ASSOCIATION PAR RESSEMBLANCE
pelle squelette l'ensemble des os, nous le savons déjà.
«Les vertébrés et les invertébrés. Tous les animaux qui ont des os ont aussi, comme l'homme (déjà étudié), une colonne vertébrale. Par suite, on a désigné les animaux à os sous le nom de vertébrés; et les autres, par conséquent, sous le nom d'animaux invertébrés, c'est-à-dire non vertébrés. Un autre signe, un autre caractère, très aisément reconnu et très important, sert à distinguer les vertébrés des invertébrés. G*cst que les vertébrés seuls ont dans 7c corps du sang rouge comme le nôtre. Yous avez pu le vérifier, sans douté, plus d'une fois chez nos animaux domestiques. De même, les serpents, les grenouilles, les poissons ont du sang rouge. Si, au contraire, vous piquiez un hanneton, une limace, une écrevisse, il n'en sortirait qu'un liquida non coloré *. »
Si les suggestions de ressemblance ont une si grande^ influence sur le développement intellectuel de l'enfant, CCS avantages sont souvent payés par bien des erreurs, des illusions et des maladresses. Un défaut ordinaire chez^ l'enfant et tout à fait conforme à la loi du moindre effort, c'est de fixer son attention plutôt sur les ressemblances que sur l^s difi*érences, et sur les grosses ressemblances plutôt que sur les autres. On a bien remarqué, il est vrai, que certains esprits sont frappés davantage par l'analogie, et d'autres par la diversité. C'est l'exception. L'enfant est, en général, très coulant en fait de ressemblance. Il se joue volontiers à la surface des choses, et dLrficilement il pénètre au fond. Soit par vivacité, soit par paresse d'esprit, et surtout par ignorance et défaut d'habitude, l'ancien, dans ses souvenirs, fait presque toujours tort au nouveau,
i, Paul Bert« la Première année d* enseignement scientifique, p. 81-^3
le bien connu au moins bien connu.. À tout propos^ il fait d'une ressemblance légère une ressemblance entière. tJn ' exemple des. plus familiers, entre mille. Onv voulait apprendre un jeu de cartes très simple à un enfant de cinq ans. Ayant joué q^elque^fois au loto, il disposa ses caries les unes au-dessous des autres, sans vouloir écouter aucun avis ni observer comment les autres s'y prenaient. «Laissez-moi faire tout seul, criait-il avec feu I je sais jouer aussi bien que vous. A qui de tirer les numéros? Je veux, avant tout le monde, faire terne, quaterne et quine. » Ainsi les Romains prirent-ils un jour les éléphants de Pyrrbus pour des bœufs de Lticanie. Ainsi les gens, à passions et à préjugés se font un type du républicain ou du royaliste d'après quelques traits appartenant à des personnifications très imparfaites de l'un ou de l'autre parti. Ainsi jugeons-nous tous, de prime-saut, du caractère, des dispositions, de la moralité, du talent d'une personne, d'après son visage et sa voix. Ainsi apprécions-nous au hasard un livre ou une pièce à la vue du titre ou du nom de l'auteur. Ainsi in ferons- nous grossièrement la nature d'un objet des propriétés mal connues de quelque autre objet. Ainsi, car il faut toujours parler des poètes quand on parle des petits enfants, un vieux rimeur,. au sens peu rassis, se garda-t-il de retoucher cette métaphore, plus séduisante que bienvenue, par laquelle il faisait des poissons de « rapides muets ».
f Gomme les poètes (soit dit sans oublier les exceptions), ^ l'enfant est porté à juger -sur des rapports vagues, superfî- ^ ciels, peu nombreux. Il imite avec empressement nos assi- / mllations, soit ingénieuses, soit ridicules. Il 0n est qui animent et personnifient tout de la plus absurde façon. Je sais bien qu'enfants et poètes ont du moins cette excuse fa^cile
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que le sentiment n'est pas la raison, ou plutôt le raisonnement. Mais trop souvent ne nou? en font-ils pas admirer le brillant divorce ? Prenons le plus éminent de tous : Victor Hugo, Tadmirable fouilleur. de Tâme humaine, le savant créateur d'harmonies morales et sensibles, n'a-t-il pas surabondamment démontré la prétendue incompatibilité qui éxistaiLpour lui entre l'imagination littéraire et l'imagination sciôntiflque, s'étant toujours contenté des connaissances les plus vulgaires en fait de science et de philosophie? Admirons donc Tenfantqui; dès que le sentiment s'éveille, que Timagination s'allume, tire de la vue d'un objet mille images imprévues, mille rapprochements Curieux ou ravissants, qui multiplie, qui projette, qui enlace, en vives fusées, les idées et les mots, identifie le ver luisant avec Tétoile, le fétu de paille avec le chêne immense, rinsecte minuscule avec une personne, un animal avec un autre à cent lieues de lui dans l'échelle zooiogique. Mais n'oublions pas que ce ne sont toujours là que des formes, ou transitoires, ou peu sérieuses de la pensée. Il y a, j'y consens, la logique des savants, celle des poètes et des artistes, tout comme celle des logiciens. Mais n'attribuons à ces combinaisons et à ces créations d'images souvent discordantes au regard du bon sens ou de la Vjérité vraie d'autre valeur, avec un peu plus de charme, qu'aux constructions de la métaphysique, qui ne vaut que par son accord avec la réalité, quand cet accord est vérifié. Mettons-les presque au même niveau que ces i^onsbommes aux formes géométriques dont les enfants barbouillent les murs et les cahiers, et au prix desquels les dessins des hommes primitifs S auxquels on a trop facilement comparé
1. Il suffit de citer, par exemple, Je type du grand ours très bien reproduit sur un galet provenant de la grotte de Massât (Ariège); la
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renfant', sont des œuvres de grand %rt Ils ne signifient guère plus d'ouverture d'esprit que les fieCions plus ou moinK spontanées de la petite fille convertissaniea poupée le premier objet venu et jouant à la mère avec elle. Ua savant voyageur, voulant justifier le' jeu de la poupée, me racontait le fait suivant, qui lui paraissait une imitation tout instinctive des pratiques maternelles. Une petite océanienne s'était fait un poupon d'une longue courge, qu'elle berçait dans ses bras comme un enfant, faisant mine de lui donner le sein, et, pour dormir.^ le rejetant derrière ses épaules, selon l'usage des femmes indigènes» sGq ne sont là que des imitations et des assimilations, dont le caractère esthétique ou éthique n'est guère prononcé) et qui, dans tout les cas, sont d'une exécution assez facile. Si c'est par là que les enfants sont poètes, et que les poètes se font enfants, avouons que le rapprochement convenu ne relève guère ni les uns ni les autres.
Quand la loi de contiguïté ou d'habitude a fait son office, quand deux idées se sont succédé de façon à former un couple dans la conscience, nous pouvons juger qu'elles sont semblables ou dissemblables. La perception du con-
tête d'ours 4^ Bruniquel, exécutée avec une pointe de silex sur bois de renne, la première image d'homme trouvé à la Madeleine sur un bâton de commandant, et celle d'un chasseur d'aurochs rapportés à l'époque du renne. Dans les représentations les plus authentiques de l'époque quaternaire, nous trouvons plus de précision et de détails qu'un enfant de six ans, ayant appris tout seul le dessin, ne pourrait aussi bien réunir: croquis d'animaux, ou hachures indiquant assez bien les ombres, exprc3sion de la physionomie, le type et l'allure de l'animal rendus avec beaucoup de vérité, bas et hauts reliefs, rondes bosses ébauchées, toutes ces qualités indiquent une^ sûreté de main et un sens de l'harmoaie des lignes, de la vé--rite, de l'expression, déjà cultivés par des générations d'artistes dont les auteurs de ces dessins et de ces sculptures étaient les héritiers, l^ns ses plus lointaines origines, l'art préhistorique nous échappe, et ce n'est pas l'enfant qui nous en apprend graud'chose.