‹ L'enfant de la lune;Chapitre 25 sur 34 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

enfin

L'ÉTÉ arrivait à grands pas et tout le monde songeait à quitter Paris. Cependant, Miss Douglas ne fixait pas le jour de son départ.

Pendant ces longues semaines, un travail curieux s'é- 5 tait fait dans l'esprit de Juliette. Depuis le jour où elle s'était élancée dans l'appartement de la rue Pierre Charron, les souvenirs se précisaient. A force d'y penser elle revoyait tout. La figure de la pauvre Lisbeth se dessina nettement à ses yeux ; et des bribes de phrases alle-

10 mandes lui revenaient à l'esprit ; surtout, elle aimait à se rappeler tous les détails de la chambre de sa mère et de sa chambrette à elle.

Elle se souvenait avec une netteté singulière de la matinée donnée pour ses dix ans; elle retrouvait jus-

15 qu'aux intonations de la voix douce et un peu chantante de sa mère qui, tout en la tenant embrassée, lui parlait de ruine, de fortune perdue. Elle entendait ces mots, dits sans colère, mais bien tristement : « Dans ton chagrin, tu n'as pensé qu'à toi . . . » Ah ! si c'était à re-

20 commencer, comme elle agirait autrement, comme elle

serait heureuse de servir sa mère et de lui entendre dire,

avec un sourire très doux : « Merci, ma petite Zette ...»

C'était le petit nom câlin retrouvé tout d'un coup.

L'enfant jeta un cri de joie. Miss Douglas, étendue sur

25 sa chaise-longue, absorbée dans un livre, leva brusquement la tête :

— Eh ! bien, qu'y a-t-il donc, Juliette ?

— C'est que, Aunty (c'est ainsi que Juliette appelait sa protectrice) tout d'un coup je me suis rappelée que ma-

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