L...,..„,Goo;:;lc
Elle ne comprit pas d'abord ce silence ; elle craignit qu'il ne souIMt trop pour parler.
— Vous avez tort de marcher, mon ami, repritelle doucement .
A ce mot, mon ami, Lîoraer eut un tressaillement. Ufron^Ie sourcil. Elisabeth continua, intimidée, «et de plus en plus effrayée, s'adressant aux témoins :
— Pourquoi le faire marcher jusqu'à la ville? Entrez là.
Elle désignait le chalet.
Les témoins parurent vouloir céder à ce sage conseil. Ils se consultèrent du regard, en consultant aussi Liomer.
— Non, — dit celui-ci en avançant fermement le pied, — marchons!
Madame Bournel voulut alors aider aussi le blessé. Elle offrit son bras pour qu'il s'y appuyât, en se pressant contre !o jeune médecin badois qu'elle invitait ainsi à lui céder la place.
— Merci 1 dit Liomer avec un sourire froid.
Elisabeth courba la tête comme sous une sentence.
Elle sentait un reproche, et plus qu'un reproche dans ce refus. Elle se recula. Liomer passa. Elle le vit s'éloigner, sans pouvoir dire un mot, jeter un cri, faire un mouvement. Elle était changée en statue. 11 lui sembla qu'elle prenait racine dans le sol et que la vie humaine l'abandonnait, pour une vie stupide et végétale.
Mais, quand à un détour que faisait le chemin, les porteurs de la civière et Liomer avec ses amis eurent disparu, le prodige cessa; le feu se ralluma
Koosic
314 L'BNrANT DE LA MORTE
dans les veines de madame Bnurael, lui monta au
cerveau ; elle eut un frissonnement de désespoir, de
douleur.
— Mon Dieu I — se dit-elle avec une angoisse profonde, — est-ce qu'il va cesser de m'aimer, quand je l'aime?
Elle fut tentée de s'élancer, de le rejoindre, de s'agenouiller, de s'étendre à ses pieds, de lui crier ce qu'elle entendait retentir, depuis le matin, dans toutes les parcelles de son être. Il était impossible qu'il n'eût pas pitié de cette femme pour laquelle il s'était battu, qu'il adorait la veille encore.
Non, l'amour, dans un cœur comme celui de Liomer, ne s'éteignait pas à volonté, par rancune d'une blessure reçue ou par bonté d'avoir tué un coquin. Non ! non 1 Elle irait â lui, elle le forcerait bien à l'écouter ; il n'y avait rien de changé, il n'y avait qu'un obstacle de moins.
Sa froideur n'était sans doute qu'une attitude de convenance, d'étiquette, devant ses témoins, et devant la civière de M. de Priziac, peut-être l'effet de sa blessure. Il avait craint une émotion qu'il ne redouterait plus cbez lui, au repos.
Gbez lui! ahl si elle pouvait l'attirer, l'emporter cbez elle I II allait embarrasser ces braves gens, les compromettre, si la justice badoise se mêlait du ' duel. Il serait bien mieux installé, soigné dans la villa Landeronne, et pour lui épai^er jusqu'à l'ombre d'une contrariété, s'il fallait éloigner le colonel, le faire voyager, elle saurait bien se débarrasser de son père.
Elisabeth pensait tout cela, à la fois, dans un
tourbillon qui emplissait sa tdte et qui attisait toutes ses idées. Elle remonta à cheval et partit au galop, coupant à travers des sentiers, pour arriver avant tout le inonde à la maison vers ' laquelle se dirigeaient Liomer et ses amis.
Elisabeth, quand elle desceadît de cheval, n'eat pas le temps de sonner à la porte du jardin. Mademoiselle Gertrude, qui guettait le moindre bruit, s'était avancée rapidement.
La jeuue fille et la veuve se regardèrent.
— Il est blessé? demanda l'Allemande.
— Oui, répondit madame Bournel en voulant entrer.
Sans paraître la retenir, mademoiselle Gertrude se plaça devant elle :
— Blessé gravement? dit-elle d'une voix qui tremblait.
— Je le crois ; bien qu'il revienne à pied.
Elisabeth fit encore un pas en avant ; Gertrude
l'arrftta encore par une question :
-r- Et l'autre ?
— Quel autre? Ah I... l'autre... Il est mort.
o,.:..„,Goo;;lc
La jeune Badoise, qui avait doacemeDt p&li, devint blême et mit les deux mains sur sa poitrine.
— Mortl — dit-elle avec effroi. — TuéparM. Liomep?
— Efa bien, oui, tué par lui ; puisque ce n'est pas par moi.
Elles se regardèrent encore, étonnées. Madame Bournel ne comprenait pas cette pitié pour son ennemi, pour l'adversaire deLiomer. Mademoiselle Gertrude un peu rassurée, puisque Liomer revenait à pied, s'affligeait de la tristesse qui resterait sans doute au vainqueur, après une si terrible victoire. Elle ne le plaignait pas tant d'avoir été blessé que de s'être défendu par un meurtre.
— Quel malheur I balbutia-t-elle.
— Que diriez-Tousdonc si c'était l'autre qui l'eût tué? repartit violemment madame fiournel.
Mademoiselle Gertrude ne répliqua pas. Elle voila un instant ses yeux pour dissimuler l'embarras d'une réponse qu'elle ne voulait pas faire autrement qu'elle ne l'eût pensée, et qu'elle ne voulait pas laisser surprendre dans la sincérité de son regard.
Elisabeth s'avançait toujours. Mademoiselle Gertrude lui demanda naïvement :
— Est-ce que vous étiez là?
— Non, je les ai rencontrés à la sortie du bois.
— Ah I alors, ils vous ont envoyée me prévenir î
— Envoyée? non, Mais je suis accourue... II faut tout préparer, sa chambre, des linges, de la charpie.
Cette fois, mademoiselle Gertrude osa poser la main sur le bras de madame Boumel, et lui dire d'un ton d'autorité paisible :
is.