‹ L'enfant de trois à sept ansChapitre 67 sur 107 · LE JUGEMENT COMPARATIF · texte numérisé non relu

LE JUGEMENT COMPARATIF

qaalités réelles, il faut avoir bien vu et bien retenu les faits et les relations observés dans des objets plus ou moins semblables. L'enfant, qui est bon observateur et mauvais parleur, décrira mieux les objets qu'il a vus que ceux dont on lui a parlé. L*enfant imaginatif et loquace décrira peut-être plus vivement, sinon plus exactement, ceux dont il a lu ou dont on lui a dit quelque chose. Il y a encore ici une différence à noter entre ces deux classes typiques de bons esprits. Llmaglnatif, tout à Témotion qui emporte ses idées et sa parole, compense souvent par d*agréables divagations, des coq-à-l'âne, des hors-d'œuvre ou des à peu près, le défaut d'observation ou de mémoire. Le judicieux, même alors qu'il manie aisément la langue, sent souvent que la matière du jugement lui manque; il hésite, il attend, il dit : c Je ne sais pas », ou « Je ne me rappelle pas. » Et notez pourtant que le premier, qui invente et déraisonne, mais en tous cas raisonne, trouve quelque* fois par hasard, d'un coup de génie, ce que l'autre posément cherche et ne découvre pas. L'esprit imaginatif, mais de peu de portée, divague sans rien trouver. L'esprit sans imagination et de faible jugement, lui, ne cherche et ne trouve rien.

La facilité et l'sgnpleur, de même que la clarté et l'exactitude du jugement, doivent beaucoup aux progrès de l'abstraction et de la comparaison. J*ai déjà dit où en est, chez l'enfant de trois à sept ans, la faculté d'abstraction volontaire. Son peu de puissance entraîne une faiblesse relative dans le pouvoir de comparer. En effet, pour comparer délibérément entre eux deux ou plusieurs objets, il faut être bien exercé à noter le semblable dans le divers, et le divers dans le semblable. Nous avons déjà vu dans quelle faible mesure le jeune enfant y réussit. Gomma

tous les esprits légers, impatients, superficiels, l'enfant se contente le plus souvent de comparaisons par à peu près. Le premier jugement lui suffit, en général, et, à moins de vifs stimulants d'attention, il le redresse rarement par des jugements nouveaux. Un enfant de quatre ans s'est fait hucher par son frère sur un âne arrêté devant leur maison. Malgré leurs hue! hue! le haudet ne bouge pas. — Tu devrais bien, dit le petit, m'aller chercher les éperons de papa. — Baste 1 répond Tainé, Agé de six ans, une épingle suffira. » Ces jeunes tètes, si pauvres en expériences organisées et si promptes à juger, font quelquefois des appréciations plus saines des choses, quand leurs émotions, maintenant leur attention fixée, laissent aux premiers jugements le temps d'en suggérer d'autres. Un enfant de six. ans me dit : « Voici où demeure l'élève le plus bête de ma classe. — Bétel bêtel Quel gros mot! Tu veux dire sans doute que tu le trouves ennuyeux, que tu n'as pas de plaisir à jouer avec lui? — Mon Dieu, non. Il n'est pas bête pour jouer ni pour une foule de choses : il fait très habilement les échanges de timbres-poste, il sait s'amuser très bien en classe sans que le maître le voie. Mais pour tout ce qui se fait en classe, il est à la queue. • L'enfant, excité à prouver son dire, # a produit quelques jugements issus du premier, qui, sans le modifier absolument, en ont du moins restreint et précisé le sens. Un des grands progrès de l'enfant consiste à pouvoir consciemment prouver ou corriger ses premiers jugements, reconnus insuffisants, par ceux que l'attention fait venir à la suite.

Autres exemples du même genre. Une fillette de six ans me dit : « C'est moi la plu^ sage de l'école. — La tnaîtresse te l'a-t-elle dit? — Quelquefois. — Mais pas

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