L'ENFANT NE RAISONNE PAS TOUJOURS COMME NOUS
tant répéter, comme Ta tant redit Jacotot, pour savoir à la fin quelque chose! Il est d'ailleurs à peu près impossible qu'un raisonnement se présente absolument dans les mêmes circonstances qui l'ont déjà fait produire; le nouveau point de vue modifie en quelque façon les connaissances déjà acquises. Un enfant, que Ton gronde assez souA^ent pour sa maladresse, dit à sa mère: « Mais je pense bien que je deviendrai plus adroit après, n'est-ce past » On lui a dit souvent que son frère était autrefois maladroit aussi; il a pu lui-môme remarquer quelques-uns de ses propres progrès en dextérité. Le point qu'il met en question ne devrait donc pas lui offrir l'ombre d'un doute. Mais en posant la question à autrui, il se la pose à lui-même, il y réfléchit pins ou moins ; il revoit les raisons qu'il a de conclure. Il repasse de la sorte une leçon déjà sue et qu'il saura de mieux en mi^nx, à force de la répéter.
Si, bien raisonner,* c'est ajuster exactement des expériences antérieures à des expériences actuelles ou supposées prochaines, on comprend qu'avec son pauvre stock de connaissances difi'érenciées, l'enfant, dans bien des cas, raisonne autrement qu'un adulte à l'esprit cultivé. Il doTt même en être ainsi : sa logique n'est pas la nôtre; elle est faite de ses prédispositions innées ou héréditaires, de ses expériences propres, ou de nos expériences transmises par mille voies, et agglutinées aux siennes. Ses expériences à lui le guident-elles souvent dans ses inférences? Peut-être moins souvent qu'il ne le semble. Quoi qu'il en soit, on peut retrouver chez lui la plupart des mauvais raisonnements de l'adulte ayant pour causes la précipitation, la passion, l'inattention, les souvenirs incomplets, les associations désordonnées. Mais très souvent aussi, comme le dit M™* Necker de Saussure, ses « raisonnements ne sont
que le prétexte de la volonté* •; ils s'exercent en vue d'actions simples et immédiates, par le moyen de représentations concrètes, vivantes, bien définies ; par suite, la logique de Tenfant, comme celle de Tanimal, doit être pluls rarement en défaut que celle de Thomme, dont la vie et la pensée sont beaucoup plus complexes, les besoins plus variés, plus artificiels, et la science peu supérieure. £a tout cas, bien raisonner, pour lui, ce ïi'est pas tirer la conclusion que nous tirerions nous-mêmes : au contraire, l'éducateur doit toujours se mettre en garde contre ces fausses rencontres de la raison enfantine avec la nôtre. A quatre ans, à cinq ans, à six ans, Tenfant emploie à notre façon les mots de présent, d'avenir^ de passé, de durée, les mots on, tous, se, et d'autres ayant pour nous une extension assez grande; il moralise sur principes, parle avec aplomb de mérite et de démérite, de sagesse, de prudence, de bonté et de méchanceté ; il cherche à. tout des raisons, et il n'est presque jamais embarrassé pour donner les siennes ; il discute en personne entendue ses affaires et celles d'autrui : en tout cela, nous le prendrons au sérieux, mais pas autant qull le fait lui-même. Sachons bien que dans tous ces raisonnements à l'adulte, dont pourraient s'émerveiller des parents malavisés, il n'y a souvent, et il ne doit y avoir que des apparences de raisonnements, de véritables paralogismes.
Dans un enfant de quatre ans, les idées relatives aux trois aspects du temps et à la durée sont encore nécessairement bien vagues. De même que ses expériences passées, ses idées sur le temps sont toutes limitées, personnelles, concrètes. 11 n'applique assez bien Tidée de futur qu'aux