MALADIES DE LA MÉMOIRE
mais rien fait en classe. » L^enfant retient, d*ailleurs, avè(ï plaisir et facilité des fables qu'on lui répète à la maison : le père, à tort, ne considérait^ pas ces récitations comme des exercices scolaires. Il était surtout loin de se douter qu'il y eût des applications, assurément très importantes^ de la mémoire, outre celles dont on fait si grand état à
I école et au collège. Son fils, dit-il, n'est pas alfectueux. Très doux, très plaisant, très gentil (c est le mot de Tenfant parlant de lui-même), si on lui donne quelque chose ou si on lui rend un service, il remercie poliment, mais sans témoigner de l'amitié ni de la reconnaissance. Faut-il voir là un défaut héréditaire ou accidentel de la mémoire sympathique? La mère de l'enfant est morte alors qu'il avait à peine un an; son père, toujours affairé ou préoccupé, sa grand'mère, d'un caractère assez froid, ne l'ont^ guère habitué aux caresses. En tout cas, cette lacune dans' les aptitudes ou dans l'éducation de l'enfant est beaucoup \ plus regrettable quecellede son peu de goûtpourlalecture. '
Sa mémoire est, d'ailleurs, excellente à beaucoup d'au-' très égards. Il a la mémoire du langage: il lient de son père une grande facilité et une grande justesse d'expression.
II retient à la première audition, et pour plusieurs mois, les mots les plus difficiles à prononcer, par exemple, des noms propres, cdmme Quirreti, Veinterschum, Il sl dérobé à son père et à sa grand'mère un certain nombre de mots . et de locutions périgourdines, car ceux-ci s'expriment quelquefois dans ce patois, quand ils ne veulent pas être entendus; le petit indiscret, guidé par la triple analogie^ des sons, des intonations et des gestes, est parvenu à deviner le sens d'un très grand nombre de mots. Il mélange même d'une façon très piquante l'accent gascon, imité de ses parents, avec l'accent parisien imité de tout le monde.
B. ?iHLU — L'vjarant do trois à sept ans. 2
Il a encore à un très haut degré la mémoire dés promesses qu'on lui a faites, des projets dont on a parlé devant lui, des lieux où il a laissé des objets, des actions se rapportent à la pratique de divers métiers. Il a la mémoire ou rhabileté du coup d*œily du coup de main: deux qualités que son père lient de ses ascendants maternels, et que fenfant a montrées avant tout exercice. Voilà, certes, et j'en passe, une foule de mémoires autrement appréciables peut-être que celles du fort en thème, en grammaire, en histoire et en arithmétique, quand ces dernières se trouvent chez quelqu'un toutes seules. Je ne crois pas d'ailleurs, comme son|père, que l'enfant ne puisse au besoin montrer quelque aptitude scolaire. Le tout est d'attendre et de savoir s'y prendre.
11 y a des infirmités de la mémoire, mais jamais incurables ou absolues. Les maladies de la première enfance peuvent amener des amnésies comme des hypermnésies temporaires. J'ai connu une jeune fille qu'une fièvre typhoïde laissa presque idiote à partir de sa troisième année. Elle put seulement apprendre à lire, très difficilement à écrire, un peu à coudre, jamais à faire de bonne cuisine; elle n'apprit jamais leçon d'aucune sorte. Ses parents évitaient d'ailleurs tout ce qui pouvait fatiguer ou surexciter son système nerveux très susceptible. Elle relevait évidemment de la psychiatrie, qui aurait pu sans doute restaurer en quelque façon ce cerveau délabré. Chose surprenante, on lui apprit à déclamer; elle s'animait et pleurait aux endroits émouvants, sans rien ressentir, comme un parfait automate ou un parfait acteur. C'était là un genre de mémoire très spéciale, la seule qu'elle eût à un assez haut degré. On peut voir dans ce cas une sorte d'atrophie générale, mais non pas absolue, de la mémoire.