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humblemeot pour empocher la conscience de ce petit être de se Taner et de se corrompre avant l'âge !
» Si je pouvais intervenir t Ai-je eu tort de refuser la tutelle effective qu'elle m'avait fait offrir, et la tutelle morale qu'elle-même m'avait demandée? Ai-je sacrifié son âls à mes soupçons ?
» Il n'est solidaire de rien, il peut Être victimede tout. C'est par moi qu'il a été déshérité. Je l'ai frappé, en frappant sa mère. Raymond est son parent le plus proche. Raymond lui doit, au nom de la parenté, mieux que cela, au nom de l'humanité, aide, protection, amitié!
» Sauver cette petite âme que l'on va pervertir, c'est une bonne œuvre que j'aurais dû accepter, que je dois réclamer.
» Je ne veux pas en écrire plus long ce soir: j'aurais peur d'en écrire trop long.
u Le lendemain, même heure.
» Rien d'important & noter aujourd'hui. J'ai été me promener au manoir; l'air est froid; la brise qui frappe tes vieux murs, en faisant frissonner le lierre autour du balcon du second étage, m'a fortifié le cœur et la volonté.
• Ce n'est pas moi qui suis cause de la pauvreté relative de madame Bournel ; c'est sa propre audace, c'est la fatalité dont elle se plaint. La fatalité veut aussi que les fautes des parents déversent un châtiment sur la tôte des enfants. Je n'ai pas à intervenir ; je n'ai pas à agir.
u Je n'ai pas à rapprocher, mfime pnr un bienfait, ces deux enfants qui doivent vivre séparés, étran-
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2iO L'ENFANT DE LA HORTB
gers l'un k l'autre, de peur d'une influeoce que la
jalousie eaTenimerait.
» N'oubliai-je pas d'ailleurs que Raymond serait en droit de dire à Paul :
» C'est ta mère qni a tué la mienne et qui voulait me tuer, pour t'assurer ma parti
» Ce crime, je n'y songe plus assez. Est-ce que le devoir se prescrit, comme les fautes? Je veux y penser, toutes tes fois que la pitié viendra me surprendre....»
E Février.
« J'ai passé tantbt deux heures dans la chambre que madame Bournel a habitée au manoir. 11 est bizarre que j'en sois revenu moins convaincu, plus hésitant.
n Si tout ce que j'ai échafaudé dans ma tète n'était qu'un édillce insensé 7 Si l'intention que j'ai supposée n'avait jamais existé? Si Elisabeth était innocente, absolument innocente?
» Quelle preuve, après tout, ai-je contre elle? Il restera toujours ce problème insoluble : elle était absente et madame de Proville a pu se jeter ellemémel
» Pourquoi n'ai-je pas osé interroger Elisabeth? Si elle m'avait dit non, j'étais persuadé. Ai-je donc souhaité, mais non tenté qu'elle me dit oui ? Ai-je eu peur d'un aveu, et cette crainte m'a-t-elle seule laissé l'agitation que je veux calmer inutilement?
11 Si j'étais juré et si madame Bouroel comparaissait devant moi, nel'acquitterais-je pasîPrendrais-je sur moi l'effroyable responsabilité d'un
L'ENFANT DE LA. MORTE 2il
cbAitment qui pourrait êireune effroyable iajustice? Les légistes ont inventé les circonstances atténuantes, pour rendre Iajustice plus humaine. N'aije pas, dans ma rigueurméme, trop souvent incliné vers cette échappatoire, pour mettre d'accord mes soupçons, mes préventions avec mon ignorance de la vérité?
» Depuis dii-tauit mois, je ne la condamne que pour trouver des motifs d'atténuation, et je ne cherche à l'excuser que pour prendre le droit de la punir.
» Je ruse avec ma conscience. 11 faut en finir. Je veux éteindre en moi tout soupçon, ou bien acquérir une certitude telle que, te jour où je la rencontrerai, je puisse marcher droit k elle, tête haute, pour lui jeter la vérité au visage. »
« Non, madame Bournel n'a pas en cette lâcheté de tendre un piège ; non, je méconnaissa perversité. Quand je me rappelle toutes ses paroles, toute son attitude, depuis le jour où je suis venu pour la guérird'un empoisonnement, je ne puis la supposer cauteleuse, sournoise et l&che, devant un crime qu'elle aurait résolu.
Il Je fais le rêve de la voir très pftle, les yeux ardents, la bouche animée par un sourire haineux, poussant madame de Proville par la fenêtre, et riant de sa chute I
1 Cette abominable vision pouvait fitre la réalité ; mais, puisque les faits matériels, puisque les circon^ stances détruisent celte hypothèse, je la méconnais
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et je la calomnie autrement, en supposant un pacte de sa méchanceté avec le hasard, > NoD, en ceci encore la fatalité l'a poursuivie. »
f Je sais, par te notaire de Vannes, que madame Bournel, en faisant vendre sa maison, a annoncé des intentions de départ, de Toyage lointain. Elle a mftme parlé de l'Amérique.
n Avait-elle des ressources suffisantes pour la traversée et pour son installation dans le Nouveau- Monde? Je voudrais qu'elle eût pris ce parti; mais je regrette de n'avoir pas la possibilité de lui faciliter l'exécution de son projet.
Il Elle est la femme prédestinée d'un yankee, ardente du cerveau, peu senlimentale, superbe d'entêtement. Quelque jour, j'apprendrai (elle tiendra à me la faire savoir) son apoUiéose dans un ciel pailleté de dollars. Son sourire vaniteux traversera les mers, pour venir fouiller la poussière de mon amour. Mais rien ne se rallumera.
» Elle a bien fait de partir. Elle ne se doute pas qu'elle entre dans le sillage d'un rêve que j'ai fait souvent et qui plusieurs fois a failli m'entrainer, Quand je voulais la fuir, d'abord, et plus tard, quand j'ai craint, au début de ma paternité, les prétentions de M. de Proville, j'ai songé à aller en Amérique. Qui sait si je ne ferai pas le voyage avec Raymond, et si je ne la reverrai pas dans la majesté insolente de son triomphe?
n Quelle femme.! Elle efUeure l'amour, et elle semble incapable d'aimer ! Elle met la passion daos