Th. Ribot, Les maladies de la volonté, p
lÎDUCATION MORALE DE LA VOLONTÉ 295
être an instrument de vice comme un instrument de vertu. Les grands criminels font preuve de volonté à leur façon. On peut vouloir le mal avec la même énergie que le bien ^. »
Ce qui vient d'être dit fait pressentir qu'à six ou sept ans l'enfant aura pu faire quelques progrès, mais toujours bien restreints, quant à l'appréciation et à l'application du devoir. Ces progrès sont, en grande partie, d'essence sociale.
On oeut faire des actions morales sans être encore un être moral. Il suffît pour cela que Tégoïsme agisse de con- <îert avec la sympathie. On fera telle action pour faire plaisir à quelqu'un, on s'en abstiendra pour lui éviter de la peine. On peut être aussi plus ou moins disposé par rhérédilé à suivre certaines tendances utiles ou bienfaisantes, et à rési»ter aux tendances contraires. Mais ces vertus spontanées ne vont jamais bien loin. N'était l'éducation, elles resteraient, même pour l'homme instruit, à peu près dans les limites de la moralité animala. La conscience et l'abstraction interviendraient fort peu pour les régler par le jugement et l'appréciation des motifs. La conduite morale et le sens moral doivent progresser chez l'enfant, comme ils l'ont fait chez les hommes primitifs, par un développement parallèle de conceptions et d'émotions avant tout sociales. Il faut qu'aux habitudes d'amour et de respect, premiers éléments de la conscience morale, s'ajoute le sentiment du remords, c'est-à-dire du désaccord entre l'action faite et la règle imposée par l'imitation et par l'habitude. Il faut qu'au sentiment du remords généralisé et fortifié par l'expérience s'ajoute le désir de voir accomplir et d'accomplir des actes reconnus comme méritant l'approbation et comme produisant des
i. Cours de pédagogie, p. 229.
résultats utiles. En un mot, il faut que notre morale artificielle, convenue, complexe, se surajoute aux impulsions primitives de la sympathie animale.
L'éducation morale est toute une casuistique, fondée en partie sur l'utilité, en partie sur le sentiment. Or, l'utilité et le sentiment comportent une infinie diversité de caractères. Certaines actions ne sont morales ou immorales^ utiles ou nuisibles, que dans certaines circonstances, vis-àvis ou de la part de certaines personnes. D'un autre côté» certains actes prohibés par Tautorité morale ne le sont qu'en vertu d'un raffinement particulier du sentiment. Combien de pratiques ou d'abstentions uniquement fonidées sur des aversions et des dégoûts, sur des délicatesse» aftectueuses et tendres, qui sont afl*aire de dispositions individuelles! * Vous ne ferez que difficilement comprendre à un grossier cultivateur ou à certains de vos enfants € nés sarts pitié», que la cruauté infligée aux animaux inofl*ensifs est une faute morale. Mais vous pouvez les y amener peu à peu, si vous développez en eux le besoin de vous faire plaisir en évitant ce qui vous déplaît, si vous attirez leur attention sur ce fait que^ s'ils souffrent quand on les maltraite, les animaux sont de même. Toute moralité consiste à fonder certains sentiments sociaux sur un grand nombre d*expérienceç, et à subordonner d'autres sentiments et d*autres impulsions à ces premiers sentiments.
La faculté de diriger, de contenir, de varier, de prolonger Faction idéale, en un mot, la promptitude, Fénergie, la fermeté de la volition sont avant tout des qualités