‹ L'enfant de la lune;Chapitre 26 sur 34 · ENFIN · texte numérisé non relu

ENFIN

man m'appelait Zette aussi souvent que Juliette. Je... je me rappelle tout maintenant, tout. . .

Miss Douglas resta soucieuse. Elle ne voulait pas donner une fausse joie à sa petite protégée. L'homme 5 d'affaires chargé de débrouiller le mystère avait trouvé une piste qui pouvait être la bonne.

Comme le temps était superbe, Miss Douglas et Juliette faisaient souvent de longues promenades aux environs de Paris. Juliette adorait ces excursions. lo Un jour, Miss Cora annonça une longue promenade à la forêt de Sénart et la petite fille sauta de joie.

On laissa la voiture à l'Ermitage, une auberge en

pleine forêt, et, alors. Miss Douglas, comme si elle savait

au juste où elle voulait aller, prit un délicieux petit sen-

15 tier. Le déjeiiner avait été charmant, très gai aussi,

car Miss Douglas se sentait particulièrement heureuse.

Le sentier tournait capricieusement en zig-zag, et c'était une joie de plus de se demander où il les conduirait. La solitude était absolue. Bientôt, Juliette ne bavarda 20 plus. Elle marchait à côté de Miss Douglas, en lui tenant la main.

Après un certain temps le joli sentier capricieux rejoignit une route forestière. Miss Cora allait toujours. Arrivé à un village, elle tourna à droite, prenant la 25 grande route. Mais Juliette commençait à trouver la promenade un peu bien longue.

— Tu es fatiguée, Juliette, sois tranquille, nous trouverons bien quelque joli endroit où nous reposer. J'ai justement envie de visiter un château dont on m'a parlé 30 et qui est, dit-on, une sorte d'orphelinat. Tiens, justement, le voilà.

Elles s'arrêtèrent devant une grande grille où se lisaient ces mots : Asile Juliette.

23 allait toujours : see toujours.

jd L^ENFANT DE LA LUNE

— C'est mon nom ! fit l'enfant.

— Voilà qui est de bon augure. Nous allons entrer et demander à nous reposer un moment. Il doit y avoir là un beau jardin avec des bancs. J'aimerais bien à

5 m'asseoir un peu — et toi ?

Sur quoi, elle sonna hardiment.

Aux premiers mots qu'elle dit à la concierge, celle-ci répondit.

— Madame Louise m'a prévenue qu'une dame étranlo gère demanderait à visiter l'asile. Elle doit être au jardin, tout près de son pavillon. Madame n'a qu'à suivre la grande avenue . . .

Juliette écarquillait de grands yeux. Ce n'était donc pas le hasard qui les avait conduites jusque là?

15 La propriété était immense. A gauche s'élevait un véritable château. Un jardin plein de fleurs entourait la maison ; au-delà s'étendait un grand parc. Partout se voyaient des groupes d'enfants, jouant, se promenant, lisant, en pleine liberté. Quelques silhouettes de reli-

20 gieuses glissaient discrètement ici ou là. Personne ne fit attention à Miss Douglas ni à sa protégée.

— C'est vraiment superbe, dit Miss Douglas. Quel calme ! Un vrai endroit où se réfugier après quelque chagrin atroce. Ne le penses-tu pas?

25 — Oui, Aunty.

Miss Cora sentit que la petite main dans la sienne tremblait.

— Je connais l'histoire de cette Madame Louise. Elle fait beaucoup de bien. Elle a consacré à peu près toute

30 sa fortune à fonder cette maison. Toutes les petites filles qui ont besoin d'être protégées, même si les parents vivent encore, sont les bienvenues. Elles sont très heureuses, un peu trop gâtées, dit-on. M™^ Louise, qui avait une petite fille, la gâtait beaucoup à ce qu'il paraît. Elle

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l'a perdue. Elle cherche dans les enfants qui l'entourent un peu de sa fille — morte. . .ou qu'elle croit morte. . .

— Aunty — Aunty. . .gémit l'enfant, devenue si blanche que Miss Cora la fit asseoir sur un banc.

5 — Écoute, Juliette. Je vais te parler comme à une grande personne. J'ai quelque espoir que cette M'"® Louise s'appelle, en réalité, M™^ Daloz — mais je n'en suis pas siire. Je lui ai fait dire que l'idée m'était venue de faire en Amérique ce qu'elle fait ici, et elle doit causer

lo avec moi de ce projet. Seulement, vois-tu, si je paraissais devant elle, te tenant par la main, le saisissement pourrait la tuer. Il faut que je la prépare. Il faut aussi que je sois siîre que c'est bien là ta mère. Maintenant que la mémoire t'est revenue, tu la reconnaîtras?

15 Juliette fit signe que oui. Elle ne pouvait parler. L'émotion l'étouffait.

— Tâche d'abord de te remettre, mon enfant, car j'ai besoin de ton aide et de ton sang-froid. Je vais rejoindre M""® Louise que j'ai aperçue là-bas, assise sur un banc.

20 Ce doit être elle. Elle est vêtue de noir, mais elle ne porte pas la coiffe des religieuses. Elle a des cheveux blonds, un peu plus foncés que les tiens.

— Oui, murmura Juliette.

— Te sens-tu assez forte pour tenter cette expérience ? 25 Juliette se leva. Elle était très pâle, mais ses yeux

brillaient d'un grand éclat.

— Je suis prête, dit-elle.

— C'est bien. Tu vas suivre ce sentier jusqu'au bout, puis, tu prendras la grande avenue lorsque tu me verras

30 assise auprès de M™^ Louise. Si tu la reconnais, je le devinerai à ta figure. Approche très doucement, en te cachant le plus que tu pourras derrière les grands arbres. Lorsque je te ferai signe, tu te glisseras à côté de ta mère.

8 Je lui ai fait dire : &&& faire.

yS l'enfant de la lune

— Oui, Aunty. N'ayez pas peur. Je ne pense qu'à ma chère petite maman, je ne ferai rien qui puisse l'effrayer.

j^jme Louise, en entendant le bruit des pas, se leva et 5 se dirigea vers la visiteuse. Au moment où elle se retourna, Juliette vit le pauvre visage pfdi et maigri de sa jolie maman. Elle dut s'appuyer à un arbre, le saisissement fut tel. Miss Douglas comprit comme si l'enfant eijt parlé, lo — Que vous êtes bonne, Madame, de vouloir bien recevoir une étrangère, vous qui devez avoir tant d'occupations !

— Je suis trop heureuse. Mademoiselle, de me mettre à votre disposition. L'idée que d'autres enfants, — sur-

15 tout dans un pays oîi. . .où m'est arrivé un malheur affreux — seront recueillis par vous, m'est très douce.

Comme Miss Douglas se taisait, songeant à ce qu'avait souffert cette jeune femme, celle-ci continua:

— Puis-je vous demander, Mademoiselle, ce qui vous 20 a donné l'idée de faire une fondation pareille dans votre

pays ?

— Certes. Depuis longtemps l'idée m'était venue de m'occuper des enfants abandonnés ou — perdus. Une circonstance particulière m'y a décidée. . . J'ai décou-

25 vert une petite fille sans famille et je me suis intéressée à elle. . . Mais je vous parle de choses qui ne peuvent guère vous intéresser. Madame..

— Au contraire. Mademoiselle. Tout ce qui touche à l'enfance me passionne.

30 — Je me trouvais dans le Colorado, où mon médecin m'avait envoyée. . .

— Vous dites ? . . .

M™^ Louise était devenue livide. Elle tremblait de tous ses membres.

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