‹ L'enfant de trois à sept ansChapitre 102 sur 107 · ÉDUCATION DE LA VOLONTÉ ACTIVE · texte numérisé non relu

ÉDUCATION DE LA VOLONTÉ ACTIVE

11 y aurait beaucoup d'exemples à citei* du développement de Tactivîté positive sous l'influence et par le fait même du développement de la volonté. On pourrait montrer ce développement parallèle par rapport au courage. C'est une qualité visiblement héritée. Montaigne a dit : c Le caractère de la couardise est indélébile ; à qui il est une fois attaché, il Test toujours. » Les philosophes sont d*accord là-dessus avec les moralistes. « Si Ton en juge, dit Bain, par les différences physiologiques entre les animaux et entre les sexes, il semble que le courage dépend d*un mode particulier de vigueur nerveuse, et consume une quantité définie de la nourriture de tout le système. Verser goutte à goutte cette qualité dans une nature qui n'en est que très faiblement pourvue, cela demande Tapplication de toute Ténergie plastique sur un seul point et explique comment il est si rare de voir réussir les tentatives faites pour implanter cette qualité, pour Taoquérir* ». On ne saurait nier Torigine essentiellement ethnique de cette qualité morale. Mais Ton a vu plus d'une fois la volonté, excitée par un puissant mobile, refouler les motifs de crainte, et revêtir, ou môme simuler les apparences du courage naturel. On connaît les viriles révoltes des poltrons. Le baptême du feu, pour les jeunes recrues, n'est pas un vain mot. Neuf fois sur dix, les soldats valent ce que valent leurs officiers. On peut, par nécessité, par entraînement, par sympathie, par amour-propre, et sans doute aussi par habitude, non pas machinale, mais réfléchie, se donner Ténergie du cœur et la vigueur des nerfs. Il est naturel que les mobiles sociaux qui ont développé le courage à l'origine puissent lui servir encore de

i. Les émotions et la volontét p. tô7.

stimulants efficaces. L*autorité du commandement, expression de la volonté sociale, tes excitations de Tamour^ propre, la contagion de Texemple, surtout donné par les égaux, peuvent assurément beaucoup pour développer la volonté dans ce sens, quand le tempérament paraît s*y opposer.

Il est encore bien certain que la volonté s'exerce et se développe dans le sens de la patience. Il a été constaté que, pendant la campagne de Russie, la moyenne des officiers morts était de beaucoup inférieure à celle des soldats. Assurément, il faut attribuer en partie cette force de résistance physique et morale à la supériorité des réserves physiologiques résultant pour les officiers d*un genre de vie et d'une alimentation beaucoup plus fortifiants que le régime habituel des soldats. Mais le ressort de la volonté mieux éclairée et plus exercée, plus prévoyante et plus habituée à se modérer, était pour beaucoup dans les dispositions morales des premiers. Les officiers ne s'exagéraient ni Tintensité réelle, ni la durée du mal, auquel les soldats se soumettaient avec une apathique indifférence ou un désespoir aveugle.

Si rémotion était félément essei>Ciel de la volition, elle suffirait à maintenir l'impulsion agréable qu'elle a communiquée aux organes. Il n'en est pas ainsi, quand il s'agit d'actions un peu prolongées, chez les natures à volonté faible. La persévérance est généralement, même dans le cas où l'action plaît par elle-même ou par ses effets prochains, en raison inverse de la précipitation à se décider et à faire. En tout cas, la force de la volonté se montre bien plutôt dans la persistance à accomplir des actes peu agréables. Il est des enfants assez heureusement doués pour réunir tout à la fois les avantages du tempérament actif»

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