‹ L'enfant de la morteChapitre 12 sur 23 · L...,..„,Goo;;lc · texte numérisé non relu

L...,..„,Goo;;lc

tous ses actes, dans toutes ses volontés, et le calme an fond de tous ses projets!

» Si elle m'écrit, lui répondrai-jeî 11 avait été convenu à notre dernière rencontre qu'aucune correspondance n'était possible entre nous; mais nous n'avons pas posé la question d'une séparation, si grande et si continue. Rësistera-t-elle à la tentation d'une vengeance par écrit, que j'absous d'avance, si je l'ai calomniée dans mon esprit... »

«Mal.

n J'ai eu l'occasion de revoir le notaire de Vannes. Il affirme positivement le départ de madame Boumel pour l'Amérique. Bien qu'il n'ait plus de compte à lui rendre, il ne serait pas surpris derecevoir une lettre d'elle; il a promis de me la communiquer. Que je sache ob elle est d'abord ; je finirai par savoir ensuite comment elle vit et quelle place elle a prise au soleil d'Amérique.

» Depuis un mois que ce départ m'est certifié, je devrais me sentir plus libre moralement; au contraire, je me sens plus gêné. J'ai comme un vague regret de n'être point intervenu, uon pour la retenir, mais pour être certain qu'il ne lui arrivera rien de fâcheux ; qu'elle trouvera, là-bas, pour elle et pour son Gis, la sécurité matérielle qui est le seul frein de sa conscience.

» Je rencontre moins souvent le léger fantbme de madame de Proville dans le jardin du manoir, depuis que je n'ai plus peur d'y rencontrer le souvenir et lavisiond'ËlisabethLanderonne. Je me dérendais donc contre mon amour passé, quand j'imaginais

■si.-

Za L'BNPANT DE LA HORTE

cet amour k travers la mort, ce culte râligieax?

» Aujourd'hui que je ne redoute plus de surprise, l'idéal s'évanouit, s'efface dans la brume. A peine, quand je suis assis k cAté du petit Raymond, et quand je cherche à démblerdans sestraits une espérance, un augure, puis-je me représenter madame de ProTÏUe I Je ne la vois plus vivante, ainsi qu'elle m'apparaissait dans son portrait. Mais je la vois étendue, le cr&ne ouvert, sur la table de la salle basse. C'est l'évocation matérielle, brutale, et je sens palpiter dans ce cadavre mon fils qui s'éveille et qui crie, eu me forçant à vivre de la vie réelle.

■ Je suis guéri; mais que toute guérison est une plate chose I Combien ilvnutmieux souffrir, pour se rendre compte de toute la plénitude de sa force!

» Il me manque une inquiétude. Je puis 6tre tout entier à mon amour paternel, m'y absorber. Eh bien, jemel'avoucàma honte, ou à la honte de mon humanité, on dirait que cette affection, ce devoir ne me suffit plus, depuis qu'il doit me suffire uniquement et qu'il n'a plus à me distraire d'un souvenir.

» Est-ce que nos sentiments ont besoin d'aller par paire et par contrastes ? Quand il n'y a plus de lutte dans notre Ame, ne peut-il plus y éclater de fanfare? La guerre en toutes choses est donc le secret de la vie?

Il La solitude m'est funeste, et Raymond n'est encore pour moi qu'un oiseau babillard qui rythme le silence de ma solitude, sans la faire cesser. Je ne î»uis plus m'abuser. L'irréparable ne sert pas toujours h guérir ; au contraire.

Page 1