SCÈNE III
LES MÊMES. POLYTE, en manches de chemise, en pantalon élégant, cl glissa:il sur le parquet.
l'OLYTE , chantant.
Il est plus dangereux de glisser Sur le parquet que sur la glace...
Care, que je passe!
BONOEIL.
Ça va bien, à ce qu'il parait, ce matin, mon petit Hippolylc?
POLYTE
Mais z-oui, papa Bonœil?
BONOEIL , ;'i Catiche.
Tu le vois, Catiche, il m'appelle déjà papa... cber enfant... Dis don.' mon ami, qu'est-ce que j'ai entendu, tout à l'heure?
POLYTE
C'est votre cabaret de porcelaine qui se trouvait sur mon passage, ci que j'ai un peu dérangé.
BONOEIL.
Comment! ma porcelaine de la Chine?
Juste ! vos magots font une jolie grimace... allez donc les voir, pour rire?
BONOEIL.
Mais ce cabaret m'a coûté 500 francs.
POLYTE
Eh bien! vous en achèterez un autre, ça fait aller le commerce.
bonoeil!
Hippolyte, mon ami, est-ce que tu ne pourrais pas le dispenser de me casser quelque chose, tous les matins?
POLYTE
Air : Et voilà comme tout s'arrange
C n'est pas ma faute; en général.
Je n' sais pas rester à rien faire.
BONOEIL.
Fort bien ; mais si ça t'est é'gal , Occup' toi d'une autre manière:
Prends un livre pour l'exercer.
POLYTE
Merci , non ; je n' suis pas si bète ,
Quand ici, j' devrais tout casser, Du haut en bas, quand j' devrais tout casser, J'aim' mieux ça , qu' de m' casser la tète.
BONOEIL.
Heureusement, je ne suis pas à ca près d'un cabaret... Nous avons à causer...
POLYTE
De quoi que nous allons parler?
Nous allons parler raison.
POLYTE
C'est pas drôle.. . enfin... parlons et dépèchons-nous.
BONOEIL.
Tu as seize ans, Hippolyte.
POLYTE
Je ne sais pas au jusle , vu que...
BONOEIL.
Oui... mais tu dois avoir cela, à peu près... dans un an, lu pourras faire un mari.
POLYTE
Si on veut.
BONOEII..
Mais tais-toi donc! Je vais aller à Versailles... (Polyte siffle l'air du roi Dagoberi.) Hippolyte, vous me faites de la peine.
POLYTE
Dame! je ne parle pas , je siffle... on ne peut donc plus siffler, à présent... alors , c'était pas la peine de faire des barricades...
BONOEIL.
Mais, écoute-moi donc... il s'agit de ton bonheur, ingrat... Je vais à Versailles, j'y passerai toute la journée... pendant ce temps-là, lu travailleras... tu t'instruiras le plus que tu pourras... entends-tu?
CATICI1E.
Voulez-vous bien finir, M. Polyte?
BONOEIL.
Qu'est-ce qu'il le fait, Catiche?
CAT1CHE
11 me fait endéver.
POLYTE
Du tout... c'est une mouche qu'elle avait sur le cou. ..et que j'ai attrapée, la preuve, la voilà!..
BONOEIL.
Mais on n'attrape pas des mouches sur le cou des femmes, Hippolyte?
POLYrE.
Pourquoi?
BONOEIL.
Parce que ce n'est pas décent. Surtout quand vous vous adressez à Catiche...
POLYTE
Pourquoi ?
BONOEIL.
Pourquoi! pourquoi! je me comprends... ça doit suffire.
POLYTE
Et moi aussi, je vous comprends, celte fois, vieux farceur!., connu!., connu!..
Vous me manquez, Hippolyte?
POLYTE
On a bien raison de dire que la femme est la pomme de discorde de l'humanité... Allons, voyons... ne pleurez pas, et donnez-moi une poignée de main, j'ai pas de fiel, moi... je dis une bêtise... puis, la langue tournée, j'y pense plus... m'en voulez-vous t'y encore?
BONOEIL.
Esl-ceque c'est possible? viens m'embrasser?
POLYTE , l'embrassant.
Làl (Il s'essuie la figure avec sa manche.) C'est fini, n'est-ce pas?
BONOEIL.
Oui... je suis pressé, jeté raconterai demain tout ce que j'aurai fait pour toi... tu me promets de travailler...
POLYTE
Je ferai tout ce que je pourrai.
bonof.il.
Tu seras sage?
POLYTE
Comme une image.
BONOEIL.
Je pars content. Catiche , tu auras bien soin de lui... et puis , sois tranquille, je rentrerai, je te le promets... Adieu, adieu, mes amis!
POLYTE
Boa voyage! (Quand Bonœil est parti ) Bon voyage M. Dumollel... a Saitit- Malo, débarquez...