ÉDUCATION DE LA VOLONTÉ PASSIVE
du. tempérament émotionnel et du tempérament volitîonnel. La petUe Rosine, âgée de six ans, est de ce nombre. C'est la fille d'un pâtissier. Son père est un homme grand et fort. Elle paraît tenir de lui: quoique d'une figure mignonne, elle est un peu grosse pour' son âge. C'est une travailleuse. Elle aime l'action qui réclame beaucoup de mouvement ou de grands efforts. Bien qu'aimant beaucoup à jouer, elle passera trois heures à écraser des fruits ou à piler du sucre. Elle se plaît beaucoup à Técole, où elle est notée comme une des plus laborieuses et des plus intelligentes, excepté pour les travaux à l'aiguille. Elle s'y met pourtant de bonne volonté, et les exécute, par devoir, avec zèle. Elle disait le lundi de Pâques : t Et dire qu'il y a encore six jours comme cela, sans aller en classe ! » Un dimanche soir, une voisine était en train de déménager. iTa petite vient trouver sa mère; c Maman, M"' Z... fait son déménagement ; elle a été si bonne pour moi i Je ne puis faire de moins que d'aller l'aider I — ^ Et tu as ta robe des dimanches ! — Eh bien, je monte chercher ma robe et mon tablier de travail pour que tu me les mettes, et j'irai donner un coup de main à M"" ?....» Elle alla ofi'rir ses services à la voisine, et travailla, pendant deux heures, comme une servante ne l'aurait pas fait.
L'imagination si prompte, chez de petits êtres ignorants, à s'exagérer le mal présent ou futur, joue un rôle à surveiller, quant à la patience volontaire. Mon père rappelait souvent deux petits événements de son enfance, qui lui avaient laissé une très forte impression. A l'âge de cinq ans, comme il s'était mis à tracasser un nid de guêpes établi dans le creux d'un arbre, il fut piqué sous l'aisselle par une de ces irascibles bètes. c Je sens encore le coup d'aiguillon i > nous disait-il à quarante ou cinquante ans d'in-
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tervalle. Il parlait aussi de son aisseJe enflée, de ses douleurs cuisantes, comme de quelque chose d'extraordinaire. De sa vie, il n'approcha que très prudemment d'une ruche d'abeilles. Il n'en est pas ainsi de ses petits-fils. Habitués par leur père à passer, sans se gêner, mais en prenant les précautions voulues; près de deux ruches établies dans le jardin, ils savent chasser les hyménoptères faisant mine de les poursuivre, et, s'il leur arrive d'être piqués, ils viennent tranquillement se faire mettre un peu d'huile sur la peau. Il n'en est pas de même d'une jeune bonne, âgée de dixsept ans, qui est chez eux depuis un an. Ayant été piquée à la joue par une de ces i cliastes buveuses de rosée », elle n'a jamais pu s'apprivoiser avec elles. Si, passant dans le jardin, elle en entend voltiger une autour d'elle^ elle s'enfuit en courant dans sa cuisine, le visage bouleversé, et poussant des cris affreux.
J'arrive à la seconde historiette de mon père. Un jars, entouré 4e ses oies, se dandinait dans la basse-cour. L'enfant voulut leur jeter de l'avoine, à l'imitation de sa mère. Le jars, soit qu'il se crût agacé, soit qu'il fût tenté d'abuser lâchement de sa force contre un petit être sans défense, se précipita sur lui, le cou tendu en avant, le saisit par le fond de sa culotte, et le traîna dans la cour sur une longueur de quelques mètres, t Je me croyais mort, dit l'enfant à ceux qui vinrent aussitôt le délivrer; je croyais que le père des oies m'avait emporté pour me manger I i Celte mésaventure n'empêcha pas l'enfant d'apprendre à se comporter de la bonne manière avec le jars et les oies. On lui apprit, el il fit son profit du renseignement, que ces bêtes belliqueuses fuiraient toujours devant lui, quand elles lui verraient une gaule à la main. Aussi passa-t-il désormais très brave à côté d'elles, et même abusa-t-il quelque