‹ L'enfant de la morteChapitre 3 sur 23 · L...,..„,Goo;:;lc · texte numérisé non relu

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en croit si fortement à l'honneur, on croit à la bonté, et l'on doit croire à l'amour. Quel rêve que celui d'être le mari de cette femme ardente et intelligente 1 Quelle force de s'appuyer sur un cœur pareil! quelle douceur de sentir cette énergie fléchir lous l'amour et s'appuyer avec abandon sur la conscience d'un honnête homme I

Liomer se trouvait pour la première fois devant ■ne tentation si brusque, si complète. Il se dit que ta dignité professionnelle exigeait qu'il avertit madame de la Touche, et, quand il retourna chez elle, il ne manqua pas de lui expliquer simplement son ambition.

La veuve le laissa parler. Persuadée qu'elle avait i répondre à un homme sérieux, positif, elle lui dit:

— Vous savez qu'Elisabeth n'a rien, et que moi j^ai peu de chose. Je vis d'une pension qui s'éteindra avec moi. Cet bfttel même ne me donne qu'une Hospitalité viagère. A ma mort, ma nièce se trou- Tera pauvre.

— C'est pour me tenter que vous me dites cela ?

— C'est pour n'être pas en reste de franchise, docteur... et puis, il y a la question du père !

— On peut le guérir, lui aussi, riposta l'intrépide nédecin.

— Oh ! je crains qu'il ne soit inguérissable, c'esti-dire incorrigible.

— Raison de plus alors pour que je n'abandonne pas celle que j'ai résolu de sauver.

— Enfin, docteur, — ajouta la générale avec un sourire, — je ne suis pas la maîtresse de ma nièce.

Je lui suis bien plutftt soumise... c'est d'elle quil faut l'obtenir.

— Je l'entends bien ainsi, madame. Mais je vohlais, avant tout, être certain que vous ne regretteriez pas le hasard qui m'avait Tait venir, h. la place de mon mailre.

— Je crois que j'en bénirai Dieu, docteur. Je l'iâ déjà remercié.

Liomer était un savant. Mais on dirait que \». science est une condition spéciale et tout à Tait déterminante pour rester ignorant en amour. Il s'imaginu qu'il avait fait les choses correctement et mis d'accoi^ la logique avec le sentiment qui l'animait, en prévenant madame de la Touche de ses intentions. Il ne restait plus, selon lui, qu'à prévenir Elisabetb, noa . pas pour qu'elle l'aimât sur-le-champ, mais pour qu'elle ne trouvât rien de déloyal dans sa conduite.

Elisabeth l'interrompit quand, se trouvant seul avec elle, il voulutlui faire une déclaration d'amour avec la netteté et la franchise sévère qu'il eftt mise 5 faire une déclaration de guerre. .

— Je ne vous crois pas, — lui dit-elle, en lui riant au nez, — c'est une ruse de médecin. Il vou« faut un prétesle pour revenir ici.

— Vous me croirez, mademoiselle.

— Tant pis I

— Pourquoi avoir peur?

— Parce que je ne suis pas sûre de vous aimer jamais, et qu'en vous chagrinant, j'aurai des remords.

— Mais si vous parveniez à m'aimer?

— Ce serait plus menaçant encore. Est-ce qu«

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108 L'BNFANT DE U MORTE

TOUS croyes vraiment qu'une fllle indisciplinée, tragique comme moi, peut faire une femme d'intérieur, la femme d'un homme grave, méthodique comme tous l'êtes?

U y avait du dépit, de l'ironie, une provocation hardie dans cette réponse. Par sa façon de souligner l'épithète de tragique qu'elle accolait à son nom, Elisabeth se moquait d'elle-même, voulait faire excuser, plutôt que rappeler, son incartade de l'arsenic, et, sans le savoir peut-être, ou par une pénétration subtile, troutait le moyen de se montrer faible, malgré son orgueilleuse prétention à la force.

Liomer souriait. Comme il ne contredisait pas Elisabeth, celle-ci lui demanda :

— A quoi pensez-vous?

. — Je pense qu'une jeune Médée ne serait pas la femme inutile d'un médecin. Elle dirigerait son laboratoire etl'aiderait à composer les philtres et les

— Dites, des poisons.

— On guérit plus de gens qu'on n'en tue avec les poisons.

Mademoiselle Landeronne pouvait s'avouer vaincue dans celte première escarmouche. Le docteur n'était pas seulement un moralisle ; c'était aussi un homme d'esprit. Elle lui fit une belle révérence, et parla si gauchement d'autre chose, qu'aucun aveu d'embarras n'eût été plus subtil.

Oui,' Liomer avait de l'esprit. Mais ce qu'on entend par ce terme n'a rien k démêler avec l'ftmour.

Pour aimer vraiment, profondément, humaine-

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L'KIir&!(T BE Ll lORTE IM

meot, sans réserre, comme ponr £tre poète, il txat s'abandonner à U Toi et rerréner le donte. Or l'esprit est l'aigaîllon da doute. 11 déchire lonjonrs 4a fleur qui s'épanonit trop près de loi. Un amonrenz n'a de sincérité qa'4 la condition d*£tre naïf. Je dis naïf; mais je ne dis ni sot, ni bête; car il n'rapas d'amour, dans le sens noble da mot, qoand il n'y a pas d'intelligence.

liomer, en derenant amonrenx, laissa déborder et se répandre dans tons les interstices de sa pensée cette candenr superbe qni était la force de sa nature. Il avait, dans ce temps-li, nn besoin tyranniqoe de conftance, de bonlé, de tendresse. Noos vojoas qn'après nne épreave doulonrense, il veut se satisfaire encore par l'amour paternel. Il crut alors le rassasier et l'enivrer par l'amonr d'une jeune fille belle, instmite, vaillante, qu'il croyait avoir trop bien comprise pour persister à l'étudier, et qu'il voulait venger de la solitude de son enfance, des amertumes de son adolescence.

On s'étonne souvent de l'épaisseur du bandeau qu'un mari loyal, qu'un amant confiant, acceptent ou réclament. On leur en fait un reproche, un ridicule ou uQ crime. On les pilorie et on les charivarîse pour leur loyauté et leur confiance. Il faudrait les admirer. Heureux qui n'a que la douleur d'avoir été dupe, sans la joie, aigrie par le remords, d'avoir trompé, désillusionné!

Liomer, quand il se retrouve en face de la femme qui a empoisonné sa vie, ne se re{tetit pas de ses illusions. Plus il souffre de les avoir perdues et s'ir^ rite contre celle qui les a déchirées et dispersées

Cioslo

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plus il en garde au dedans de lai la douceur, sous l'amertuine amassée, la fierté d'avoir cru, unie au dépit de ne plus croire.

En prévenant madame de la Touche et sa sièce, il s'imaginait aToirpris toutes les précautions indispensables ; pour le reste, il se livra à la joie d'une intimité qui devint, en quelques jours, la grande, l'unique occupation de sa vie.

Madame de la Touche, nous le savons par elle,' n'était pas riche. Sa pension ne devait pas lui survivre. Le général avait eu autrefois, pendant je ne sais quelle fonction importante, ce petit bdtel de la rue de Grenelle pour logement et pour bureaux. On avait continué à la veuve, par faveur, ce qu'on avait donné au mari par droit. Mais isolée, vieillie et pauvre, madame de la Touche n'avait aucun moyen de produire sa nièce dans le monde ; elle était trop flère pour rechercher les bourgeois, trop déchue de son rang pour prétendre rechercher les nobles de ' son voisinage.

Elle accueillit donc comme une bonne fortune, comme une solution inespérée, les prétentions de Liomer, et elle essaya de faire partager sa conviction à Elisabeth.

Elisabeth ne pouvait recevoir que d'elle seule le secret de sa destinée.

Elle parut flattée delà recherchedu docteur, et sembla tout d'abord vouloir lui prouver qu'elle n'était pas assez romanesque pour s'offusquer d'un commencement d'amourqui n'étaitqu'tin commencement de contrat. .

Au bout de huit jours seulement, quand elle lui

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eut bien démontré toute sa raison, elle écouta sa folie.

Elle eut d&s lors avec lui, tour à tour, des épanchements simples, comme ceux d'une sœur, des effusions purement intellectuelles, et des silences presque menaçants.

Qoand ils s'étaient quittés, après une conversatioa longue, je n'ose dire littéraire, mais élevée au-dessus des frivolités et des banalités du monde, elle l'accueillait le lendemain d'un air boudeur, comme si elle n'eût découvert la veille qu'un pédant dans cet homme qui voilait pudiquement son amour avec sa science.

Parfois, elle l'interrompait brusquement, brutalement, en lui disant :

— J'ai fini mes études. Parlons d'autre chose. Dites-moi donc que vous m'aimez 1

Si le malheureux docteur hésitait, elle se moquait de lui ; ou si, obéissant à l'injonction, il donnait b. l'entretien un tour plus tendre, elle se levait, comme indignée.

Un jour, elle l'attendait, impatiente de lui faire un aveu.

— C'est une folie, — lui dit-elle quand il l'aborba, — de vouloir m'épouser. J'entraverais votre carrière de savant, et vous n'êtes pas assez riche pour me donner du faste au lieu de la gloire.

Liomer, stupéfait, la regardad'un air douloureux. Elle répara aussitôt le mauvais effet de ses paroles, en ajoutant avec une sorte de respect.

— Vous avei devant vous un si bel avenir t

— Il ne sera grand et beau que si vous m'aimei !

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