‹ L'enfant de trois à sept ansChapitre 51 sur 107 · PASSAGE DU GÉNÉRAL AU PARTICULIER H · texte numérisé non relu

PASSAGE DU GÉNÉRAL AU PARTICULIER H

du nom de fleur, toutes les plantes du nom de plante. On , lui montrerait ensuite dans les objets les différences les | plus saillantes, et insensiblement les plus minutieuses. Et Rosmini multipliait les exemples pour prouver que Tenfant, encore ignorant du monde et des limitations des choses, donne d'abord à tous les mots un sens plus large que celui de Tusage habituel, parce qu'il saisit mieux les ressemblances que les différences. Tous ces derniers points sont entrés d'ores et déjà dans le commun credo de| psychologues et des pédagogues \ Mais on se demande en vertu de quelle grâce divine ou de quelle influence héréditaire Fenfant saisirait de prime-abord les termes expri-\ mant pour nous des caractères communs. Ces termes généraux, selon nos manières de dire, sont particuliers pour l'enfant : notre fréquentation les communiquant nécessairement à l'enfant, c'est à nous de les lui expliquer dans la mesure où il peut les comprendre. Il n'est pas possible que l'enfant refasse tout le travail des générations anté- , rieures, çn passant, par hypothèse, par tous les degrés d'expériences qui ont produit ces innombrables idées dont les langues sont dépositaires. Il est seulement indispensable de lui faire faire tour à tour un travail d'analyse et de sj'nthèse sur un certain nombre de ces mots, et à / propos des degrés d'abstraction les plus importants. Se' figi^re-t-on une nourrice indiquant du doigt son père à l'enfant et lui disant homme au lieu de papa, lui disant fleur au lieu de rose^ à' œillet, de tulipe; boisson au lieu de lait, vin, eau, tisane; animal au lieu de chat, chien, cheval et bœuf, etc? Mais, ce que la première instruction peut faire, c'est, en initiant l'enfant à nos termes généraux,

i. V. Rosminî, du Principe suprême de la méthodique, p. 34. V. aussi M. Hillia, Études sur Rosmini et sur Rayneri, p. iO. B. P^REz. — L'enfant do trois à sept ans, 10

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pdur lui parUcuUers, de Jes accompagner fréquemment des termes plus généraux qui les englobent eux-mêmes : on pourra faire entendre le nom de fleurai côté de ceux de rose et d'œillet, d'animal à côté de ceux de chat, chien, etc. On préparera ainsi le petit enfant aux analyses et aux synthèses scientifiques dont la seconde instruction aura la chaj'ge plus spéciale. C'est ainsi qu'on peut emprunter quelque chose à la théorie de Rosmini, qui veut que Tenfant débute par le général, et à celle de Spencer, qui pré-

I tend que Tenfant recommence en abrégé révolution intel-

I lectuelle de ses ancêtres *.

A en juger par la manière dont l'enfant use de no» termes abstraits, il se préoccupe fort peu de leur degré d'abstraction ou de généralité. Ils lui offrent une monnaie commode qui a cours autour de lui, qui lui sert à qualifier utilement les êtres et les choses : il ne cherche guère à en vérifier le titre. Il lui arrive très souvent, à six ans comnie à trois, de prendre indifféremment l'un pour l'autre l'adjectif et le substantif correspondant: dur ou quji a de la duretéj bon ou qui a de la bonté. A l'usage, ces expressions sont pour lui synonymes. L'intéressant, l'essentiel, n'est-il pas d'avoir, sur un certain nombre de propriétés ou de rap-

4. On sait que Diderot, et on a prétendu, mais à tort, que Comte voulait qu'on débutât en instruction par les abstractions mathématiques, qui s'apprennent au début, comme ios autres abstractions, à grand renfort d'analyses et de synthèses concrètes. Parmi les inventions les plus simples et les plus utiles que la méthode objective ait

f adaptées à ce but, j'in^'iste sur celle que j'ai trouvée mise en œuvre dans le livre de M. G. Bagatta , Guida all'insegnamento delV aritme- Hea. Ces leçons, intuitives, raisonnées et graduées, font comprendre à l'enfant le jeu des nombres à l'aide de petits billets dont la valeur représente des unités monétaires, soiUf dizaines de sous^ francs ou

^ vingtaines de sous^ etc. Cette méthode, tout à la fois scientifique et simple, a aussi l'avantage d'intéresser l'enfant à des objets analogues à ceux dont l'usage lui est indispensable, comme celui de la monnaie. On peut faire ensuite le môme exercice avec des centimes, des décimes, eta

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