‹ L'enfant de trois à sept ansChapitre 74 sur 107 · FORMES DU RAISONNEMENT · texte numérisé non relu

FORMES DU RAISONNEMENT

ment, complaisance, colère I Que d'objets présents aussitôt disparus, et d'objets invisibles rendus présents I II sait tout cela, et sa douce philosophie parfois s'en égayé et en égayé les autres. En un mot, ni tout ce qu'il avait eu raison de craindre, ni tout ce qu'il avait eu raison d'espérer ne lui est arrivé. L'idée des changements, des contradictions, des possibles, couve dans sa jeune tête. Cette idée, cette disposition d'esprit, dans une foule de circonstances, se traduit par des questions, des formules optatives, conditionnelles, dubitatives. Mais elle a toujours bien moins d'influence que le mécanisme des associations habituelles.

C'est surtout, comme l'indiquent quelques-uns des exemples déjà cités, dans ce qui intéresse directement sa sensibilité que l'enfant, pressé d'arriver à ses fins, de conclure, et s'en trouvant empêché par quelque cause extérieure ou intérieure, demande aux autres la réponse à la question qui s'est posée dans son esprit, et qu'il ne peut résoudre. Mais son doute expectant s'exprime aussi bien par la forme hypothétique ou conditionnelle que par la

forme interrogative*. Un enfant de trois ans et quelques

• 1. M. G. Tarde n*est pas tout à fait de cet avis. « L'esprit attentif, dit-il, est essentiellement questionneur. Cette étrange faculté de dire si, qui, non moins que la faculté de dire oui et non, concourt à la formation de toutes nos idées (car toutes les lois scientifiques ne sont que des hypothèses vérifiées et embrassant essentiellement l'immensité des faits jugés possibles), s'explique par une analyse pareille. Avant d'hypothétiser, l'enfant questionne. Avant de songer à se dire : « Si ce rocber tombe, il m'écrasera», l'enfant commence par se demander implicitement : a Le rocher tombera-t-il? » L'imagé d'un rocher, ou la vue de ce tocher et l'image de son mouvement de chute se présentent ensemble à l'esprit de l'enfant; et son esprit, par exception (car la thèse et l'antithèse sont la règle ordinaire), n'établit entre ces deux idées aucun lien de foi positive ou / négative. Cependant, il désire, il a besoin de croire ou de nier. Ce désir qui a une croyance future pour objCt, c'est l'interrogation. » (La croyance et le désir: la possibilité de leur mesure^ Revue phil.^ îioût 1880.)

mois a vu consolider un échaifaudage, et on lui a dit qu*on J'a attaché tfès fortement pour que les maçons travaillent en sûreté. « Si le plancher tombe, dit Tenfant, les maçon» se feront-ils bien mal? » On voit ici la question doublée d'une hypothèse. Un enfant de quatre ans et demi dit à son frère, âgé de six ans et neuf mois : t Pourquoi dis-tu lespiedx de la tablel Est-ce que la table a des pieds et des jambes? » L*aîné répond, en employant tout à la fois la forme interrogative et Thypothétique, ce qui indique chez lui le travail de raisonnement qu'il veut suggérer à son frère : « Et toi, est-ce que tu n'as pas des pieds pour ie tenir debout? Si la table n'avait pas des pieds, est-ce qu'elle se tiendrait debout? — Oui, répond l'autre, il faut qu'elle ait des pieds. » La dernière question, faite par une mère, serait absurde; elle rappellerait le fameux refrain des petits bateaux qui vont sur l'eau parce qu'ils ont des jambes. Mais elle est naturelle, raisonnable, utile, dans la bouche d'un enfant s'adressant à un enfant plus jeune. Les raisonnements en vertu d'analogies grossières et superficielles sont tout à fait à ta portée de ce der- Aier.

L'enfant trouve si commode et prend si bien l'habitude de faire résoudre par autrui toutes sortes de questions^ qu'à l'âge de cinq ans (surtout l'enfant du sexe féminin) il en vient à poser, à tout pi*opos, des questions indifférentes. Il jette dans ce moule, indistinctement, et ce qu'il sait, et ce qu'il veut savoir. Même quand il est seul, il se fait à lui-même les questions qu'il ferait â d'autres. Ce n'est pas toujours en pure perte. En présentant comme douteux ce qui est certain, il est quelquefois amené, si on sait discrètement l'y encourager, à revoir ses prémisses et ses conclusions, à vérifier ses jugements antérieurs. Il faut

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