‹ L'enfant de trois à sept ansChapitre 22 sur 107 · MÉMOIRE VERBALE · texte numérisé non relu

MÉMOIRE VERBALE

agence de Tenfant, et il comprendra le reste ensuite *. « Quand le sujet s'adresse au sentiment, une faible lueur de sens suffit. » Bain, assurément, n*entend pas qu*on abuse jamais de cette méthode, jusqu'à mettre une mémoire des mots où il faut des notions scientifiques. Il a d'ailleurs, mieux que personne, établi qu'il ne doit pas y avoir divorce entre la mémoire et le jugement, et, quant aux premières leçons d'intuition, il en a lui-même présenté d'admirables modèles. Que peut-on reprocher à cette doctrine? Peut-être de n'avoir pas assez indiqué la part qu'on peut faire à Tintelligence dans l'absorption des formules. L'enseignement donné à la première enfance peut toujours amener l'enfant à découvrir et à formuler lui-même la loi, le principe, le précepte, la règle •.

i. M. Joly a écrit quelques pages très judicieuses sur le principe de D*enseigner à l'enfaut que des choses qu*il comprend très bien. Le mot comprendre a un sens très élastique. Si» dans une œuvre artistique* ou littéraire, le nombre des choses que Tenfant ne comprendra pas sont les plus nombreuses, M. Joly conseille de ne pas les lui faire lire, apprendre, écouter ou regarder. « Mais si, sans pénétrer dans les profondeurs, Télève pput encore trouver à sa surface de quoi occuper utilement et agréablement son esprit, pourquoi l'en priver? » Suit, à ce propos, une justification des fables de La Fontaine. Elle m'a beaucoup frappé sans me convaincre. Du reste, et Pestalozzi pensait à peu près de môme, est-il besoin que l'enfant voie toutes les intentions d'un auteur, qu'il perçoive et qu'il classe toutes les raisons des faits? u Le travail do la réflexion ne saurait être d'ailleurs qu'un second travail supposant avant lui un travail d'acquisition, non pas inconscient et machinal, mais sans délibération ei sans caiicMÏ {Notions de pédagogiCy p. ddO). » Pourquoi reculer devant le mot mconscient? L'enseignement, réfléchi dans ses plus larges directions, doit faire peut-être une part phis grande qu'on ne pense à l'acquisition et à l'élaboration inconsciente.

S. Parmi les nombreux exemples de cet enseignement approprié à la faiblesse du jeune enfant sans cesser pour cela d'être scientifique, je citerai le petit livre de M. Bagatta : L'insegnamento delV aritmetica alla huona. Citons aussi, pour l'instruction des adolescente, le petit livre savant et familier que M"« Clotilde Bagatta, suivant les traces de son père, a publié sous ce titre : Un premier regard sur la natUrèi^Veau. Turin, 1885.

/ Étant ôtablî que ce qu*on iftppelle mémoire de mots est la plupart du temps une mémoire de choses, je liens pourtant qu'on doit cultiver la première .pour elle-môm^, ^t celai dès que Tenf^nt commence à se débrouiller dans ca langue maternelle. Cette culture sera limitée d'abord h €ie que Bain appelle les acquisitions linguistiques. Ici les parents devront avoir à cœur de fournir à Tenfant, par d'incessantes répétitionst un vocabulaire composé de mots Jles plus coprecls, les plus propres à désigner les objets, ou à déprire les actes importants ou familliers. On se néglige trop aisément, en général, sous ce rapport, comme si l'évo? lution mentale du petit enfant était chose en soi futile ou^ du moins transitoire, ei Ton use à son égard d'un langage qui est la dérision du sien ou la caricature du nôtre. Pourquoi lui enseigner des choses qu'il devra bientôt désapprendre, lui donner ou lui laisser prendre des habitudes qu'il lui faudra bientôt perdre, si cela est possible? Go système est surtout désastreux 4^ns son application aux langues vivantes : ôous prétexte d'y familiariser l'enfant dès le berceau, on le confie à des bonnes étrangères qui ne méritent, ni pour la pureté de leur idiome, ni sous d'autres rapports plus délicats^ la confiance et l'hospitalité dont on les honore. Mais passons* La culture de la mémoire verbale s'élève bientôt, même pour le petit enfant, jusqu'à des récitations littéraires. Sans doute, ces morceaux de prose et de vers peuvent toujours, par quelque côté, intéresser l'enfant, faire vibrerlesentimentdu beau, etpar suite celui du naturel dans l'expression. On a vu des fables de La Fontaine, des passages de Racine, jusqu'à des pièces de Molière captiver et réjouir de petits enfants. On sait môme que Molière engageait ses camarades à amener leurs enfants à la lecture de ses pièces pour s'éclairer des Wt

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