CHAPITRE V
l'attention
On peut noter chez l'enfant de quatre à cinq ans, comme chez ranimai adulte, une sorte de sélection naturelle opérant sur les sentiments qui servent de stimulants à l'attention. Ainsi, l'attention d'un chat âgé de deux à cinq mois est à chaque instant sollicitée par les impressions occurrentes: le jeu, la peur interrompent ses repas, la vue d'un aliment calme sa frayeur ou Tarrache au jeu. Les mobiles de l'attention n'ont pas besoin de lutter pour vaincre : leur action est soudaine, mais passagère. Plus tard, par exemple, chez l'animal âgé d'un an, l'attention se règle souvient d'après la valeur attribuée à un petit nombre de mobiles divers. Les mobiles se rattachant directement à l'instinct de conservation personnelle priment les autres dans un ordre à peu près régulier, qui parait le suivant : la peur, la faim, la convoitise sensuelle, la jalousie sous toutes ses formes, le jeu, soit naturel, soit d'imitation, les caresses dçs protecteurs, etc. Cet ordre peut d'ailleurs être plus ou moins modifié selon les circonstances, l'influence des personnes et du milieu, les idiosyncrasies physiques et morales, les habitudes surajoutées aux tendances innées.
i06 L'ENFANT DE TROIS A SET»T ANS
Lors mjème qu'il ne s'agit que de mobiles secondaires, il est curieux de les voir entrer en conflit et se disputer l'attention de ranimai. Le chat dont il est question ici est habitué à jouer avec un bouchon que je lui lance et qu'il rapporte aussitôt. Le voici, près de la porte, occupé à guetter sa mère ou sa sœur pour la taquiner au passage : je cherche à le distraire, j'agite le bouchon, je le frotte au pied de ma table: il retourne la tète de mon côté, mais la détourne aussitôt vers son premier point de mire ; sa mère, qui veut entrer, l'intéresse en ce moment plus que le bouchon. Mais le rapide coup d'œil jeté au bouchon n'a pas été perdu pour l'attention ; car une demi-minute s'étant éeoulée et la chatte n'avançant pas, le chat regarde du côté de ma main. Après trois ou quatre regards successivement dirigés de la porte au bouchon, l'ajustement de l'attention est à peu près complet : l'animal secoue la tète, se redresse et bondit vers le bouchon. Nous voyons donc chez l'animal adulte une concentration plus ferme dans l'attention, une durée d'ajustement variant pour elle suivant l'importance d'un mobile en lutte avec un autre.
Le même genre de sélection se reproduit sur une plus large échelle dans }e jeune enfant. Dès l'âge de trois ans, ses sentiments les plus habituels se sont déjà organisés en une sorte de hiérarchie utilitaire : tout son développement nerveux, musculaire, intellectuel et moral a contribué à accroître la vigueur et la souplesse de son attention ; ce n'est plus le mobile occurrent qui prédomine, mais le mobile le plus fort, le plus familier, le plus excitant. Souvent même, en présence d'un mobile très puissant en lui-même, la préférence inconsciemmentaccordéeàuneexcitation Inférieure en quantité, mais supérieure en qualité, en Irai ne l'attention de l'enfant dans une direction où elle