La Bêtise humaine, Rev, polit, et lit., septembre
iSi L'ENFANT DE TROIS A SEPT ANS
/ Il y a même une bêtise qui c peut s'accommoder d'un très
grand développement de certaines facultés intellectuelles >. On peut dire aussi que personne n'est peut-être complètement exempt de ce défaut commun aux hommes et aux animaux^ que chacun a son genre ou ses genres de bêtises, ses inaptitudes physiques, intellectuelles et morales, qui sont innées, que la culture ne parait pas atténuer beaucoup, ou qui, en tout cas, n'ont pas bénéficié du développement atteint par des facultés souvent émînentes.
L'important à retenir, c'est que la bêtise, dans tous les sens, est relative. Je n'ai jamais rencontré la c bêtise absolue ». Il y a dans les cerveaux les plus déshérités des virtualités singulières, que l'éducation, l'hygiène, la thérapeutique auraient sans doute pu, dès les premières années, ramener à de véritables aptitudes *. Mais bornons-nous à
i. Quelles que soient ces virtualités dont nous ignorons encore le secret, ni l'égalité, ni l'équivalence des aptitudes ne seront jamais peut-être qu'un idéal métaphysique. Elles comporteront au moins toujours des différences que la longue culture des siècles pourra seulement atténuer. En effet, comme le dit très bien M. G. Pouchet, « outre l'influence et les combinaisons de l'héridité, et même en admettant que celle-ci n'intervienne pas, il faudrait encore tenir compte des conditions forcément diverses pour chaque être — puisqu'il occupe un point différent de l'espace — où il se développe, où se produit l'arrangement prodigieusement compliqué des éléments de son cerveau, et par suite les aptitudes plus ou moins grandes de celui-ci à telles facultés ou à tels sentiments. Prenons, si Ton veut, l'exemple le plus grossier : admettons que douze œufs pondus par une poule sont absolument semblables en puissance au moment où on les met couver; que le petit nombre d'éléments anatomiques qui constituent à ce moment le germe du poulet soient identiques, agencés de môme et aient reçu une impulsion égale et dans la même direction pour le développement.
« Yf^Wk donc douze œufs pris dans les conditions absolument pareilles.^ Mais on les met sous la mère et, à partir de ce moment, les voilà dai:s des conditions absolument variables pour chacun d'eux; les uns, plus au milieu, seront plus échauffés; la poule retournera ceux-ci un peu plus que ceux-là ; le développement de chacun des jeunes poulets, l'agencement définitif des éléments qui constituent leur