L'ATTENTION ET LES MOUVEMENTS
vers lui, puis tout le corps s'avance dans la direction du regard, on pourrait dire qu'il s'allonge, qu'il est attiré. Dans ce moment, le corps s'étend en avant jusqu'où peu- # vent le permettre les lois de réquiltt)re, en sorte que l'apimal, après avoir établi d'une manière ferme sa base de sustentation, s'élance autant qu'il le peut au delà de cette limite. Mais l'attitude de l'homme est surtout remarquable : le mouvement étant inconciliable avec la station bipède, on le voit alors porter les mains en avant et s'appuyer sur tous les corps qu'il trouve à sa portée, substituant à son attitude habituelle une véritable station quadrupède oblique. Cette tendance à se porter en avant entraine comme conséquence nécessaire le besoin d'un appui, explique le danger qu'il y a à regarder attentivement un objet éloigné, du bord d'un toit ou de tout autre plate-forme oubalustrade. Souvent, quand on ne trouve à sa portée aucun objet dont on puisse faire un point d'appui, le mains se posent sur les genoux systématiquement fléchis.
< Mais l'objet peut être mobile : dans ce cas, l'œil fixé vers l'objet le suit, et le corps, s'allongeant, s'inclinant, suit tous* les mouvements de l'œil. J'en donnerai pour exemple les spectateurs d'une partie de boules. Ces mouvements peuvent s'exécuter en quelque sorte autour d'un centre, les pieds demeurant immobiles. Mais il peut arriver, si l'objet qui sollicite l'attention s'éloigne, qu'on le suive à son insu. C'est ainsi qu'on raconte d^un mathématicien fameux qu'ayant écrit quelques formules dont l'idée le préoccupait sur la paroi postérieure d'une voiture, on le^ vit, lorsqu'elle eut repris sa marche, suivre son calcul qui fuyait devant lui, sans s'éveiller de sa méditation... Les jeunes chiens donnent un exemple assez évident de mouvements de ce genre lorsqu'ils guettent les petits oiseaux,
courant après eux lors même que les oiseaux envolés soni hors de leur portée. Ainsi, i'œil suivant le mouvement d'un objet qui s'éloigne ou se détourtie, le corps tciut entier suit le mouvement de Tœil, mais cela d'une manière bien remarquable : c'est d'abord la tête qui est attirée, puis le tronc et enfin les jambes, en sorte que l'impression parait se propager successivement et de segments en segments jusqu'à l'extrémité de la moelle épinière. C'est là, s'il en fut, un exemple de sympathie longitudinale* ».
Voyez les poses et les attitudes si intéressantes d'un enfant attentif. Voyez-le, jambes écartées et jarrets tendus, observer les mouvements ténus d'une araignée encotonnant sa proie ou agençant les fils légers de sa toile; ou, la tète redressée, la bouche entr'ouverte, le tronc penché et les jambes pliées, admirer la lente ascension d'un cerf-volant dans les airs ; ou bien frétillant de la tête et des quatre membres, le cou secoué de frissons rapides, essayer de suivre l'essor glissant ou saccadé de l'hirondelle audessus des eaux tranquilles de l'étang; voyez-le encore lorsque, le corps tout raidi par une tension oblique, les yeux fixes et à fleur de tête, la respiration contenue, la joue empourprée, une jambe en avant, les bras fléchis et avancés, il impose en quelque sorte silence à tous ses organes pour épier sans l'effrayer le beau poisson qui circule dans une eau claire. Vous pouvez noter là nombre de mouvements instinctifs ou appris, qui font ressembler l'enfant à l'adulte. Tout au plus y a-t-il chez le premier moins de précision et surtout moins d'aptitude à concentrer, à varier, à prolonger ces mouvements. Il n'en est pas moins vrai que, sous tous ses rapports, l'enfanl n
i. De la physionomie et des mouvemenU d'expression^ p. 'i'ùi et suiv.