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généraLau petitenfant, bien qu'il puisse, à quatre ou cinq ans, adopter et comprendre un grand nombre des formules qui les expriment. 11 voit le plus souvent un contraste où il n'y a qu'une différence, et une contradiction où il n'y a (Ju'un contraste. Dans ses actes comme dans ses paroles, il est l'antithèse vivante.
Aussi voyons-nous que oui et non, je veux et je ne veux pas se succèdent, ou se mêlent à tout propos, sur ses lèvres. Ce sont là les deux pôles de sa pensée et de sa vie d'enfant, les deux plateaux sur lesquels son jugement se balance pour trouver son équilibre, et s'assurer des autres comme de lui-même. Il se produit, en effet, dans son expérience journalière, tant d'occasions de se décider, lorsqu'il ne sait en vérité lequel vaut le mieux du oui ou du non! Il sait d'ailleurs fort bien que, dans la majeure partie des cas, les choses sont ou ne sont pas, selon ce qu'il décide ou ce qu'on décide pour lui. Il est donc naturel qu'il n'abandonne qu'à regret la formule négative, quand sa pensée ou son désir sont tout à fait inclinés vers l'affirmative. Il semble croire que sa décision ou son affirmation ne seraient pas complètes sans l'adjonction delà formule opposée. « C'est mon cheval, dira-t-il, il n'est pas à Paul. » Cette tendance à l'expression par contraste est d'ailleurs encouragée par beaucoup de mères. Il y a quelques mois, dans une ville du midi, j'entendais quatre ou cinq fois par jour, sous mes fenêtres, les conversations d'une jeune mère avec un enfant de quatre ans. L'entendant user à tout propos de la forme négative, j'eus la curiosité de noter les phrases que je pourrais saisir au passage. Or la négation, seule ou accompagnée d'interrogation, se reproduisait de trente à trente-cinq fois sur cinquante phrases. Deux exemples suffiront ' <c Elle n'était pas belle, non, la vilaine grimace
B. Piiisz. ^ L*enfaDt de trois à sept ans. 3
du clown. • — « Qui ne couchera pas «eul ce soir? i» Qilefs* lion amenant la réponse de l'enfant : c Paul couchera dans le Ut de maman* >» Et ainsi du reste. Le non employé pour le om, d'un effet si oraloire et si poétique dans Tan-. tUhèse, les contraires et Temphase, d*un tour si fin et si agréable dans la conversation ordinaire, me paraît du
I plus fréquent usage chez les gens du peuple, ches Jes enfants, et chez les femmes, au moins les femmes du midi» Gomme Tenfant est poKé à en abuser, je pense que Ja; tendance en est vite acquise par la plupart des mères. Aussi bien, le mot o^ti^ est-il à sa place? Une habitude est tou^^.
^ jours légitime, lorsqu'elle est utile au développement iotel-: lectuelet moral de l'enfant. La négation répond à la facujlé de différenciation, comme l'affirmatioa à celle d'assimilation. Le procédé qui nous aide à réunir mentalement les choses serait bien limité sans le concours et le contrôle de celui qui nous aide à les séparer. L'un suppose l'autre» et l'association suggestive qui s'établit entre ces deux fonctions diverses est aussi indispensable qu*elle est faeile.
Nous ne dirons donc pas, avec M. James Sully, que le. contraste joue un rôle très limité dans Tacquisition. Son principal usage est, d'après l'illustre psychologue, «d'é-, veiller l'attention, et par là de graver plus profondément dans l'esprit ce qui est inusité, exceptionnel» en contraste avec le cours ordinaire de l'expérience, comme la vue d'un géant ou d'un nain, le rugissement du Niagara, etc. K i Le contraste a, selon moi, une part aussi considérable dans l'acquisition que dans la reproduction et la combi* naison des idées, ce mot entendu au sens le plus large» Il a pour effet de mettre en relief non seulement lextraor* dinaire et le démesuré, mais aussi Tordinaire et le basai,
i. ÉlémenU de psychologie ^ p. 271.
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dans notre expérience quotidienne. Nous avons vu, ea effet, que les dififérences sont nécessaires pour la perception nette des ressemblances. Bain va jusqu'à voir dans la disf crimination le germe de toute conscience, c'est-à-dire de toute connaissance. Pour Spencer, Tintelligence, dans ses adaptations les plus complexes, procède toujours en intén grant et désintégrant. Gomme le savant assimile et distingue les êtres et les idées, comme l'orateur et le poète nous saisissent et nous captivent par Topposition des images, des sentiments, des membres de phrases et des mots, comm^, !e3 artistes produisent sur nos yeux et\sur notre oreille les plus puissants effets en opposant avec art les ombres et le^ Jours, les voix hautes et basses, ainsi Tenfant à toute heure se distrait, se sauve de Tennui, rarratchit son attention, s*amuse et s'instruit par le jeu des oppositions et des contrastes. Nous verrons plus loin de quelle importance les suggestions de contraste sont dans les généralisations, les jugements et les décisions de Tenfant*. Nous montrerons
1. Bain a dit avec son autorité en matière de psychologie et d'é* ducation : « Le contraste entre deux objets dififérents est une ressource toujours prête, et qui abrège le travail en excluant tout de snitelesidéessusceptibles d'être confondues avec celle que nous avons en vue. Pour graver dans l'esprit l'idée d'un cercle, nous le mettons à côté d*une ellipse. Avec un groupe d'objets destiné à faire comprendre le nombre abstrait quatre^ nous mettons un groupe composé de trois et un autre de cinq objets. Nous mettons le blanc et le noir à côté l'un de Tautre. Pour mieux expliquer en quoi consiste le luxe, nous citons des exemples de mœurs simples et frugales. Tout maître doit savoir trouver des contrastes ou des oppositions aussi bien que des exemples et des faits particuliers. » Et encore : « Les vérités présentées sous la forme d'antithèses bien marquées s'apprennent facilement avant d'avoir été comprises. Cette définition « une lignp est une longueur sans largeur » a un sens réellement obscur, mais elle est très facile à retenir. (La Science de Véducation, chap. ii.) Remarquons pourtant que Bain a peut-être eu tort en recommandant d*une manière absolue le rapprochement des variétés extrêmes. « Il convient plutôt, dit avec raison M. Compayré, de présenter à l'enfant, po r chaque classe d*objets, des spécimens moyens où les
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aussi quel est leur concours dans l'inhibition des sentîmenU. 11 me suffit de dire en passant que les contrastes ou les variations, portant sur deux objets ou sur un seul, outre qu'ils mettent en jour les faits ou les objets opposés, ont le pouvoir d'éveiller des émotions concordantes, de les aviver^ def les aiguiser par des rapprochements imprévus, en un mot, nous amènent à mieux préciser et à ressentir plus complètement nos désirs et nos aversions, source et fondement de notre vie affective et morale»
caractères communs apparaissent avec quelque relief et ne soient pas comme obscurcis par des particularités trop saillantes. Il faut, en d'autres termes, aider le travail de généralisation de Tenfant en ménageant à son esprit une transition facile tl'un objet à un autre* Les variétés extrêmes, séparées par trop de distance, gêneraient assurément la perception des ressemblances; elles ne doivent être nrésentée^ au*en dernier lieu. » (Cours de pcdagoyie, p. 4U6.)