‹ L'enfant de l'amantChapitre 7 sur 69 · G'»*-' MV · texte numérisé non relu

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Il le demanda, et on la lui eût confiée, même sans cela, l'affaire paraissant mystérieuse et difficile à débrouiller, devant le mutisme absolu de l'accusée.

M. Dalifroy, nous l'avons dit, était connu au Palais pour son efîrayante perspicacité et la passion qu'il apportait à l'exercice de ses fonctions.

Cet homme glabre et sinistre, qu'on ne voyait jamais sourire dans la vie ordinaire, dont l'aspect seul avait quelque chose de glacial, et gênait ou troublait les consciences les plus tranquilles, à qui on ne donnait jamais la poignée de main la plus b.male, sans éprouver quelque chose de ce froid répulsif qu'on ressent à toucher un instrument tranchant d'acier poli, cet homme qui paraissait traverser l'existence, réfractaire à toutes les passions et à toutes les joies, avait pourtant ses jouissances solitaires.

C'était quand il voyait trembler un malheureux ou un coupable, sous son regard, quand il arrivait à l'épouvanter, à le convaincre de son crime, à lui prouver que rien ne pourrait le sauver de la « juste vindicte des lois », pour employer un de ses termes favoris.

S'il n'est pas douteux que le chien de chasse trouve une joie personnelle à poursuivre, à rabattre le gibier, dont il n'aura, cependant, point sa part; — s'il n'est pas douteux que le tigre et le lion goûtent des voluptés étranges à sentir sous leurs dents palpiter les chairs vivantes de leur proie ; — il est certain également que, pour quelques hommes, il y a une satisfaction spéciale aa.-: spectacles des tortures morales ou de l'écrasement de leurs semblables ; qu'ils sont heureux d'être les instruments de la machine sociale, quand elle broie un être coupable ou vaincu par les luttes de l'existence.

M. Dalifroy appartenait à cette race d'individus qui, d'après la théorie de Darwin, pourraient bien avoir conservé plus particulièrement, des hérédités antérieures , l'instinct de quelque fauve primitif.

Pour cette fois, il apportait en plu-?, à sa besogne, un sentiment de haine et une soif de représailles tout personnels.

La victime le touchai' de près, et, s'il ne s'était pas senti un

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père pour aimer le vivant, il allait le devenir pour venger le mort.

D'autre part, la coupable l'avait bravé, n'avait point ployé devant lui ; il sentait en elle une force de résistance, une énergie exceptionn(dlâs.

Ce serait donc plaisir double et triomphe centuple, que de la briser, de l'amener à trembler, à abdiquer, que de la voir, enfin, aussi humble, aussi prosternée, qu'elle lui avait paru fière et droite dans sa douceur sans faiblesse.

Puis, il y avcut un secret, qu'elle croyait sans doute bien caché, dans sa vie.

Ce secret, il le découvrirait et il le lui jetterait à la face, en lui en faisant bien entrer dans les chairs tous les angles pointus, toutes les arêtes coupantes.

Il se mit donc à la besogne, avec cette froide activité, cette impilacable logique, qui étaient ses qualités maîtresses.

La loi exigeant que tout prévenu soit interrogé dans les vingtquatre heures, il la fit venir, pour la forme, dans son cabinet, et lui demanda, cette fois, en vertu de son pouvoir officiel de juge d'instruction, ses nom, prénoms, âge, lieu de naissance, domicile, ainsi que les motifs de son crime.

Inès refusa de répondre.

Il n'insista pas et la fit diriger immédiatement sur Saint- Lazare, en donnant de nouveau l'ordre de la tenir au secret le plus absolu.

Il se réservait de l'y laisser le plus longtemps possible, avant de l'interroger de nouveau, sachant, par expérience, combien le secret prolonîré dompte les natures les plus rebelles et affaiblit les ressorts des volontés les plus fermes.

On n'avait trouve sur la jeune fille, en la fouillant, aucun papier qui pût donner un renseignement quelconque au sujet de sa personnalité.

Son linge même, visité avec soin, n'y portait point d'initiale-', ni de mar([ue.

Elle n'avait aucun bijou : ni collier, ni boucles d'oreilles, ni bague, dont le vendeur pût être retrouve.

Sa toilette de bal, d'une grande simplicité, quoique de bon ijoût ne révélait point qu'elle fût riche ou pauvre.

C'était une de ces toilettes de jeuns fille, toute blanche, que toutes les jeunes filles peuvent porter, à quelque monde qu'elles appartiennent.

Pour unique ornement, elle avait garni son cou d'un ruban de velours rouge, et s^s bras nus, en dehors des gants, ne portaient qu'un bracelet de vieil argent, à demi ouvert, comme en portent les femmes de fellahs égyptiens.

Dans ses cheveux, une simple rose rouge.

Point de montre no. i plus ; mais^ dans ua petit gousset tle côté, un porte-monnaie, semblable à tous les porte-monnaie, ni vieux, ni neuf, contenant une centaine de francs, en pièces d'or.

Ne donnant point d'adresse, où elle pût faire prendre d'autres vêtements, car elle ne pouvait restelç'ainsi en toilette de bal, avec cet argent, elle avait f lit acheter, à la confection, une petite robe de couleur foncée, montante, qu'elle avait revêtue, et qui seyait admirablement à la pâleur de son teint, rehaussé encore par l'ébcne de sa chevelure' et le sombre éclat de ses longs yeux noirs.

Le plan do M. Dalifroy était de ne la faire revehir'dans son cabinet et de ne recommencer l'interrogatoire qu'alors qu'il aurait réuni un certain nombre de renseignements, et surtout découvert son identité, — chose qui lui paraissait facile.

Il suffisait, pour cela, de procéder métho.liquement, sans bruit, sans précipitation dangereuse ; mais d'employer tous les moyens connus, classiques, pour ainsi dire, dont dispose la police, en n'en négligeant aucun.

D'abord, surveillance incessante, de nuit et de jour, de la prisonnière.

Un regard, un geste, un jeu de physionomie, une attitude, un soupir, un mot échappé pendant le sommeil, tout peut guider les recherches de la Justice, la mettre sur une piste.

M. Dalifroy avait songé, d'abord, à placer auprès de la prévenue, un agent femelle, qui se fût introduit dans son intimité. 11 y renonça, après le premier interrogatoire dans son cabinet. La jeune fille lui parut trop intelligente pour se laisser prendre

à ce panneau grossier, et il craignit, par une fausse démarche, d'éveiller ses défiances.

Elle fut donc surveillée de loin, et d'une façon invisible pour elle. ^eUo'i^po''

Quant à la faire inspecter parle personnel habituel des prisons, cela paraissait inulilc.

Elle était trop jeune, elle semblait trop distin^-uée, trop incontestablement honnête, pour qu'elle eût déjà un passé judiciaire, et M. Dalifroy n'était pas homme à se tromper en ces matières.

Quoi qu'il lui eût dit, pour l'effrayer, lorsqu'il l'interrogeait chez madame de Séverin, il était convaincu que le mystère dont elle entourait sa personne provenait de la simple volonté de ne pas compromettre sa famille, quelle qu'elle fûU

Il la laissa donc tranquille, en apparence, dans sa cellule, recommandant seulement qu'on ne lui donnât aucun livre qui pût la distraire et occuper les longues heures de sa solitude, afin de la laisser bien en face d'elle-même.

Par exemple, sans qu'elle le demandât, on lui donna papier, plume et encre, enfin tout ce qu'il faut pour écrire.

C'est encore un piège classique. ,^.,:. .^^.^^^ii^a .1/1 o]> lUAq -jJ

Le prévenu écrit pour tuer le temps, etjeft^rfâJliiMijsifflr»/)aù& ^siiici moins, connaître son écriture. , ' ,. r;^'::'" n'f U'u-y-i ^'-r:!

Inès remercia, plaça plume, encre, papier, sur un coin de sa table, et n'y toucha pas.

Ses vêtements furent remis, ainsi que son porte-monnaie, la fleur de ses cheveux, le ruban de son cou, ses gants, le bracelet d'argent, à l'un des agents les plus habiles, qui se chargea de visiter tous les magasins de Paris, toutes les couturières, pour savoir d'où provenaient ses objets, qui les avait confectionnés ou vendus.

Un autre agent fut chargé d'une enquête minutieuse sur tous les détails de la vie d'Emile Rouget, depuis son débarquement à Paris ; sur ses relations, les personnes qu'il voyait, soit qu'elles vinssent chez lui, soit qu'il allât chez elles.

On ne tue pas un homme qu'on ne connaît point, dans les circonstances où le crime s'était commis, et M. Dalifroy se croyait

un

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.sûr. par cette enquête relativement facile, d'arriver à découvrir la véritable personnalité de l'assassin.

Ceci lui semblait la partie banale de l'instruction.

Son flair lui révélait que le nœud do l'affaire devait se trouver ailleurs; qu'ailleurs seulement il apprendrait les motifs profonds; éloignés, de l'acte terrible accompli par cette enfant, qui devait avoir des complices.

Tant qu'il ne mettrait pas la main sur eux, il croirait n'avoir rien fait.

Pour lui, il n'était pas douteux que quelqu'un avait amené la prévenue au bal.

Une jeune fille de son âge ne se présente pas ainsi dans le monde, toute seule, sans être accompagnée. ~

Gela eût frappé les domestiques " dans l'antichambre.

Elle était venue, évidemment, sous le nom d'une invitée quelconque de la veuve du général de Séverin.

C'était là la partie délicate de l'enquête : — celle dont il ne parlait pas, et qu'il se chargeait do suivre lui-même.

C'est ce qu'il fit, dès le lendemain après l'interrogatoire sommaire d'Inès, et aussitôt qu'il eût signé l'ordre définitif d'incarcération.

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