ENFIN
— Par pitié, continuez !
— M'étant égarée un beau jour, deux enfants, deux petites filles, me conduisirent à leur maison, située à une assez grande distance de la ligne du chemin de fer.
5 M™^ Daloz écoutait haletante. Elle était persuadée que cette étrangère ne lui racontait pas ces choses au hasard.
— Une des petites filles était l'enfant du ranchman. . .
— Qui se nommait Hardy ? . . . murmura la mère preslo que défaillante.
— Oui, comment le savez-vous? On appelait l'autre, une blondinette, une étrangère, « l'enfant de la lune » ; sa compagne prétendait qu'une nuit d'été, elle était tombée de la pleine lune dans un champ de maïs.
15 — De grâce. . .de grâce. . .achevez!
— Alors, il faut que vous vous remettiez, chère Madame Daloz, il faut que vous soyiez très courageuse. . .
— Je vous promets de faire de mon mieux.
— J'ai découvert qu'il y avait eu un terrible accident 20 de chemin de fer dans cette région. L'enfant de la lune,
déshabillée, portait pourtant encore cette petite chaussette bleue. . .
M™® Daloz saisit la chaussette et jeta un grand cri. Elle s'était évanouie.
25 Mais elle se remit presque de suite en sentant une petite figure mouillée de larmes contre la sienne, en entendant des mots balbutiés entre deux sanglots.
— Maman — ma petite Maman adorée . . . c'est ta Zette qui t'aime. . .qui ne te fera plus jamais de chagrin. . .
30 Dis... ouvre tes yeux, regarde-moi. J'ai été longtemps comme morte, puisque je ne me souvenais de rien — pas même de toi — mais maintenant je sais, je comprends —
6 au hasard : see hasard.
8o l'enfant de la lune
et je t'aime... va! je t'aime comme je ne savais pas aimer. . .dans le temps où tu me gâtais trop. . .
■^/[me i3aloz, avec un grand sanglot de joie, prit sa fille sur ses genoux, la berçant comme lorsqu'elle était toute 5 petite, riant, pleurant. . .et oubliant complètement la présence de Miss Cora. Celle-ci se leva et fit quelques pas au milieu des arbres. Elle avait les larmes aux yeux.
Ce fut Juliette qui la rappela.
— Aunty ! Maman veut vous embrasser. Sans vous, lo jamais nous ne nous serions revues en ce monde.
— Ah ! que si. Seulement, la mémoire ne serait revenue que plus tard, sans doute.
— Ah ! Mademoiselle, comment jamais vous dire toute ma profonde gratitude?
15 — Appelez-moi Cora, aimez-moi un peu et enseignezmoi l'art de faire du bien.
Les deux femmes s'embrassèrent longuement. Alors, tout d'un coup M™^ Daloz s'écria:
— Ma Juliette — je t'ai ruinée, j'ai recueilli la succes- 20 sion d'Amérique et je l'ai consacrée toute entière à cette
œuvre. Il ne me reste qu'une bien modeste fortune. Miss Douglas dit gaiement :
— Juliette sera toujours assez riche de la tendresse de sa mère. Pourvu que cette tendresse ne lui fasse pas
25 oublier ses amis d'Amérique !
— Il n'y a pas de danger, fit l'enfant en embrassant sa protectrice, je ne vous oublierai pas plus que Maggie — Maman, nous la ferons venir un jour. Tu auras deux filles, et je lui apprendrai le français comme elle m'a ap-
30 pris l'anglais. Seulement, maintenant, elle ne pourra plus jamais m'appeler l'enfant de la lune!
ENFIN Ol