L'ATTENTION ET LES MOUVEMENTS
fait des progrès notables d'année en année, de saison en saison. La facilité d'adaptation et la force d'application correspondent à la vigueur et à la différenciation accrues des centres moteurs et de leurs instrument^ musculaires. L'activité de Tesprit peut souvent être mesurée, chez Tenfant comme chez l'adulte, par l'aptitude à réprimer les mouvements inutiles à la perception et à l'attention. Ce qui se passe à l'extérieur est Timage de ce qui se passe à l'intérieur *.
Cette aptitude est si souvent unie à la force de la volonté qu'elle en paraît dériver. Les biographes de Goleridge nous ont montré chez cet esprit brillant, mais décousu, une exubérance et une incohérence de paroles et mouvements en parfait accord avec celle des idées. « La figure de Goleridge et son extérieur, d'ailleurs bon et aimable, avait quelque chose de mou et d'irrésolu, exprimant la faiblesse avec la possibilité de la force. Il pendillait sur ses membres, les genoux fléchis, dans une attitude courbée. Dans sa marche, il y avait quelque chose de confus et d'irrégulier, et, quand il se promenait dans l'allée d'un jardin, il n'arrivait jamais à choisir définitivement l'un des côtés, mais se mouvait en tire-bouchon, essayant des deux*. »
Cette flaccidité d'attention parait avoir été congénitale chez Goleridge. On pourrait citer une foule d'exemples, montrant Finnéité de la disposition contraire chez des hommes doués d'une chaleur de cœur et d'une vivacité d'esprit singulières. Molière devait le surnom de contem' platif, que lui avaient donné ses amis, à son maintien
^» . y. Les Maladies de la volonté, passim.
S Carpenter, Mental phytiology, cité par M. Ribot, dans les 3faktdiee ae la volonté, p. 96.
habituel d'observateur, et Ton conserve encore à Pézenas le fauteuil d'un barbier où il allait souvent s'asseoir pendant des heures pour regarder et écouter les pratiques. Thiers et Gambetta, ces deux fils du Midi, si impressionnables et si mobiles, qui avaient bien de la peine à se plier aux exigences des peintres faisant leur portrait, savaient écouter au Parlement, avec la plus imperturbable attention, les orateurs dignes d'être écoutés. La faculté de commander à ses membres le calme de l'attention est aussi quelquefois un trait habituel et dominant du caractère, comme on a pu le voir chez le ferme et vaillant général Chanzy. Henner, qui faisait son portrait, le faisait souvent poser debout pendant des heures entières; le général, avec une parfaite sérénité, gardait la même attitude pendant toute la séance. Aux compliments du peintre, il répondait avec douceur: c Je poserais au besoin sur une seule jambe, car tout ce qu'il faut faire je le fais. » Pour en finir avec ces petits faits qui permettent souvent de bien juger la trempe du caractère, montrons encore, chez un enfant qui devait devenir un homme éminent entre tous, une capacité d'attention jointe à une certaine vivacité de tempérament. « Garnot n'avait encore que dix ans, lorsque sa mère, dans un voyage à Dijon, l'emmena avec elle, et, pour le récompenser de la docilité réfléchie qu'il montrait en toute circonstance, le conduisit au spectacle. On donnait ce jour-là une pièce où des évolutions de troupes, où des combats se succédaient sans relâche. L'écolier suivait, avec une attention soutenue, la série d'événements qui se déroulaient devant lui; mais tout à coup il se lève, il s'agite, et, malgré les eff'orts de sa mère, il interpelle, en termes polis, un personnage qui venait d'entrer en scène. Ce personnage était le général des troupes auxquelles le jeune
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Carnot s'iniëressait; par ses cris l'enfant averlissait le chef inhabile qiîe rartillerie était raal placée, que les canonniers, vus à découvert, ne pouvaient manquer d'être tués par les premiers coups de fusil tirés du rempart de la forteresse; qu'en établissant, au contraire, la batterie derrière certain rocher qull désignait de la voix et du geste, les soldats seraient beaucoup moins exposés '. »
La diffusion des mouvements accompa^e si naturellement la diffusion d^s idées qu'elle peut, jusqu'à un certain point, servir à mesurer l'ennui d'un auditoire. M. Galton a voulu soumettre à des calculs expérimentaux cet état d'agitation et d'agacement que produit un discours filandreux ou un sermon ennuyeux. Il a constaté que le nombre des mouvements distinctement appréciables, exécutés par cinquante personnes, était très uniforme: quarante-cinq par minute, c'est-à-dire, en moyenne, un mouvement par personne, c L'assistance se composait surtout d'adultes et de gens âgés; avec des jeunes gens, il y eut plus de mobilité encore. De temps à autre il arriva, pour des raison» non spécifiées, que l'attention du public fut éveillée et retenue par ^es circonstances particulières, de nature à intéresser. Aussitôt, il se produisit un double résultat. Les mouvements diminuaient de nombre; il s'en produisit moins de la moitié de ce qu'il s'en produisait auparavant ; en outre, ils étaient moins étendus et moins prolongés, o'est-à-dire plus brefs, plus rapides*. »
Je me permets de remarquer en passant qu'à notre époque de pédagogie objective et attractive, on n'a pas toujours compris la nécessité de respecter tout à la fqis les exigences du cerveau et celles des organes. On oublie
i. F. Arago, Notices historiques, p. 513.