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tous les carrefours de la vie élégante, mendiants sans espoir, qui ont de l'honneur, du talent, quelquefois du génie et qui se font publiquement les esclaves platoniques d'une coquette ou d'une indifférente.
On se demande comment ils ne voient pas leur abaissement; comment ils peuvent subir cette tyrannie d'un être qui les avilit sans les aimer. Hais ils étonneraient bien davantage encore les badauds et les pontifes de la morale, qui regardent les passions comme on regarde les fauves dans une ménagerie de loin et à l'abri des morsures, s'ils avouaient qu'ils ont des colères d'Alceste au dedans d'euxmêmes, des tempêtes apaisées par l'éventail de Célimène; qu'ils se méprisent tous les premiers, et plus qu'on ne les méprise, et pourtant, qu'au Tond du cœur ils s'applaudissent de subir ce mépris des autres et d'eux-mêmes, comme le martyre de leur foi dans l'amour de l'amour.
Au bout de huit jours, Lioiper accompagnait madame Bournei dans les salons de jeu. Il lui arriva de s'asseoir à cAté d'elle, et par condescendance de devenir sou associé.
Une fois, de propos délibéré, il voulut goûter à cette ivresse dont il était jaloux. Il joua gros jeu ; il perdit; et reçut, pour son sang-froid, poursa belle façon de pooter et de perdre, un encouragement si enthousiaste de madame Bournei, qu'un mouvement de dégoût faillit le guérir. Le plus vif éclair de sympathie qu'il eût reçu des yeux noirs d'Elisabeth lui était acquis par sa complicité dans celte fobe du jeu.
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273 L'ENFANT DE Lk MORTE
Ce spasme de conscieDce fut suivi d'une rechute. II y a dans toutes les passions humaiDes, ainsi que dans toutes les maladies, une période qu'il est bien difficile d'entraver. Ou dirait que le mal a des droits à un épanouissement complet, avant d'être attaqué. Il ne cède, que quand tout lui a cédé.
Liomer ne joua plus, mais continua ses stations dans la salle de jeu. Il contemplaiL madame Bournel et ne pouvait se rassasier de l'admirer dans sa froideur orgueilleuse devant le destin. Quand elle se levait, après avoir gagné ou perdu, il l'emmenait et, dans une promenade de deux heures, la nuit, il trouvait nne volupté réelle et malsaine à .savourer les gaietés moqueuses, les ironies superbes de cette joueuse dépitée ou exaltée qui se dédommageait dans le tfite-à-tete de son sang-rroid affecté devant le public, et qui se révélait tour à tourspirituelle, tendre, ardente, amusante ou farouche, mais toujours altrayiinte el extraordinaire, selon que la rouge ou la noire l'avait favorisée ou déçue.
Les heures que le docteur passait dans la famille de son jeune ami formaient un contraste plutôt nuisible que salutaire. Il lui était si facile d'être honteux de lui dans ce milieu calme et décent, qu'il satisfaisait ainsi son instinct honnête et la probité de son amour, sans sacrifices. Il se retrempait dans un repentir commode qui lui permettait de retourner ensuite plus librement à son vice.
Cette vie déplorable, dont le terme était vaguement fixé dans l'imagination éblouie du docteur à la clêlure delà saison de Bade, ne modifiait en aucune façon l'attitude d'Elisabeth à son égard.