‹ L'enfant de trois à sept ansChapitre 63 sur 107 · LA BÊTISE HUMAINE · texte numérisé non relu

LA BÊTISE HUMAINE

considérer les intelligences moyennes. J'ai vu un enfant de sept ans, qui, jusqu'à Tàge de six ans, montrait une incapacité extraordinaire de fixer son attention et déjuger des choses les plus simples. Une jeune gouvernante, en développant chez lui le goût quelque peu prononcé qu'il avait pour la pèche, en exerçant toutes ses facultés à propos de cet objet spécial d'attention, l'amena en quelques mois à prendre goût et à faire attention à un grand nombre de ohoses qui avaient passé jusqu'alors pour lui inaperçues. Si l'on veut attribuer ces progrès intellectuels à un déve-

corps se feront, pour chacun d*eux, dans des circonstances un peu difTérentes, et iJ en résultera forcément de légères différences dans Jes petits nés de ces œufs parfaitement identiques quand on Jes avait mis à couver. On n'aurait qu'à compter leurs plumes, on n'en trouverait pas le même nombre, ni à chacune d'elles le même nombre de barbes, et cependant il devait en être ainsi si le milieu où s'est fait le développement n'avait pas influé, dans une certaine mesure, sur la disposition réciproque des parties qui constituent les plumes aussi bien que le cerveau.

« Admettre que ces parties sont agencées de même dans une douzaine d'individus, et à plus forte raison dans les individus qui forment l'espèce entière, ce serait admettre quelque chose comme ceci : cent mille billes aussi semblables que possible les unes aux autres et numérotées sont rangées par ordre dans un vase quelconque. Ce> lui-ci, au moyen d'un mécanisme d'une précision mathématique, verse soy contenu dans un autre vase. Croit-on que deux fois de suite les cent mille billes prendront dans celui-ci une disposition identique? Et cependant il devrait théoriquement en être ainsi : les cent mille billes sont dembli^les, elles sont agencées de même ; le mouvement qui les déverse dans le second vase est le même, ce second vase occupe identiquement la même place. Et cependant il est infiniment probable, pour ne pas dire certain, que l'agencement des billes tombées du premier vase dans le Fécond ne sera pas deux fois de suite le même, parce qu'il faut faire ici égafement la part des conditions spéciales, la part de l'accident; malgré toutes les précautions prises, certaines billes auront peut-être, en raison de la température un peu différente, subi une légère modification de forme, qui, faisant de proche en proche ressentir son influence, changera complètement la disposition que prendront les billes dans une seconde expérience, dans une troisième, etc., malgré tous les efforts humainement possibles qu'on aura faits pour arriver à un résultat identique. » Revue scient, du Siècle, du 3 février 4884.

loppement particulier du cerveau, on m'accordera tout au moins que Texercice propre à activer ce développement n'était pas sans avoir quelque influence. J'ai vu aussi souvent de jeunes enfants très habiles à apprendre un jeu de cartes qui aurait dérouté Tattention de beaucoup de grandes "personnes. Or, ces enfants ne montraient d'intel- Jigence en aucune autre chose. Jouer de façon à vaincre un adversaire habile, n'est-ce pas mettre en action Tin telligence tout entière, se souvenir, imaginer» prévoir, se garder, calculer, juger, i^aisonner, le tout avec une certaine précision et une cerlaine puissance? Que cette intelligence, remarquable dans un exercice donné, soit nulle en tout le reste, c'est, d'abord, ce qui ne me paraît pas bien démontré ; et, ensuite, cette lacune me semble pouvoir être expliquée par un défaut dégoût et d'attention que les premiers éducateurs ont eu tort de considérer comme irrémédiable.

On a souvent pris le mot de jugement pour synonyme d^ bon sens, et, ne Toublions pas, le boa sens est à beaucoup d'égards le sens commun. Les trois quarts des jugements que formule un enfant de trois ans proviennent de notre impulsion ou de notre exemple. L'intelligencasociale, l'expérience raisonnée de la nation, de la famille, de la caste, de la secte, se retrouvent, au fond de tous les jugements théoriques, pratiques, logiques, moraux et esthétiques d'un enfant de six à sept ans. L'intelligence, ou la force générale d'adaptation de chaque individu se montre, dès lors, à la précision et au nombre de ses imitations. Certains enfants, à sept ans comme à quatre ans, sont encore particulièrement portés à imiter les gestes, le ton, les manières, à rapporter les tours de phrases et les jugements tels quels des grandes personnes. Ce sont les imitateurs

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