SIMULACRE DE DÉLIBÉRATION
d*où je verrais défiler nos beaux soldats! Me le permettrais-tu? Non, pour une foule de raisons que je sais. Si tu voulais, cependant, encore une fojs, être assez bon od assez faible pour me laisser faire I II t'arrive quelquefois d'avoir de ces bontés-là, de ces oublis! •
Ge qui distingue la volonté du réflexe, de Tinstinct, de l'habitude, c'est, avant tout, le degré de conscience qui est en général assez net dans Pacte dit volontaire. Mais la conscience ne suffit pas pour constituer la pleine volonté; il faut aussi un intervalle, si court soit-il, entre Tidée, le désir et l'acte. Cet intervalle est rempli par le jeu des motifs et des mobiles préparant le choix. C'est ici l'œuvre de la délibération. Elle est quelquefois très simple, ne consistant que dans un choix entre faire et ne pas faire. La volonté n'est souvent pas autre chose que Tassentiment accordé à un motif ou à un moyen d'action seul ou supposé seul. Les hésitations du jeune enfant se rapportent d'ailleurs bien plus souvent aux moyens qu'aux motifs d'agir. Rarement elles se prolongent au delà de quelques secondes. Le doute et l'indécision ne sont guère de cet âge. Quand l'heure est venue des alléchants caprices, des tentations obsédantes, ridée du blâme ou du danger associée à certaines expériences, les avertissements, les menaces, les prières, glissent sur la conscience de l'enfant, ^on libre arbitre, ou ce qui lui en tient lieu, s'efface devant le mobile dominateur. Il dit alors : « Je veux » avec des gestes et d'une voix qui signifient : « Ma volonté n'y peut rien. » Il ne songe alor» qu'aux moyens d'agir, si l'acte présente quelque difficulté ou quelque circonstance nouvelle. L'hésitation, la délibération durent juste autant que les obstacles qui s'opposent à l'exécution de l'acte. La délibération est surtout fort courte, lorsque l'acte de nature à satisfaire son désir
dépend de lui seul, ou n'est pas sans analogie avec ses expériences passées. Cette analogie manquant, Tenfant rimagine; un expédient quelconque, un moyen de rencontre est mis au service de son impatient désir.
Les actes nouveaux ou peu habituels amènent en général une suspension toute mécanique des mouvements, qui n*est pas la délibération, mais qui y prépare. En effet, cette hésitation, sous le coup d'une idée prépondérante ou d'un sentiment exclusif, par le fait de Tassociation des idées, fait surgir de nouveaux motifs. Examinons d*abord le cas de l'attention expectante à deux fins : deux motifs antagonistes, Tun et Tautre importants, engagent un conflit de courte durée. Deux fillettes de cinq à six ans sont venues déjeuner chez leur grand'mère. On a donné à Fainée un verre rose, un bleu à la cadette. Le bleu est un peu plus grand; Taînée l'aurait préféré. Elle veut le prendre à sa sœur, qui le saisit des deux mains et résiste. On donne tort à l'aînée ; celle-ci se lève, furieuse, et dit : c Je vais chez nous, papa arrangera l'afTaîre. » On rit de la voir si drôlement en colère. Alors, comme elle est bonne enfant^ sa colère passa presque aussitôt ; mais, honteuse de se voir apaisée e1> d'avoir même souri après sa défaite, elle ajouta : c Je voudrais m'en aller, et je voudrais rester; je ne sais pas ce que je veux. » Elle se rassit et resta. Pourquoi voulait-elle s'en aller, pourquoi voulait-elle rester? Les raisons du pour et du contre, très conscientes pour elle, étaient claires pour tout le monde. Rester, c'était essuyer un petit affront, éprouver un déplaisir, léger après tout, mais compensé par une réjouissance de quelques heures. S'en aller, c'était d'abord se priver d'une jolie partie de plaisir, et puis s'exposer à des remontrances paternelles. Des deux côtés, alternative importante : aussi