V. Th. Ribot, les ^aladieê de la mémoire, passim
travers mon sommeil. Je ne cesse pas de rêver lumière; je feçme les yeux, et je vois des flammes, des orbes rayonnants, ou bien de vagues réverbérations qui grandissent pareilles aux approujies de Taube ; je n'ai, pour ainsi dire, pas 4© nuit. Cette perception du jour, même en l'absence du soleil, ce repos transparent, traversé de lueurs comme les nuits d'été le sont de météores, ce cauchemar singulier, qui ne m'accorde aucun moment d'obscurité, tout cela ressemble beaucoup à la fièvre> Pourtant je ne ressens aucune fatigue; je devais m'y attendre, et je ne m'en plains pas *. M Quand les perceptions ont atteint ce degré de force et de vivacité, elles laissent dans l'esprit une vision hallucinatoire pour la vie durant : Fromentin aurait pu la reproduire après vingt ans comme il l'a fait au premier jour.
Mais un pareil ébranlement des centres perceptifs n'a lieu ordinairement que sous FinQuence de quelque fort sentiment qui se mêle à la perception, de quelque sensation si intime et si prolongée qu'elle équivaut à un sentiment* Il en est ainsi dans le cas décrit par lé même auteur. € Mais je sens que la paresse m'envahit et que peu à peu ma cervelle se résout en vapeur. La soif qu'on éprouve ne ressemblée rien de ce que tu connais; elle est incessante, toujours égale ; tout ce qu'on voit ici l'irrite au lieu de l'apaiser ; et l'idée d'un verre d'eau pure et froide devient une épouvantable tentation qui tient du cauchemar. Je calcule déjà comment je me satisferai en descendant de cheval à Médéah. Je me représente avec des spasmes inouïs, une immense coupe remplie jusqu'aux bords de celte eau limpide et glacée de la montagne. C'est une idée fixe
i, Fromentin. Un été dans le Sahara^ p. 492.