LA PRÉOCCUPATION
appris tout seul. Mon espril, impatient de toute espèce de joug, ne peut s'assujettir à la loi du moment : la crainte même de ne pas apprendre m'empêche d'être attentif* De peur d'impatienter celui qui me parle, je feins d'entendre : il va en avant, et je n'entends rien. Mon esprit veut marcher à son heure : il ne peut se soumettre à celle d'autrui .» Rousseau, remarquons-le, n'a jamais connu les bienfaits de Téducation publique : on peut se demander quels eussent été, sur cet esprit sensible et romanesque dès Tenfance, les effets d'une règle fixe, d'une discipline constante, de la vie en commun, dans un collège même tenu par des jésuites. Il n'en serait pas sorti un Voltaire ni un Diderot, à coup sûr, mais cependant tout autre chose que le romanesque et misérable Jean-Jacques. Les Rousâeaux ne sont pas communs dans le monde. Mais.ii se peut quelquefois qu'on en rencontre des exemplaires plus ou moins rapprochés. J'ai connu, pour mon compte, au sein même de l'éducatiokn publique, des êtres à sensibilité maladive, qui avaient appris je ne» sais d'où, pour soustraire leur timidité et leur fierté à la gêne et aux dégoûts des réalités vulgaires, à se forger des objets idéaux d'obsession qui les enlevaient plus ou moins aux sérieuses préoccupations de l'étude. Mais je me hâte d'ajouter qu'à l'âge de six ou sept ans, où se ferme mon livre, il serait difficile de découvrir des petits Rousseaux en herbe. A cet âge-là, ( les habitudes d'une éducation régulière et les excitations [ de l'activité instinctive laissent peu de place aux influences tout artificielles, et difficiles à naître, des obsessions romanesques; et. d'ailleurs, l'image obsédante ne trouve pas encore dansla faculté de réflexion abstraite la force nécessaire pour se mettre longtemps en relief à la place de l'objet absent.
B Pérez, — L'enfaat de trois à sept ans. 9
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La concentration, l'étendue, la rapidité, sont trois qualités de l'attention sur lesquelles il nous faut dire quelques mots *.
Par la concentration, l'esprit fixe son attention sur un objet d'une manière continue. La continuité de l'attention n'est pourtant qu'apparente. Cette continuité n'est qu'une répétition d'actes d'attention, c'est-à-dire de tensions de l'esprit en vue de percevoir, de se remémorer, d'inférer. On voit par là combien, toutes différences individuelles mises à part, la faculté de concentration est en relation directe avec le développement général de l'intelligence. Plus l'enfant a déjà acquis de connaissances, plus un objet les lui rappellera, plus chacune de ces réminiscences en entraînera d'autres avec elle. Voir un objet, c'est y revoir un plus ou moins grand nombre de qualité» perçues ailleurs. Aussi l'enfant de quatre à sept ans, quelle que soit la vivacité ou la lenteur de son esprit, mis en présence d'un objet où il a beaucoup à reconnaître, concentre naturellement son attention sur lui, s'il n'en est pas empêché par quelque cause externe ou interne. Nous retrouvons encore ici, il est vrai, la diversité naturelle ou acquise des intelligences. A quatre ou cinq ans, et surtout au delà^ l'enfant dit intelligent ne se bornera pas, comme um autre paraissant moins bien doué, à fixer son attention sur les perceptions du genre le plus simple, c'est-à-dire sur la position ou Téloignement d'un objet dans l'espace ou
1. Sur le développement de Tatteiition et sur ses principales qualités, le lecteur consultera avec grand profit le consciencieux ouvrage de M. J. Sully, Éléments de psychologie, p. 93-103.