Les Maladies de la volcmU^ p. S
L'OBSESSION IMA6INATIVB 6i
gaires , des mauvais romanciers et de. beaucoup de ^ femmes. J'ai ya cependant des enfants, et même des petites filles de cinq ou six ans, qui mettaient dans leurs récits du choix, de la mesure et de la sobriété, et racon* taient tant et si bien qu'ils faisaient mentir la maxime do La Bruyère : c L*une des marques de la médiocrité d'esprit est de toujours conter. » Il est d'ailleurs très rare que le aentimenl ne collabore pas avec le jugement pour opérejr la série idéale des points de repère. La plupart du temps les souvenirs les plus importants sont ceux qui ont le plus flatté ou contrarié les affections, les goûts et les désirs de Tenfant. On peut même caractériser jusqu'à un certain point son imagination pjar la force et la durée des désirs qui ont fait époque dans sa vie, à titre d'obsessions plus ' ou moins intenses et plus ou moins tenaces.
Voici un enfant de six ans très imaginatif et -très im* pressionnable : il a souvent des désirs fixes, qui tiennent de la manie. C'est une bonbonnière, un livre d'étrennes, un cheval, un fusil, un chapeau, qu'il s'est fait promettre* En possession de l'objet, il s'en régale, s'il est mangeable; il s'en amuse ou s'en sert avec plaisir pendant quelques* jours, tout au plus pendant quelques semaines; mais il ne tarde pas à le prendre en dégoût. Son frère, âgé de huit ans, plus lent à s'enflammer pour des objets même utiles, qu'il apprécie par-dessus tout, plus modéré dans ses désirs, parait aussi plus constant dans ses goûts et dans SCS affections. Une de leurs tantes avait fait cadeau au plus jeune d'un joli porte-plume en nickel; l'enfant ne tarit pas sur les perfections de l'objet, il . fatigua de lemerciments les oreilles de tante-plumier. Le voyant si heureux et craignant que le frère aîné ne fût jaloux, elle lui demanda s'il voulait un paieil cadeau, c Si ta
^ 6ft L*ENFANT Dfi TROIS A SBM i.NS
veux », répondît-il flegmatiquement. l«d jour même il reçut le porte-plume d'un air presque indifférent , remerciant à peine. Au bout de quelques jours, à force de le regarder, de ressayer, de le démonter, il s'en éprit, et il ne cessait de répéter qu'il en était ravi. Spn gûût pPMr le porte-plume dura plasieurs mois, tandis que* i*fsngoueqient du plus jeune s'évanouit en quelques jours. Il en fut de même pour un bateau après lequel il avait soupiré pendant quinze jours. Il écrivait : a Je ne puis dire combien je suis heureux du bateau, ou plqtèt de la frégate, qu'on vient de me donner. » Six jours après, le bateau avait subi quelques avaries; Teau de mer avait décpUé un des mâts et terni sa coque blëue; il filait ses nœuds tput *de travers; le huitième jour n'était pas arrivé que le cher navire était traité en épave, délaissé, presque oublié. Aussi iWfant, qui connaissait certaine histoire de sifflet racontée par Franklin, écrivait à son père : c Je ne veux y plus avoir d'envies qui passent i cela rend trop maïbeupeux. Non, s41 m'en vient quelqu'une, je dirai : n Tout cela pour un sifflet 1 i Mot bien trouvé, mais combien feu3^l Cinq jours après, sa mère écrivait qu'il désirait une montre, violemment, mais qu'il voulait la gagner aou à sou par son travail. Telles sont les modifications^ soit rapides et superficielles, soit lentes mais persistantes, que l'imsiglnation fait subir à la sensibilité.
Je ne m'étendrai pas sur les influences, si diverses suivant les individus, les tempéraments, les lieux et les circonstances, que la sensibilité fait subir à l'imagination. Les études descriptives abondent sur cette matière, et les observations faites* sur les adultes sont en général applicables à l'âge dont nous parlons. Tout le monde sait, par,^ exemple, qu'un excès de joie ou de colère évoque nos
INHIBITION m& SEKÎIMENTS. 63
idées en tumulte, avec une rapidité et VR dësordrii (el$ que rimagination accumule, tantôt 4vec le plus heureux 4^ propos, le plus souvent en dépit du bon sen^, jes idée§ propres à exprimer ou à justifier cette véhémente passion, J'ai déjà eu plusieurs fois occasion Aq parlai aussi d^ pet état d'obsession, quelquefois si favorable à rattention, où l'imagination surexcitée par une éipotion de passage no s'entretient que d'un seul objet, h l'exclusion des autres, évoquant toutes les idées eii rapport avec une affection déterminée. C'est là un d^s ppint^ les plus ^çX-; gneusement élucidés par la pàycholagie conteroppraine^ et je crois utile d'y revenir un instant.
Toute suggestion produit qne ipoage occupant dans 1^ conscience une place que nuUa autr^ ne peut §n mômft teinps oeeuper. Toutes les suggestions que cette ipiage évoque à l'état naissant sont tenues en arrêt devant l'image dominatrice. Non qu'il y ait jamais, à. un moment donné, un grand nombre damages réveillées, qui tendent à conquérir leup place dans la conscience; mais il fnesttnu? jours un petit nombre qui, si la place n^ayait pas été prise, auraient le champ libre pour obéir à la suggestion. Le phénomène dont je parle est de pure inhibition. Il peut donner lieu quelquefois aune dissociation logique, qui est le fait d'un jugement, et qui peut devenir plus ou moins prompte par le fait de l'habitude. Mais on a tort de parler, à l'exemple de Kant, d'un pouvoir qu'aurait l'esprit de dissoudre, de faire voler en éclata des éléments associés dans nos expériences passées. Même alors que Tenfant, ayant associé l'idée de larcin secret et d'impunité, s'est vu contraint par Fexpérience à associer i-idée absolue de lar^cin à celle de châtiment, la première association ne disparaît pas de son esprit ; elle ne disparaît qu'à titre de
norme logique de sa conscience morale ; elle lui revient, elle peut toujours lui revenir associée à d'autres jugements. Même un enfant de deux ans, qui a une idée très nette de la saveur d'une pèche ou d'un raisin, peut penser à un de ces fruits ou à leur saveur sans avoir le moins du monde en idée une des circonstances récentes où il a mangé de ces fruits ; si on lui rappelle une de ces circonstances, il peut fort bien se la figurer sans plus songer aux fruits. Une représentation peut empêcher Je retour d'une autre, sans porter atteinte à sa virtualité. L'inhibition, comme l'expérience, peut produire des associations nouvelles, non détruire les anciennes. Le présent ne détruit pas le passé, mais s'y ajoute, à certaines parties plus ma-^ nifestement, à toutes organiquement.
Le rappel d'une des images associées à d'autres images, avec l'effacement ou l'obstruction de ces dernières^ se produit tout d'abord sans le concours de la volbnté. L'animai adulte, comme le jeune enfant, en offre à chaque instant des exemples. Mon chat Biquet se méfie, et pour cause, de tous les aliments qu'on lui présente sur une assiette. U s'en approche d'un air cauteleux, les humant, les éprouvant avec le bout du sa patte, avant d'oser en approcher ses lèvres. Il a une peur excessive du trop chaud. Pourtant, chaque fois que ma ménagère fait cuire un beafteak ou une côtelette, Riquet, très friand du jus, se jette sur le gril à peine sorti du fourneau, et le râpe énergiquement avec sa langue. L'image d'un aliment très chaud est donc associée chez lui à des expériences diverses. Sa sœur, Grimpette, beaucoup plus petite que lui, a souvent à souffrir de ses jeux turbulents. Chaque fois qu'il la tracasse, ma ménagère ou moi nous donnons deux ou trois coups de serviette ou de mouchoir dans l'air, en ayant