‹ L'enfant de trois à sept ansChapitre 94 sur 107 · L'IMITATION ET LA VOLONTÉ · texte numérisé non relu

L'IMITATION ET LA VOLONTÉ

faculté d'imitation se développe donc en vertu de la loi de sélection; elle se replie sur elle-même, elle se concentré; elle vit de son acquis, elle s'étend dans le temps en paraissant se resteindre dans Tespace.

Ainsi Tenfant de cinq à six ans ne vit plus, comme quelques années auparavant, à peu près exclusivement daiis le temps présent. 11 vit beaucoup de ce qu'il voit, de ce qu'il entend, mais beaucoup aussi de ce qu'il a vu et entendu. Les actions nouvelles, les raisonnements qu'il apprend le mieux sont ceux qui ressemblent le plus à ses acquisitions antérieures. Or, comme l'enfant, il est vrai, dans une moins large mesure que l'adulte, n'imite que ce qui lui plaît ,^ l'émeut ou l'intéresse le plus, on peut déjà apprécier le caractère et Fintelligence d'un enfant de cinq ans d'après la nature de ses imitations les plus fréquentes. Tel enfant imitera les gestes émotionnels plutôt que les actions à fins intellectuelles ou pratiques; tel les intonations joyeuses, tel autre les intonations bouffonnes, un autre les attitudes et les paroles destinées à exprimer la politesse; celui-ci aura une très forte tendance à manier les instruments des travaux pratiques, celui-là les instruments de musique; les plus intelligents imiteront les attitudes d'observation, les tons de voix expositifs, les formules logiques d'induction ou de déduction ; les imaginatifs chercheront surtout à réaliser les actes à leur portée, dont ils sont témoins ou dont un récit oral ou écrit leur donne une vive impression. En un mot, la tendance à l'imitation, tout en révélant les caractères, indiquera les facultés maîtresses des esprits, et surtout le degré d'abstraction et de réflexion dont ils sont capables. Les tempéraments simplement émotionnels seront prompts, mais inconstants et significatifs dans leurs imitations; les enfants

mous n'auront que des velléités et des essais info mes d'imitation; les tempéraments actifs, décidés, seront énergiques et patients, les esprits vifs et intelligents audacieux et indépendants dans leurl imitations. Aux uns, il faut la perception nette et détaillée des actions ou des raisonnements, pour que leurtendance imitatrice entre en branle; un simple mobile suffit, aux autres, avec un signe, un mot suggérant Timage de l'action.

Mais les imitations des jeunes enfants qui paraissent le plus soumises au contrôle de la conscience et de la volonté appartiennent le plus souvent à ce qu'on peut appeler l'automatisme d'un être intelligent. Chez la plupart d'entre eux, l'imitation agit presque toujours à la manière d'un réflexe, et par une sorte de suggestion de la vue ou de l'image. Le mot est bien sage et bien vrai, qu'il ne faut rien faire de mal devant les enfants. J'en ai connu un, très intelligent pourtant, qui ne pouvait s'empêcher de répéter les deux ou trois derniers mots des paroles entendues; un autre qui, devant les personnes en visite, copiait, sans s'en douter, toutes les poses et les attitudes qu'elles pouvaient prendre. Une jeune fille de six ans ne manquait pas de reproduire, dans des essais plus ou moins réussis, les actions bizarres ou dangereuses dont le spectaele ou le récit l'avaient frappée, à tel point qu'elle cassait les objets fragiles qu'elle avait vu toucher de telle façon par la bonne, qu'elle avait la fantaisie de saigner les poulets en l'absence des personnes de la maison, qu'elle jetait du pétrole au feu pour voir si cela produisait un incendie, et autres imitations touchant à la folie, et dépendant peut-être de quelque altération pathologique. Les médecins ont d'ailleurs observé des névroses curieuses qui portent ceux qui en sont atteints à exécuterimpulsivement, non seulemcn i les actions

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