LÀ RÉFLEXION APRÈS L'ACTION 2S
la lutte entre les deux motifs ne pouvait pas, être de longue durée.
La qualité de l'acte volontaire dépend essentiellement du développement intellectuel, tandis que sa quantité, son intensité, sa force, sa constance relèvent surtout des énergies actives et émotionnelles. Ce n'est pas tant le nombre des motifs amenés en présence et mis en conflit, que la faculté de les apprécier, qui importe. Quand Tattentioi^ s'applique non seulement à trouver les moyens d'agir, mais à estimer l'action à un point de vue de prudence ou de moralité, l'enfant fait preuve d'un certain développement intellectuel Cette appréciation est toujours fort limitée chez un enfant même âgé de sept ou huit ans; faute d'expériences suffisantes, il confond souvent les cas nouveaux avec les cas habituels, et traite des oas anciens comme des cas nouveaux. Ainsi un enfant qui respecte les fruits et les animaux du voisin ne se fera pas scrupule de jeter des pierres dans un jardin plus éloigné, ou de maltraiter des animaux dont il ne connaît peu les maîtres. Ainsi encore il se croit en droit de faire à un professeur faible ou contrefait des avanies dont la seule pensée le ferait trembler en présence d'un autre maître. Remarquons aussi que les circonstances extérieures, que les modifications survenues dans l'état nerveux et émotionnel de l'enfalit entraînent les changements les plus inattendus dans son estimation des motifs. Selon que son attention est fraîche ou épuisée, que son humeur est portée à la joie ou à la tristesse, l'enfant voit autrement les résultats prochains de sa résolution, il ralentit ou hâte son jugement, il se décide par raison ou par caprice. N'en est- il pas trop souvent de même pour l'adulte? Il faut avoir une grande force de caractère, développée et corri-
29 i L'ENFANT DE TROIS A SEPT ANS
gée par réducation, beaucoup de présence d*esprit et de prudence pour savoir mettre le conflit moral des motifs au-dessus des dispositions variables de l'organisme et en dehors de l'influence d'une impression fortuite, c La volonté,., est une résultante toujours instable, toujours }>rès de se décomposer, et, à vrai dire, un^ accident heureux *. »'
Cette éducation de la volonté marche de pair avec les progrès de la réflexion. Il est utile de porter souvent l'attention de Tenfantsur les acles, bons ou mauvais, qu'il vient d'accomplir. Souvent, même après une hésitation ayant toutes les apparences d'une délibération, Tenfant s'est décidé sans savoir pourquoi. Ce pourquoi, il peut du moins le connaître après avoir agi. Il n'est plus alors, ni au point de vue des idées, ni au point de vue des sentiments, le même que devant. Ou son désir est satisfait, et il fie porte plus obstacle à l'apparition des motifs que l'idée de l'acte aurait pu faire naître ; ou bien l'action n'a pas réussi à souhait, et, dans ce cas, à plus forte raison, l'acte devenant un objet d'attention, les idées et les sentiments qui s'y rapportent ont toute facilité pour surgir dans la conscience. C'est ainsi que l'interrègne de la raison succède souvent au règne des caprices. Quand l'enfant vient de faire un acte en contradiction avec son expérience utilitaire, il se souvient de cette expérience aussitôt l'actioD faite, car il sait trouver, comme nous, des excuses pour pallier sa faute, et des raisons pour la rejeter sur autruL « Il ne servirait de rien, dit M. Compayré, de former la volonté, si on ne lui donnait pas pour compagnon l'amour du bien. En elle-même, en effet, la volonté peut