MÉMOIRE SCOLAIRE
tnint le iessin ou réchanlillon, de quelque fleur ou de quelque animal nouveaux. Il était assez, difficile» à cette époque, les répétitions étant très fréquentes, et les interrogations étant surtout générales, de noter de bien grandes difTérenecs individuelles, soit pour la mémoire, soit pour rintelligence. Les inégalitést se montraient seulement à la lecture : il est même digne de remarque que lea petites filles ayant appris à lire avec difficulté furent presque toujours les mauvaises élèves des classes suivantes. Les élèves les plus promptes à saisir les côtés saillants des objets, à signifier qu'elles les remarquaient, étaient aussi celles qui en conservaient le plus longtemps le souvenir. C'est que la mémoire, même dans la petite enfance, ne fonctionne jamais seule, qu'elle est ou parait essentiellement liée à la vivacité des perceptions et à Texactitude des jugements. Ce fait d'observation se trouve, du reste, vérifié par les expériences psycho-médicales : chez les somnambules, c la finesse de perception rend la suggestion facile ^ », et la reproduction mémorielle n'est pas autre chose qu'une suggestion.
De ^ix à sept ans, les petites filles apprenaient de courtes leçons, déjà lues en classe et expliquées par la maîtresse. Les médiocres commençaient à se montrer. Les dislances étaient assez accusées à la fin de l'année. Telle petite qui, sept où huit moisauparavant, apprenait une fable de Florian en vingt-cinq minutes, n'y mettait plus que vingt minutes ou un quart d'heure. Même résultat pour la grammaire et les récits historiques. Déjà aussi quelques mémoires étaient en retard pour tout ou partie des matières. C'étaient, en général, des enfants malades, lymphatiques, plus ou moins
1. ^emhelniyV Hypnotisme chez les hystériques^ Revue philosophique, mars iS85.
dépourvues d'attention, ou de» enfants assez vives, mais gâtées dans leurç familleg, qui leur laissaient foire toutes
. leurs fantaisies, et les promenaient de plaisir en plaisir. On leur faisait de temps à autre apprendre en classe une fable ou un morceau littéraire. Une élève les lisait à haute voix, puis chacune se mettait à les étudier bribe par bribe. Au boutde dix ou douze minutes, cinq ou six élèves fermaient le livre, et regardaient en souriant la maltresse. Quelques instants après, six ou sept autres, rougès d'émotion, fermaient aussi leurs livres. Celles qui arrivaient en retard, dès le milieu de la séance^ avaient montré quelque distraction; leur regard allait çà et là, leur main machinalement agitait le livre, saisissait et retournait un crayon; elles en tapotaient sur là table et y fixaient leurs yeux, tout en se récitant la leçon à elles-mêmes. Si, au bout de trois jours, on leur redemandait cette^ leçon, lue seulement une fois, à peine cinq élèves sur vingt la récitaient sans faule; les deux tiers des élèves la récitaient avec plus ou moins d'hésitation, et y faisaient de trois à dix fautes. Le reste de la classe en reproduisait par-ci par-là quelques mots. La maîtresse voyait là une exacte mesure des diverses mémoires. L'intelligence proprement dite n'était pas beaucoup en cause, puisque la leçon avait été expliquée,.et que
/ le sens des mots était compris de toutes les élèves. La maîtresse constatait, en somme, et sauf de rares exceptions, que les élèves les plus lentes à apprendre et les plus promptes à oublier étaient celles qui n'avaient pas l'habitude de savoir les leçorîs étudiées dans leurs familles.
De sept à huit ans, la facilité s'était quelque peu accrue, la ténacité restant au môme point, pour la moyenne des élèves, ce qui laissait un plus grand intervalle entre elles et le dernier tiers de la classe* Cette augmentation de faci-
MÉMOIRB SCOLAmË fi
llté f étcrttlve n'avait pas pour cause unique 6e qu'on appelle la culture de la mémoire, ou les exercices fréquemment renouvelés dur telle ou telle matière, car mainte élève qui arrivait en clasâe à cet âge sans avoir jamais rien appris ne laissait pas de rattraper ou même de surpasser en très peu de temps des enfants ayant trois ou quatre ans d'école. Dans le courant de la même année, quelques élèves qui avaient pu donner autrefois des illusions commençaient à inquiéter par rinfériorité en quelque sorte croissante de leur mémoire ou de leur intelligence. Il arriva souvent que leur maltresse disait à sa sœur, directrice des plus grandes élèves : « Tu sais, une telle et une telle, elles travaillent tant que je dois leur donner des bons points et des biUcts de satisfaction : ce sont dés élèves irréprochables; mais, comme telle ou telle autre, ce ne sont que des sottes. Je le vois au travail des ardoises. » Y avait-il là un simple résultat de révolution? Peut-être, puisque rien ne paraissait avoir changé dans les influences du milieu, dans le tempérament, ' le caractère et les habitudes morales des enfants ^ Il est donc probable que la vraie cause, due elle-même à des
4. Tous les hygiénistes ont consffléré, «iprès Tissot, la perte de In mémoire chez les enfants comme un indice accusateur des désordres secrets. « Tout enfant, dit M. Fonssagrives, chez lequel la mémoire faiblit d'une façon marquée, qui fait des efforts évidents et infructueux pour apprendre ses leçons, et qui n*est ni dans la période de préparation d'une maladie cérébrale, ni dans celle de convalescence d'une maladie longue, une fièvre typhoïde, par exemple, doit, par ce seul fait,, être tenu en une suspicion que Ja coïncidence .de quelque autre indice ne tarde pas d'ailleurs à rendre plus probable. » Le môme auteur ajoute : « Je ne sache pas qu'on ait cherché à analy> ser celles des'quaiités de la mémoire: facilité, ténacité, spontanéité,
Sue ce fléau frappe ou éteint de préférence. Il y aurait là un sujet 'étude intéressant pour le philosophe et l'hygiéniste. Je serais disposé à croire que c'est la ténacité qui est surtout menacée, n V Education physique des garçons^ p. 308-31i.
circonstances inconnues, était un ralentissement dans le développement du cerveau.
Les mêmes élèves passaient, de huit à dix ans, dans les mains de sous-maîtresses, ni bien instruites, ni bien zélées : mais ce n*est pas sans doute cela seul qui faisait qu'on avait beaucoup à se plaindre de leur paresse et de leur diablerie. Elles n'avaient plus de goût pour les leçons d'histoire naturelle, d'ailleurs mal préparées et mal faites. Elles ne rapportaient plus le soir dans leurs familles ces charff ants récits, ces notions utiles, ces explications intéresr santés qui charmaient tant autrefois leurs parents. Si la tête de ja classe restait ferme à son niveau, la moyenne ^ baissait manifestement.
Vers l'âge de douze ans, les premières élèves paraissaient avoir donné la mesure définitive de leur facilité et de leur "ténacité mémorielie, ou du moins progressaientelles fort peu sous ce rapport, tandis que leur jugement et / leur imagination faisaient quelquefois des progrès étonnantr., Il semble aussi qu'elles n'eussent dès lors presque rien à gagner au point de vue de la netteté ou de la précision du souvenir, soit que cette qualité corresponde à une qualité native de la perception, soit que les exercices propres à la développer ne fussent pas connus de ces maîtresses d'ailleurs si capables. Les distances restaient toujours les mêmes, pour la mémoire, entre les bonnes et les mauvaises élèves d'autrefois. Où les différences s'accusaient surtout de semestre en semestre, c'est dans les réponses explicatives, dans les applications orales ou éèrites des matériaux entassés, dans les compositions autres que la dictée et l'analyse grammaticale.
Entre la neuvième et la douzième année, il ne fallait compter, chaque année, sur une centaine d'élèves, que