LES HABITUDES ET LA VOLONTÉ
de mouvements ou d'actions à quelqu'une des fibres les plus intimes de sa personnalité.
Conclusion pratique : commençons par bien étudier les enfants; ayons la clef de leurs caractères; sachons ce qu*iis aiment ou haïssent le plus : l^s habitudes que nous leur donnerons ou que nous leur laisserons prendre seront d'autant plus vite acquises et plus vivaces qu'elles seront en plus grande conformité avec leur nature émotionnelle. Par là seulement nous serons maîtres de gouverner l'attention de Tenfânt, de l'appeler à s'*observer, quand il agit, ou du moins à réfléchir sur ses actes faits, et à s'en donner la raison, autant qu'il est possible et nécessaire.
^me Guizot, dans ses précieuses Lettres sur Védiicatioriy a institué une discussion çà et là très approfondie sur Timportance des habitudes. Elle se défie des habitudes machinales: elles peuvent devenir une sorte de tic moral; par exemple, Tenfant auquel vous donnez simplement des habitudes d'ordre « rangera pour ranger et prendra la manie de Tordre au lieu d'en contracter Thabitude. L'épargne, enseignée à celui qui n'en peut comprendre le véritable avantage, prendra pour but le plaisir d'épargner et de- * viendra de l'avarice. Ainsi en sera-t il de toutes les habitudes formées par une suite d'actions irréfléchies, sous l'empire d'une volonté que vous n'aurez point comprise . » Cette éducatrice d'une raison si élevée et d'un jugement si délicat voudrait donc que les habitudes fussent toujours a précédées de la connaissance du devoir qui les impose ^ ». Combien peu d'habitudes, à ce compte-là, pourrions-nous donner aux enfants, si nous attendions, pour ce faire, l'âge ou l'occasion venue de leur en donner les raisons l Maia
i. Lettres de famille sur Véducationf t. I, p 8 7.
avec un esprit aussi délié que celui <ie M"** Guizot, i! y a toujours moyen de s*eiitendre. Essayons. M"* Guizot déclare elle-même que l'habitude «seconde, chez Thomme fait, la puissance de la raison, qu'elle la devance ou môme la peut hâter chez Tenfant. » Il faut s'en tenir d'abiurd là, ; Suggérer aux enfçmts, si jeunes qu'ils soient, quelque raison d'une habitude qu'on leur donne, c'est fort bien, quand c'est possible. Mais il faut remarquer qu'une habitude bien prise, c'est tout un ensemble d'imagés et de sensations connues, sur lesquelles il est d'autant plus facile de porter l'attention des enfants. La routine, c'est notre raison agissant chez l'enfant à la place de sa raison, mais (Jui la prépare. L'essentiel n'est pas de donner Ja raison de toutes les habitudes qu'on doit suggérer ou imposer au jeune enfant, mais de l'amener à réfléchir, le cas échéant, sur quelques-unes de ces habitudes. Ce pli de réfléchir, à l'égard de quelques actions, vaudra pour une foule d'autres. « Réfléchir, délibérer est, au premier titre, la vraie manifestation de la spontanéité intelligente, , la condition essentielle de la moralité, la marque propre de l'homme. Ëh bien, par les lois mêmes de l'habitude, ce travail de réflexion se fait, lui aussi, de plus en plus facilement, de plus en plus parfaitement, de plus en plu» volontairement, à mesure qu'il s'est fait davantage. On prend ainsi littéralement l'habitude de se défendre contre les habitudes *. »•
On ne saurait mieux dire. Mais, encore une fois, et on ne peut trop y insister, il faut que le sentiment vienne en aide à la réflexion pour soutenir les habitudes. M"' Guizot elle-même nous le prouve par un exemple. L'héroïne de
i. Henri Marion, Leçont de psychologie, p. 159,