Liv. Prime ara tuile de V ELECTEUR REi'UBLICAIX
Rien, toujours rien.
C'était à en perdre la raison.
Et,ait-il possible qu'il m'eut oubliée, abandonnée, ainsi, lâclienient, après m'avoir rendue mère?
dae lui avais je fait, pour qu'il m'imposât cet abominable supplice de l'abandon, de l'isolement, de la misère effroyable, A seize ans et d^mi, alors que j'allais accoucher, et qu'il me savait Iiors d^état de subvenir âmes besoins, à ceux de mou enfant?
Il ne devait pas ignorer, pourtant, que ma grossesse, à présent était visible pour tous, connue de tous, par conséquent!
Il ne devait pas ignorer que cette grossessj me ferait chasser de l'atelier où j'étais en apprentissage...
n ue devait pas ignorer que cette grossesse me fermerait le cGsur et la porte de madame Lemeunier, ma seule protectrice...
Il ne devait pas ignorer que cette grossesse m'empêcherait de iro;i ver un morceau de pain dans cette ville de province ou il m'avait laissée. . .
Il ne devait pas ignorer qu'alors il ne me restait plus qu'à être ramassée au coin d^une borne, pour vagabondage, ou que l'hôpital m'attendait, — si je n'avais pas le courage du suicide !
Pouvais-je l'avoir, ce courage, étant mère?
Il ne devait pas ignorer que, dans cette position désespérée,,, la prostitution me guettait, comme elle guette toutes los malheureuses filles abandonnées.
La seule chose qu'il dut ignorer, c'était que madame Lemeunier, meilleure et plu-3 sensible qu'il n'était à supposer, m'avait donné ce secours j, grâce auquel je subsistais.
Toutes ces idées tournaient dans ma pauvre tête, nuit et jour, et, pourtant, je ne voulais pas le condamner sans l'avoir revu, entendu.
Je me cramponnais désespérément à mille arguties insensées.
Je me disais qu'il était peut-être malade... peut-être mort... ou parti en voyage...
L'ENFANT DE L'ArdANT lOO j
Je ne savais qu'inventer pour ne pas regarder la réalité en
f.ice. i
Il y a un degré de dureté froide, d'infamie lâche et calculéf, |
qu'on ne peut, qu'on ose concevoir. \
Que de fois, pendant cette leate agonie, je me reprochai d- j
ne pas l'avoir nommé à madame Lemeunier... de n'avoir pas !
tout confié à ma protectrice, — la seule créature réellement \
bonne et désintéressée que j'eusse encore rencontrée! |
Que de fois, je pris la plume, j'écrivis des lettres à cette noble \
f mme pour lui confesser la vérité, pour lui den^ander l'adresse î
d'Emile à Paris, — qu'elle connaissait certainement, — ou de \
ses nouvelles qu'elles quelles fussent. «
Mais, chaque fois, au moment d'envoyer la lettre, je me di- ,'
sais : !
« Il est trop tard! C'est inutile! Elle ne me répondra pas. . . j
» Puis, s'il est innocent, s'il m'aime toujours, si je suis seu- |
lement victime de quelque horrible malentendu, si je le calom- | nie... de quel droit irais-je lui manquer de parole, révéler son
seciet et le mien, que je lui ai juré de garder, quoi qu'il «
arrivât? » 1
Et je brûlais ma lettre, et je repartais à travers les rues de |
Paris, comme un chien qui a p-^rdu son maître et qui court, !
éperdu, regardant les passants... j
Et je retournais à la poste, où le même employé, qui me cou- ■ naissait à présent, sans attendre même ma question, me criait ' j
du plus loin qu'il m'apercevait : j
« Il n'y a rien pour vous, mademoiselle ! » \
A toutes ces angoisses, se joignaient les inquiétudes d'ar- j
êent. j
Malgré la plus stricte économie, mon trésor diminuait à vue |
d'œil. :
J'avais déjà donné soixante-quinze fraucs pour mon loyei', ]
j'avais payé le voyage de Nancy à Paris, et mon hôtel en arri- l
vaut. I
La robe que j'avais apportée sur moi tombait en lambeaux : ]
— il avait fallu la remplacer. |
oOO L'ENFANT DE L'AMANT
Dans ces longues courses à travers la grande ville^ j'avais usé mes chaussures.
Je me privais de nourriture...
Je vivais avec deux sous de lait et deux sous de pain. Ce n'était pas assez, eu égard à mon état de grossesse. Je maigrissais affreusement.
J'avais des tiraillements, des crampes d'estomac, des fai- I blesses subites.
I Je m'étais affaissée deux fois en pleine rue...
1 Les soirées dans l'isolement, les nuits dans l'insomnie, étaient
d'une longueur incommensurable, car je n'allumais pas de lumière, par mesure d'économie.
Mais j'avais acheté aussi de quoi préparer les langes de mon i enfant, et je travaillais, le matin, dès le petit jour, jusqu'à I midi.
j De midi au soir, je faisais mes courses.
j Je n'avais pu chercher d'ouvrage.
j Puis, quel ouvrage ?
1 Je ne savais que coudre, et je ne connaissais personne.
I D'ailleurs, je ne pensais qu'à mon enfant qui allait venir, et
j je me disais qu'avant tout, il me fallait retrouver Emile.
?^ui retrouvé, je me croyais sauvée, malgré tout. — Car je ne me figurais pas qu'une fois auprès de lui, il pût me repousser^ me chasser.
Je souffrais, comme si je l'avais cru, et, pourtant, cela n'entrait point dans ma tète, je vous l'assure.
Tant de fatigues, tant d'émotions, tant de privations, tant de douleurs, épuisèrent enfin mes forces.
Un soir, je tombai sans connaissance à la porte de ma chambre.
Des voisiiies me ramassèrent.
Quand je revins à moi, on me parla de l'hôpital, on me le conseilla.
Je n'avais plus de volonté, ni de répugnance pour rien. J'étais brisée.
J'avais soif d'un repos quelconque.
L'I'NFANT DE L'AMANT
On me transporta à la Maternité, où j'accouchai, au bout de quinze jours, d'un pauvre petit garçon,, maigre et débile, que j'appelai Georges ... et que vous avez vu mort !
uo l'on retrouve le père
— Ma couche fut pénible. ^— J'étais tellement affaiblie qu'on craignit un instant que je n'eusse pas la force d'accomplir le travail de la nature, et qu'après ma délivrance, je restai longtemps privée de connaissance.
Mais j'avais entendu le premier cri du nouveau-né.
Cela me galvanisa : cela me rendit le courage, la volonté. Je me sentais pour lui capable de tous les efïorts. de tous les sacrifices.
Heureusement j'avais du lait.
Il augmenta par la nourriture qu'on me donnait à l'hospice.
Je pus le nourrir.
On m'avait demandé si mon intention était de m'en charger.
J'avais répondu que oui, étonnée d'une semblable demande...
Depuis j'ai compris qu'elle n'avait rien de naturel.
La situation d'uue fille-m'jre, sans argent, sans famille, est quelque chose de si abominable, qu'on ne peut réellement lui imposer de garder son enfant, si elle ne se sent pas à la hauteur de tous les héroïsmes.
Cette réponse, la tendresse que je témoignais a mon petit Georges, mon extrême jeunesse aussi, avait bien disposé en ma faveur le médecin en chef.
502 L'ENFAîCT DE L'AMANT
Il me garda donc le plus longtempy qu'il lui lut possible^ — c'est-à-dire un mois environ.
Mais j'étais rétablie, il ne restait^ aucun prétexte pour me maintenir à l'hôpital.
On me renvoya avec un petit secours, et je me retrouvai sur [
le pavé.
En effet, je n'avais point conservé ma chambre garnie pendant tout ce temps.
A l'hôpital, j'avais fait connaissance avec une pauvre fille du peuple, également en couches, également mère sans époux, comme moi.
Elle, par exemple, elle avait déclaré qu'elle ne pouvait se charger de son enfant.
Parisienne de naissance, plus âgée que moi et plus expérimentée, elle sortait le même jour que moi.
Eile me conseilla avec beaucoup d'obligeance, s'ofîrant à me faire trouver un peu d'ouvrage dans la maison pour laquelle. elle travaillait elle-même.
J'acceptai avec joie.
Maintenant que j'étais mère, je comprenais que je n'avais pas une minute à perdre et qu'il me fallait, avant tout, nourrir, élever mon pau re bébé.
Ce fut sur son avis aussi que je renonçai à un loyer en garni, — ce qui était trop coiiteux.
Pour quatre-vingts francs par an, je trouvai, dans le faubourg du Temple, un cabinet sans cheminée, au sixième étage, au fond d'une cour.
C' la me faisait vingt francs par trimestre. — Je payai le premier d'avance.
J'achf tai un lit de sangle, une commode de noyer, une table de bois blanc, deux chaises; le tout d'occasion, pour une quarantain;- de francs.
On m'avait donné cinquante francs à ma sortie de l'hospice. Je n'enthtmai donc ma réserve que d'une dizaine de franc?.
Il me restait, à ce moment, sur les cinq cents francs de ma-
L'ENFANT DK L'AMANT 503
dame Lemeunier, une somme de cent quatre-vingt-dix francs, Gt j'étais chez moi.
Maintenant i] fallait travailler.
Charlotte, c'était le nom de lo pauvre fille dont je vous ai parlé, me fit avoir de l'ouvrage, semblable à celui qui l'occupait.
Cet ouvrage consistait à perler des rabats.
Vous savez, en effet, que le rabat noir des prêtres est bordé d'un rang de perles blanches.
Il n'y a pas d'ouvrag? plus ingrat et plus mal payé, sous prétexte qu'il n'est point difficile et n'exige aucun apprentissage préa'able.
Néatimoins, pour aller vite, il y faut une grande habitude, et si l'on va trop vite, à chaque instant, cet ouvrage fait défaut.
Charlotte, qui en avait l'habitude, parvenait à gagner trente sous par jour, l'un dans l'autre.
Avec cela, elle n'eût pu vivre, même seule, comme elle était, — même sans enfant.
Mais elle était assez gentille, de mœurs légères, et elle comblait les déficits, avec un amant, le père de son enfant l'ayant abandonnée, ainsi qu'il arrive si souvent en pareil cas.
Moi, j'étais peu habile, j'avais mon Georges, et je n'avais pas, je ne voulais [)as avoir d'amant.
Je n'avais pas même pas besoin pour cela de lutter ou de me le dire.
J'avais aimé Emile, je m'étais, presque enfant, donnée à lui, sans savoir ce que je faisais.
Il m'avait rendue mère.
Lui seul existait pour moi, et si je ne devais pas le revoir^ j'avais mon enfant, pour qui je saurais vivre exclusivement. .
Cette existence de la femme vivant de l'homme à qui elle vend sa jeunesse, sa b@auté, des plaisirs ; — cette existence que je voyais mener autour de moi, à tant de pauvres filles; — cette existence, dont je connaissais trop les détails, ayant été élevée ainsi que je l'avais été, me causait une horreur insurmontable.
Elle me paraissait impossible pour moi, et je lui eusse préféré la mort.
Je l'avais prouvé.
Je me mis donc résolument au travail, avec l'espoir de gagner honnêtement ma vie, et celle de mon poupon.
Hélas ! — C'est à peine si je parvenais à gagner de dix à douze sous par jonr.
Mon nourrisson me prenait beaucoup de temps. — Je n'allais pas vite, malgré toute ma bonne volonté. — Les jours devenaient plus courts,, et, quand je veillais, la dépense d'huile ou de bougie, me dévorait les trois quarts de mon bénéfice.
J'habitais faubourg du Temple.
Le bon marché de la chambre que j'occupais, et le voisinage de Charlotte^ m'avaient décidée pour ce quartier.
Mais la maison qui me fournissait de l'ouvrage était située rue Saint-Sulpice.
C'est dans le quartier Saint-Sulpice que sont installées la plupart des industries qui vivent du clergé.
Pour reporter mon ouvrage, j'avais donc à fa ire une coursa longue et pénible.
MaiSj ce n'était pas tout.
Pour emporter de nouvel ouvrage, il fallait recommencer cette course, une seconde fois, — la maison ayant l'habitude, dans l'intérêt de sa plus grande commodité, de ne jamais donner de travail nouveau, le jour où on livrait le travail terminé.
Ce système amenait une perte de temps considérable pour les ouvrières et diminuait le pauvre bénéfice de la semaine.
D'autre part, si on livrait le vendredi ou le samedi, on était tenu de ne revenir que le lundi suivant, — la maison, — maison pieuse, — fermant le dimanche, et la patronne ne voulant pas mettre ses ouvrières en état de travailler ce jour-là, — jour de repos consacré au Seigneur»
De la sorte, on perdait, au moins, deux jours sur sept, et une semaine représentait une moyenne de cinquante sous à trois francs, — ce qui produisait, l'nn dans l'autre, de dix à douze francs par mois.
Elle fut introduite dans la cliamla'e de Mme Lemeun'er
Or^ jo nourrissais, j'avais gros appétit, et j'étais obligée de manger un peu plus qu'à mon début à Paris,— de manger pour deux.
L'hiver approcliait à grand pas.
6" -^ Liv. Prime oraluite de VÉLECTEVii RÉPUBLIC AIX.
Les froids allaient venir.
Comment réchauffer mon petit Georges ?
Comment travailler avec des doigts raidis par Tongiée?
Quelle que fût mon économie, bien que je me refusasse tout, — même le plus nécessaire, — j'étais obligée d'entamer, chaque jour, mon petit capital.
Quand il serait épuisé... que ferais-je?
On ne vit pas avec douze francs par mois, lorsqu'il faut se loger, s'éclairer, s'habiller, se nourrir, et qu'on a. un enfant pardessus le marché.
C'est ce que me répétait Charlotte, chaque foi» qu'elle venait me voir.
-^ Tu n'est qu'une sotte, me disait-elîe. — Tu t'abîmeras la santé,, et tu n'arriveras à rien, ma petite. — ^ C'est très gentil Gl,'êtÊ'e honnête, mais ça ne sert qu'à crever la faim, et personne îl^ v-ous en sait gré... au contraire !
Va demander du pain à crédit chez le boulanger... et tu verras s'il t'en fera l'avance s'ir ta vertu...
Moi, qui ai un amant, je ne le paye qu'à la semaine... parce qu'il sait que je ne vis pas de mon travaiL..
Après tout, tu sais, c'est un^ préjugé... Ça peut coûter, les premières fois, quand on n'y est pas habituée... puis, on s'y accoutume, et il y a des compensatioas...Oa mange son content, on a chaud, on a des robes propres... on fait des parties, ou va au: restaurant, authéâtre^ àla campagns... on n'est pas seule, le jour et la nuit, comme un pauvre chien à l'attache dans sa niche.
Tu verras que tu seras obligée d'y arriver comme les camarades...
Seulement, tu te seras abîmé le tempérament, et la misère t'aura enlaidie.
Yois-tu, la vertu, c'est des blagues... Si ça valait quelque chose, la société aiderait les pauvres filles h- nnêtes tandis que personne ne s'en occupe.
Crève, si tu vcux ! — Voilà tout ce qu'elle fait pour nous autres.
Ce sont les riches, les gens qui ont de l'argent^ des familles cossues, qui ont inventé la morale.. .
Je voudrais bien les voir à notre place, toutes ces belles dames mariées, qui font les chipies en parlant de nous; toutes ces jeunes filles, toutes ces demoiselles élevées dnns du coton, qui ont des pa;'as, des mamans, des frères, pour veiller sur elles, et qui ne manquent de rien î
Crois-tu qu'elles ne feraient pas le saut comme nous, si elles élaient dans notre peau ; si elles n'avaient pour vivre que quinze à vingt sous par jour, qu'on gagne en s'échignant le tempérament ?
Des blagues, que j'te dis, des blagues !
Elles prendraient des amants. — Elles en prenn^^nt bien tout de même... mais elles n'attendent pas après pour manger, et alors tout If' mond • trouve ca très chic.
Et puis, vois-tu, j'ai l'idée que si le bon Dieu a fait des jolies filles sans le sou, c'est qu'il a compté que leur gentillesse et leur jeunesse leur serviraient. — Si c'était si mal, ça causerait de la douleur, ou ça révolterait la nature. . .
C'est mal de tufr quelqu'un, n'est-ce pas ?
C'est uii crime ?
Eh ! bien^ cela me serait impossible... Je mourrais plutôt que d'a«!sassit!er même une mouche... mais quand je prends un amant, rien ne r^.e dit que j'ai tort.
S'il est gentil avec moi, j'y trouve du plaisir^ et, après toi't, je ne fais que ce que font les plus grandes d-imes, et les plus hoanêt s, quand elles vont avec, leur mari.
C'est y notre faute, si nous trouvons tant d'hommes pour coucher avec nous, et pas un pour nous épouser?
Charlotte continuait :
— D'ailleurs, la vie est si courte... Faudra toujours mourir, n'c^t-il pas vrai? — Quand je serai dans le tro ' noir, qu^-lie différence y aura-t-il entre moi et la vierge des vierges ?
Ou n'a que le bon temps qu'on se donne.
La belle avance, lorsque je serai vieille, après avoir pâli touie ma jeunesse de me dire :
:m L'ENFANT DE L'AMANT
« J'ai été jïonnete ! »
Qu'est-ce que ça m'aura rapporté, et, encore une fois, qui est-ce qui m'en saura gré ?
Va, ma petite, tu n'es qu'une dupe... Tu t'en apercevras^ un de ces quatre matins.
— Je ne peux pas ! — lui répondais-je. — J'ai mon enfant... Je neveux pas qu'il rougisse de moi !... J'aimais son père. — Je lui appartiens... Je suis sûre qu'il n'a pasvoulum'abandonner...
Je le retrouverai... et, s'il ne m'aimait plus, eh bien! pour son fils, il ferait, au moins, ce qu'il doit.
— Crois ça et bois de l'eau ! — répliquait-elle, en haussant les épaules. — Va aux Enfants-Trouvés, et tu verras comment ces pères-là aiment leurs petits et s'occupent d'eux !
Mon enfant, aussi, avait un père...
Eh bien I le joli garçon m'a lâchée, quand il a vu que j'étais enceinte ! — C'est tous des pères de carton, que je te dis ! Mais enfin qu'est-ce qu'il faisait ton amant ?
— Il doit être avocat.
— Comments'appelait-il?
A elle je n'avais aucune raison pour cacher ron nom. Elle n'était pas de son monde. — Nous étions à Paris, où personne ne se connaît.
Puis, j'étais trop acculée au désespoir et à la misère, je doutais trop de lui, désormais; je m'étais trop repentie de ma discrétion envers madame Lemeunier, pour ne pas parler, à la fin.
— Il s'appelle Emile Rouget, — répondis-je. — Tu ne le connais pa*!, n'est-ce pas ? — Te voilà bien avancée !
— Ma foi non ! — mais qui sait ? — Je suis plus futée que toi. — Peut-être que je le retrouverai, moi, cet introuvable.
Je ne fis pas attention à cette promesse en l'air.
Trois jours après, elle arrivait rayonnante dans mon cabinet.
— Ça y est ! me dit-elle en entrant.
Je la regardai avec étonnement.
Je ne comprenais pas. — J'avais môme oublié cette partie de notre conversation.
— Quoi? — lui demandai-je.
— J'ai déniché le merle !
— Quel merle ?
— Ton lâcheur !
— Que Bis-tu là, Charlotte ? — C'est impossible ! — Ne te moques pas de moi...
J'étais plus pâle qu'une morte, et tout mon corps treml)lait.
— C'est Emile Rouget qu'il s'appelle, n'est-ce pas ?
— Oui!
— Eh bien ! voilà ce que c'est que d'avoir des amants ! — J'ai dit la chose au mien...
— Eh bien?
— Eh bien, il est allé au Palais de Justice. — lia consulté le tableau où se trouvent inscrits les noms de tous les avocats, et ton monsieur Emile Rouget, avocat, demeure rue Soufflet, n--^ 19.
En effet, c'était bien simple !
Si j'eusse été moins ignorante et moins niaisement discrète, j'aurais connu ce moyen d'investigation.
Il était huit heures du soir.
Je me levai de ma ohaise, je pris un chapeau, que je mis à la hâte sur ma tête.
— Garde mon enfant, m'écriai-je, — j'y vais ! Et je partis comme une folle !