ASSOCIATION PAR CONTRASTE
trasie^ comme celle de la ressemblance, est donc la conséquence et non la cause de la suggestîqn. Le contraste, pas plus que la ressemblance, ne saurait établir un lien d'attraction entre les idées. Autrement ne le feraient-ils pas toujours? Or, quand les idées se sont présentées en môme temps, la perception de ressemblance ou de contraste peut se produire ou ne pas se produire. Le contraste est donc une suggestion surajoutée à une autre, de même nature, et n'en différant que par l'objet. L'animal et l'enfant encore muet, comme l'adulte apercevant cette relation et remarquant (quand il le remarque) qu'il Taperçoît, produisent de ces sortes d'associations proliférées d'associations. Il est, en effet, difficile de voir autre chose qu'une différence de degré, et non de nature, entre les deux opérations de l'homme ayant conscience de son jugement, et l'animal et Tenfant qui agissent comme s'ils en avaient conscience^ Le jugement, ou la suggestion de contraste, a d'abord son principe dans la succession des choses réelles. Nous voyons partout des phénomènes se suivre en contradiction avec d autres. Ainsi les alternances du jour et de la nuit, du bruit et du silence» les oppositions du grand et du petit, du fort et du faible, du beau et du laid, du bon et du mau-
1. M. V. Brocbard, qui, dans la fieoue phiL de mars 4880, a fait une attrayante et solide étude sur la prétendue loi de similarité^ me semble avoir un peu trop élargi la distance entre l'animal qui agit comme s'il apercevait les ressemblances (eu les contrastes), cU'bomme qui peut < penser la ressemblance indépendamment des semoiables ». Dans les deux esprits, c'est toujours « la même reproduction machinale du passé ». Elle est seulement un peu plus compliquée ici que là. Est-ce une raison d'expliquer ce petit degré de complication par un a priori, que Texpérience n'expliquerait pas? « L'expérience fournit l'occasion, l'esprit la saisit; l'expérience donne la matière; l'esprit .la forme. C'est de lui-même, par sa vertu propre, qu'en présence de l'expérience il s'avise de découvrir ce qu'est une ressemblance, qu'il aperçoit, comme disait Platon, les idées du môme et de l'autre. »
vais. Nous voyons les contraires se succéder dans les êtres naturels, dans les autres hommes et dans nous-mêmes. Nous les voyons se succéder dans le temps comme dans Tespace : après le sommeil vient le réveil, après une réprimande un éloge ou une caresse, après un orage le ciel calme, la plaine s*étend au-dessous de la mpnta^ne,et les flots de la mer sont limités par la terre ferme, etc. Ces différences frappantes, ces oppositions, ces contrastes sont.pour nous journaliers, du moins très fréquents, presque toujours très frappants pour un petit^étre ignorant, s'émouvant, s'étonnant de beaucoup de choses. Plus la lumière nous égayait et nous était nécessaire, plus sa privation subite nous sera sensible; et plus l'obscurité nous aura contrariés, plus nous serons charmés de voir reparaître la lumière. Ainsi tous ces renversements complets pu à peu près complets d'expériences attirent Taltention sur les deux êtres ou les deux faits en contraste, et enracinent fortement l'association. Ajoutons que si Tenfant découvre par luimême, en lui-même et autour de lui, .un nombre infini de variations et d'oppositions, les influences du milieu social fortifient singulièrement en lui cette tendance. Le langage lui apporte des contrastes tous faits, des synonymes de dégradation entre des termes extrêmes, quelquefois même les deux termes soudés ensemble ou joints par une copule, comme dans les expressions aigre-doux, clair-obscur j grisvert^ ni chaud ni froid, m gras ni maigre. De plus, comme la fort bien remarqué M. James Sully, la mère et le maître commencent Tinstruclion deTenfant en lui faisant apercevoir les plus gros contrastes *. Le fait est que lês .fines distinctions, les nuances intermédiaires échappent^. en