LA VOLONTÉ
La volition, dit M. Ribol, est un jugement pratique» c'est-à-dire un jugement accompagné de tendances à Taction, et par conséquent d'émotions excitatrices. La volition a donc trois facteurs, dont il faut étudier les progrès : 1 élément moteur, l'élément intellectuel et l'élément émotionnel.
Il faut avoir fait et avoir vu faire un grand nombre d'actions de toute sorte pour avoir une idée précise des mouvements concourant à un acte donné. Or, les organes d'action sont d'année en année plus forts et mieux exercés* Ils fournissent à l'intelligence qui les dirige, même inconsciemment, des instruments d'action plus compliqués et mieux coordonnés. Les mouvements ayant servi à certaines actions s'adaptent à des fins très peu modifiées. La facilité de les accomplir contribue au désir de les faire. La nécessité de les modifier sans cesse pour les accommoder à de nouvelles expériences appelle sur eux la réflexion. Cest quand l'imitation et l'habitude ont grandement simplifié, facilité, et comme abstrait ces mouvements des diverses fins concrètes auxquelles ils ont.été dirigés, que la réflexion peut se porter sur eux sans peine et avec fruit.
L'imitation et l'habitude sont les premières éducatrices de la volonté.
« L'imitation des mouvements à vue, dit Bain, forme une grande partie de notre éducation volontaire. » La faculté d'imitation progresse avec rexpérience. Elle se bornait d'abord à la répétition machinale d'actes faciles à observer. Elle s'applique de plus en plus à des actes compliqués et nouveaux. On a remarqué, chez les animaux, qu'elle dépend de l'acuité d'observation, et qu'elle s'élève avec le degré de l'intelligence. Ceux d'entre eux qui apprennent le plus vite oublient aussi, parait il, le plus facilement. Il,doit__en être ainsi pour les enfants. Mais je ne saurais accorder que cette faculté décroit à mesure que rintelligence se développe, et qu'on « peut la considérer comme inversement proportionnelle à l'originalité ou aux facultés supérieures de l'esprit *. • Cette faculté reste toujours très puissante chez l'homme le plus intelligent, mais elle se subordonne aux nécessités de la vie, et souvent, lorsqu'elle paraît réduite dans son champ d'exercice, c'est qu'elle s'exerce dans des conditions infiniment compliquées et parfaites. Dans les arts, dans la littérature, l'invention est, par-dessus tout, une imitation supérieure. On a dit que la faculté d'imiter est plus foiie chez les sauvages que chez les civilisés, qu'ils copient plus vite et mieux. Ils copient pileux des actes simples, au moment où ils fes voient faire. Mais le civilisé, tout en n'imitant en général des actes présents que ceux qui sont le plus utiles, puise à chaque instant dans les réserves considérables d'idées et de tendances qui répondent à des actions déjà imitées ou à des raisonnements déjà faits par imitation. La