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détestes. » J*ai vu, chez des enfants nés très obligeants et très complaisants, dès 1 âge de six ans, quelquefois un peu plus tard, les signes d'une froideur, d'une malveillance, d'une avarice qu'on était loin de prévoir : les exemples de leur entourage avaient, pour une large part, contribué à produire ce changement. L'égoïsme exclusif n'est qu'un égoïsme imparfait ; il faut s'aimer dans les autres, comme il faut se respecter dans les autres. La froideur de cette ambitieuse que Louis XIY appelait sa Solidité lui. vint sans doute en partie du sang et en {Partie de l'éducation : f sa mère ne l'avait, de toute sa vie, embrassée que deux fois au front, et encore après une longue absence *. • Je plains ceux dont on dit qu'ils sont durs à eux-mêmes comme aux autres. L'espérance, a dit je ne sais plus qui, nous parle avec un voix de mère : le joli mot I La conscience morale nous parle aussi avec la voix de nos proches, et quelquefois, hélas! avec celle de nos maîtres. Voyez ce que TÔppfer dit de sa conscience d'enfant :
c II est certain qu'une des phoses qui nuisent le plus à la bonne influence des reproches intérieurs, c'est le timbre de voix, l'air que nous leur prêtons dans notre esprit. Pendant bien longtemps, je n'ai pas distingué la voix intérieure de ma conscience de la voix de mon précepteur. Aussi, quand ma conscience me parlait, je croyais lui voir un habit noir, un atr magistral, des lunettes sur le nez. Elle me semblait pérorer d'babitude, faire son métier, gagner son salaire. C'est ce qui était cause que dès qu'elle se mettait à me régenter, je me mettais à regimber du ton à la fois le plus respectueux et le plus insolent ^. »■
1 Compayré, Cours de pédagogie, p. '185*
S Tôppfer, la Bibliothèque de mon oncle, p. 196.
N'est-ce pas une des plus Yilaines formes de Famour de soi que de ne pas s'aimer dans sa conscience?
Il est d'autres formes de 1 amour de soi qui touchent à la vanité, mais qui peuvent eilgendrer avec une bonne opinion de soi des qualités propres à entretenir la socialité.
Tel est, ce me semble, le cas cité par^. Arréat. « Notre sympathie pour notre semblable^, dit-il, vient aussi de ce qu'il s'intéresse vivement à notre activité, et partant la favorise le plus. L'enfant a plus de plaisir à jouer quand on s'associe à ses jeux; il vous invite à les partager. A un de mes camarades d'enfance, aimable causeur, aujourd'hui dpputé, qui m'exprimait un jour son plaisir d'être avec moi, je répondis très naïvement : « C'est que je t'écoute volontiers. » Je n'y voyais pas de malice, tant c'était vrai*. Si Ton s'aime soi-même dans les autres, évidemment, on aime aussi les autres dans soi-même. Voici une application un peu moins aimable de la même loi psychologique. Ancien professeur et ancien député, M. S... disait à ses compagnons d'exil : « Vous vous plaignez du coup d'État, qui vous ravit à la France. Et moi, j'y perds encore plus que vous. Mon métier est d'être député, et Ton m'enlève à la tribune. > On a beau avoir une éloquence harmonieuse et persuasive, ce mot, bien que naïf, me paraît l'indice d'une personnalité trop faite d'elle-même.
Mais je reviens à mes enfants et à leur bon égoïsme. Us rapportent à leur personne, grâce à l'abstraction et à l'analogie, dominées par le sentiment persistant de leur être, touls les attributs d'intelligence, de bonté, de grandeur, de beauté, d'excellence, de puissance, qui les ont
4. M.L. Arréat, dans un article de ia Revue de phil. posit., t. XXXI, p. 304, où il consacra un -solide article k mes Trois premier e% années de l'enfant.
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impressionnés cheiz les autres. Ainsi le développement de Témotioa en apparence désintéressée, qui s'appelle curiosité, ne manque pas de profiter au sentiment de qptre excellence. L'habitude et la facilité de découvrir des ressemblances et des différences, le plaisir de se sentir ému, «(onné, en face de ce qui parait nouveau ou extraordi,naire, le plaisir de découvrir la science, de posséder la vérité, de voir qu'on est plus estimé et plus fort grâce à elle, de voir qu'on échappe à mille inconvénients de l'ignorance, le plaisir de se sentir, grâce à ses petites jconnaissances, supérieur à d'autres et supérieur à ce qu'on fut soi-même, la conscience de tenir en sa possession un plus grand nombre d'idées applicables, de moyen? de réaliser son plaisir ou celui des autres, tous ces jugements, tous ces sentiments, groupés autour du sentiment de la curiosité, excitent, affinent, amplifient le sentiment de l'excellence intellectuelle. Je sais que Tenfant, encore à «ix ou sept ans, exagère souvent son mérite et rabaisse celui des autres ; mais pas toujours. L'enfant intelligent et bien élevé est beaucoup moins pédant à cet âge qu'il ne le fut à trois ou quatre ans. Il a des moiiients de clair- Toyante modestie. Il fait volontiers le pédant, et, pour peu ^u'on l'écoute, qu'on le flatte, ou qu'on le contredise, il étale superbement son petit moi, souvent indiscret, presque jafnais haïssable. Mais il sait bien vous dire: « Je ne sais pas cela ; je n'en suis pas encore là; on ne m'a pas encore- appris cela. »
Tous les plaisirs d'activité nous montrent, chez l'enfant, le même mélange de jugements et d'émotions égoaltruistes. Il jouirait mal tout seul du succès de ses efforts. Il ne comprendrait guère la joie d'un triomphe incognito, *'il n'avait eu plusieurs fois l'occasion de voir triompher
B. Përez — L*enfant de trois à sept ans. t6
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les autres. Remporté sur les choses extérieures, ce triomphe est bien peu Je chose, quand il n'aboutit pas à la satisfaction d'un besoin pressant ou d'un violent désir. « J'étais là, j'ai fait cela, > voilà une formule qui doit avoir un auditeur pour que l'enfant se croie sûr d'un résultat ou qu'il en apprécie la valeur. Il ne se tient pas de joie lorsqu'ou l'applaudit pour un talent, si petit qu'il soit, pourvu qu'il ait son louangeur en estime. Il se sent un personnage, quand un cocher, un domestique, un jardinier, un ouvrier, un paysan lui permettent de toucher leurs instruments et de déranger leur travail. C'est surtout l'appréciation certaine ou supposée d'autrui qui fait que l'enfant exagère ou rapetisse la grandeur de son œuvre. Écoutons encore M. Arréat: t Moi-même je me rappelle, un hiver qu'il était tombé beaucoup de neige, d'en avoir formé, en roulant une pelote dans la grande allée de notre jardin, une belle ^ boule dont le souvenir me demeura comme de quelque chose d'énorme. Les années suivantes, je n'en sus faire aucune qui me parût telle, et je ne pouvais penser à 1» première sans l'imaginer toujours plus volumineuse, à mesure que je grandissais. Un jour pourtant, la réflexion venant, je me dis que cette grande boule de neige avait dû être fort petite, pour la mouvoir quand j'étais si petit. L'objet démon idéalisation enfantine avait grandi avec moi ; et de plus, si cette grosse boule de neige m'avait paru une belle boule, si l'idée de beauté s'était attachée à celle de grandeur, c'était en raison de l'effort accompli*. » Le tableau, pris en lui-même, est vrai et complet; et, si je me permets d'y faire une surcharge, c'est seulement pour l'assortir à la circonstance présente. Voici le trait, ou plutôt la réflexion que j'y voudrais ajouter : c'est que le
i. L. Arréat, loc, cit., p. 305.