri.ç VÈLECIEUR RÉPUBLICAIK · texte numérisé non relu

Liv. Prhne gnituitc ri.ç VÈLECIEUR RÉPUBLICAIK

42G L'ENFANT Dïï L'AMAXT

éloignai hâtivement, g-agnant le couver^, mVnfonçant à travers le taillis, recherchant les endroits les plus sauvages, les plus écartés du passage prob:nble des hommes.

Je marcha' ainsi assez longterrips.

La fatigue commençait à me gagner.

■ Tout à coup, je me trouvai dans une petite clairière, entourée et comme fermée par des grands arbres bien touffus.

En face de moi, se dressait une sorte de petite colline, semée de quelques bouleaux au tronc blanc.

L'herbe était épaisse et extrêmement verte.

Un ruisseau coulait à travers.

Le so\( il était déjà haut , et ses bons rayons me réchauffaient.

Je m'arrêtai , l'oreille tendue , regardant autour de moi, comme un animal sauvage. j

Aucun bruit, aucune apparence d'être vivant !

Point de sentier bat'u aboutissant à la prairie.

Je poussai un grand soupir, et me laissai tomber, lasse et heureuse à la fois, sur le iap'"s d'herbe, auprès du ruis-eau, à l'ombre d'un orme, dont les rameaux touffus s'étendaient audessus de ma tête.

J'éprouTais une sorte de joie aiguë, j'étais dans une espèce de délire.

Ce grand silence de la forêt, ce murmura de l'eau qui courait à mes pieds, cet éblouissement de lumière printauière, ces bonnes odeurs de feuilles vertes, — tout cela m'enivrait et me faisait du bien.

Je n'entendais... je n'entendrais plus jamais... du moins je le croyais, dans ma candeur enfantine, — catte voix, cassée par la boisson, de madame Moulinet, qui ne résonnait à mes oreilles que pour m'injurier, me menacer, me crier :

— Attends... Je vais à toi !

Ou:

— Viens ici, que je te règle ton compte ! C'était son expression, lorsqu'elle m'appelait pour me battre. Et j'y allais, pâle, silencieuse, tremblante, résignée comme le

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chien, sachant bien qu'il était inutile de fuir, puisque je n'avais de refuge à espérer nulle part, de protection à implorer de personne.

Je ne la voyais plus... je ne la verrais p us janmis, avec sa figure bestiale, ses yeux injectés, ses pommettes couperosées, gon nez barbouillé de tabac, ses grosses mains rouges, osseuses, courtes, larges, dures comm'-- du bois, dont tout mon corps avait si souvent reçu les empreintes cuisantes.

Mes idées, à cet instant, n'allaient pas plus loin.

Petit à petit, cette somnolence qu'on gagne au grand air des n

bois, s'empara de moi. . . et je m'endormis. '^

Quand je me réveillai, le soleil s'inclinait sur l'horizon, — et j'avais grand'faim.

J'ouvris mon sac... j'en tirai un morceau de paiu... mais il était bien dur...

Je choisis le plus tendre, celui de la veille, sans réfléchir que le lendemain ceux qui avaient déjà plusieurs jours, seraient encore plus durs.

J'y mordis à belles dents etje le choquai d'un excellent appétit.

J'avais soif.

Je me penchai sur le ruisseau^ et je dus boire, en puisant l'eau dans le creux de ma main.

L'eau était fraiehe et bonne.

Ce fut pourtant ma première déception, et je regrettai de n'avoir pas apporté un verre.

Cela me déplaisait de boire dans ma main et de me mouiller ainsi tout le visage.

Je m'essuyai avec mon mouchoir, etje retendis au soleil pour le sécher.

Tout alla bien, néanmoins, jusqu'aux approches de la nuit.

Mais alors cette grande mélaacolie du jour qui huit, de la lumière qui s'éteint, dans les bois; cette solitude solennelle; ces ombres qui s'allonireaient sur le sol et déformaient les objets, leur donnant des aspects fantastiques; ce silence qui semblait s'augmenter avec l'obscurité, — tout cela m'attrista d'abord, puis me fit peur.

Les oiseaux de jour s'étaient tus.

D'autres jetaient des notes isolées, lugubres, qui ressemblaient à d^ s appels mystérieux et menaçants.

Dfs arbres craquaient; — des feuilles ou des branches tombaient ; — le vent qui s'était levé, vers le soir, passait avec un triste gémissement an-dessus de ma tête, après être sorti des profondeurs sonores et colossales de la forêt inconnue.

Un animal, que je ne vis pas, me frôla, en bondissant.

Il me sembla que des veux ronds me regardaient...

Le souvenir des loups revint à mon imagination surexcitée...

Je grelottais de froid et de terreur. Mes dents claquaient.

Je n'osais me bouger, regarder ni â droite ni à gauche, ni derrière moi surtout!

Je fixais obstinément un trou au milieu de l'obscurité, en face do moi. . d'où je m'attendais à voir sortir d'horribles apparitions.

Cela me donr.ait le vertige.

Ma tête s'égarait.

Je regrettai la maison, madame Moulinet, ses coups et ses injures.

Brusquemeni, je cachai ma tête dans ma robe, bouchant mes yeux de mes deux poings fermés, pour ne point voir l'obscurité.

Et je restai ainsi, je ne sais combien de temps.

Tout à coup, je sentis la présence d'un être vivant près de moi.

Je poussai un cri affreux, je me redressai, car je m'étais pelotonnée sur mes talons, j'ouvris les yeux.

J'aperçus une forme indistincte qui fuyait, et qui me parut gigantesque.

C'était sans doute quelque chevreuil.

Je m'élançai devant moi, courant comme une folle; je me heurtai contre un obstacle, un tronc d'arbre, dont les branches me firent l'effet de bras tendus pour me saisir.

Je poussai encore un cri et je m'évanouis.

La fraîcheur qui précède le lever du soleil, me tira de mon évanouissement. li ujn^èt

11 faisait nuit encore, mais elle était moins épaisse.

Le jour qui allait venir jetait ses blancheurs sur toute une partie du cieL

Le froid m'avait calmée... j'étais, du reste, encore tout engourdie.

Je restai sur place, immobile, hébétée, ayant peur, mais sans violence.

Enfin le jour parut, et mes frayeurs de la nuit disparurent comme par enchantement.

Par exemple, j'étais brisée, courbaturée, toute grelottante, presque incapable de me mouvoir.

J'eus cependant la force, malgré les douleurs que je ressentais dans tous les membres, de me traîner à un endroit o\X le soleil dardait ses rayons.

Cela me réchauffa petit à petit.

Alors je sentis la faim.

J'avais perdu mon sac...

Mon sac qui contenait ma provision de croûtes de pain du* ! — Mon unique ressource contre la famine, car ce n'était point encore la saison des fruits, même sauvages, et j'avais constaté que les ninres manqueraient à mon menu quotidien.

J'essayai de le chercher... je ne le retrouvai pas.

J'avais bien soif aussi.

Le ruisseau n'était pas loin. — Je m'en approchai et bus.

Cela me soulagea.

Mais j'étais dégoûtée de celte liberté des bois que j'avais rêvée, et l'idée de passer une seconde nuit dans de semblables conditions me paraissait insupportable.

Il me semblait que j'en serais morte.

Longtemps, j'hésitai; longtemps je luttai contrr moi-même.

Retourner chez madame Moulinet pour y être battue, pour y recommencer cette existence dont la nausée m'avait fait fuir... C'était horrible!...

Et pourtant, demeurer là, avec la faim, avt'C la pear... sans abri pendant la nuit!...

Non, C'était impossible. .Ifleoioeeifl.

Je restai ainsi indécise, désespérée, affamée, en proie à une véritable agonie morale et physique, jusqu'au moment où je m'aperçus qua le soleil s'inclinait de nouveau sur l'horizon, comme Ja veille.

Alors, la peur l'emporta sur touti

Je me levai, je retrouvai des forces.

Je voulus reprendre le chemin que j'avais suivi, revenir à la ville.

Mais je ne connaissais pas ce chemin...

Je n'y avais fait nulle attention...

Je m'égarai...

Je ne savais oii j'étais.

Le bois me paraissait immense.

Des arbres, puis des arbres, encore des arbres, toujours des arbres !

De temps en temps, un sentier.

Mais où allait-il ?

Je le suivais quelque temps ; puis, me figurant qu'il m'enfonçait davantage à travers la forêt, je revenais sur mes pas, et la même sensation m'arrêtait, me f lisait changer de direction.

Enfin, je me trouvai sur la lisière d'une grande route.

Elle devait mener quelque part.

Mais de quel côté tourner?

Aussi loin que s'étendait mon regard, la route s'étendait aussi, monotone et solitaire, et encore bien au-delà de mon regard, à en juger par le silence et l'aspect sauvage du pays.

J'étais à bout de forces.

Mes jambes refusaient de me porter.

Je me laissai tomber, assise sur la terre, et je poussai de grands cris.

La nuit venait pourtant, à pas rapides, ramenant ma fièvre, mon désespoir, avec son cortège de sons inconnus, de menaces stupéfiantes, de formes fantastiques.

Tout à coup un bruit frappa mon oreille... Une légère lueur vint à mes yeux.

C'était une voiture qui s'avançait au trop de deux chevaux.

L'ENFANT LE L'AMANT i-il

— Au Recours! au secours! — hurlai-je.

Et, retrouvant des jambes, je m'ôlançav au milieu do la route, à la tête des chevaux qui so cabrèrent et se jetèrent de côté.

— Qu'est-ce donc ? — s'écria une voix de femme. La voit'ire s'arrêta.

Le cocher descendit et me ramassa, car j'étais tombée por terre.

Au même instant, une tête était apparue à la portière de la voiture.

— Qu'est-ce donc? — répéta la même voix de femme.

— C'est une petite fille qui a manqué d'être écrasée par les chevaux qui Font renversée, — répondit le cocher.

— Une petite fille! — s'écria la dame.

Elle ouvrit la portière et descendit sur la route.

— Qui êtes-vous, mon enfant? — me demanda-t-elle. — Et comment êtes-vous là, à pareille heure, toute seule?

— Je suis perdue !~balbutiai-je. — J'ai peur! Emmenez-moi !

— Pauvre enfant ! — dit encore la dame. — D'où venez-vous ? — Oii sont vos parents ?

— A Dieuze! — répliquai-je.

— C'est de ce coté que je vais ! — fit-elle. — Mais je demeure assez loin encore de la ville.

— Jean, ajouta -t-elle, à son cocher, — meitez-là dans la voiture. — En arrivant, après m'avoir déposée chez moi, vous la reconduirez chez elle. — Je vais l'interroger pendant la route.

On me mit dans la voiture.

Elle était douce et tiède.

O'eus un éclair de joie.

La dame se pVaça à mes côtés le cocher fit claquer son fouet, les chevaux repartirent.

Je seiitis que la dame inconnue me pressait les mains.

— Dieu ! comme elle a froid ! — dit celle qui venait de me recueillir. — Voyons, comment vous appelez-vous? — Comment, s'appellent vos parents? — Où demeurent-ils, au juste? — Comment étiez-vous toute seule, en plein bois, si loin de la ville, à pareille heure ?

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