‹ L'Enfant des ruesChapitre 5 sur 13 · EN · texte numérisé non relu

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si petite que j'eus peine à trouver place dans l'en-

” combrement qu'elle ÿ faisait. D'un côté du grand | poële, le père, en manches de chemise, fümait sa pipe noircie; de l’autre, une pauvre grand'mère, toute courbée, trempait son pain dans une tasse de

café noir qu'elle tenait sur ses genoux ; au milieu,

finir plus tard, la sœur aînée, en hâte, recousait et

. devant la table blanche, entre les restes d'un déjeu-

ner commencé par les uns et que les autres devaient

rapiéçait les habits ; dans un coin, comme les trois

petits enfants de saint Nicolas, les trois plus

Jeunes, une fillette et deux garçons, clapottaient

des pieds et des mains dans l’eau fumante d'une

cuvette, tandis qu’à tour de bras, la mère, les

__ manches retroussées, les lavait et les rinçait. On les

babilla à la hâte, on leur mit entre les mains un

petit livre de prières, à chacun le père donna un

sou... puis on leur dit d’être bien sages, de veiller à

leurs habits, et on les envoya se promener jusqu'à midi... Je n'ai point vu le reste, mais je … crois ne pas me tromper en disant, qu'après le . petit dîner, on les envoya se promener encore, qu'ils rentrèrent pour le souper, qu'après on les

coucha pêle-méle, en attendant que, le lende-

main, ils eussent à recommencer les mêmes prome-

nades.

N'est-ce pas là, Messieurs, la journée normale

de l'enfant de l’ouvrier, de l'enfant du pauvre 2...

n'est-il pas l'enfant des rues ?.. A peine peut-il se passer des soins indispensables de la mère, qu’elle

lemmaillote bien, le plus chaudement qu'elle peut,

la pauvre femme! elle le couvre encore d’un grand

mouchoir de laine et elle le met sur les bras d’une

sœur plus #rande ou d’un frère... « Allez mainte-

nant! » Ils s'en vont les petits, hors de la chambre |

où leur départ met un peu d'aise, 1ls vont s'asseoir .

sur le seuil, sur le bord du trottoir ; si aux environs

il ya quelque jardin public, un glacis de fortifica-

tion, un.talus, une place ouverte, ils vont là : ils . y rencontrent de ‘petits pauvres comme eux, les

emmaillotés sont couchés par terre, et dans le sable, dans la poussière, dans les décombres, les

plus grands s'amusent !.. Tout ce petit peuple

déguenillé s'entremêle, les petits garçons et les petites filles ; il y en a de quinze ans, il yen a de deux mois !.. Les emmaillotés pleurent, d’autres se traînant à peine sur leurs petites jambes de deux ans, vacillent, tombent, se relèvent “et

retombent ; d’autres jouent des jeux traditionnels, 1

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L'ENFANT DES RUES. 33h A

voleur, saute-mouton, que sais-je ? les plus grands et les plus grandes courent, crient, sé battent, É ue s’injurient. Dans l'entretemps, midi vient... mais ns | après-midi tous s'y retrouvent, et c'est leur vie. VEN

Pour l'enfant de l’ouvrier et du pauvre, voilà la famille! Son foyer, c'est la place publique ou

la rue !.-

Ah! que Dieu me garde d’en faire un reproche au père ou à la mère !.. Le père, à peine le jour éclos, ne doit-il pas lui-même partür, laisser la sa

femme et ses enfants et, à l'étranger, au loin none = 4 ?

- chercher de l'ouvrage: l'atelier ou l'usine? La MR Le 1 : ts à mère, ne doit-elle pas, dans ce petit réduit qui

. est sa demeure, mettre de l’ordre, laver, coudre, d tricoter, repasser, préparer ses repas ?.. Que ferait- % elle si les enfants étaient là, sans cesse entre ses pas, « dans ses jambes » comme dit une expres-

sion vulgaire mais bien exacte... que ferait-elle ?

Et puis qui sait ? Peut-être elle doit, comme son

mari, à l'étranger, après avoir fermé sa porte,

chercher du travail, et, pour gagner un peu de pain, s'en aller chez les riches faire les gros ouvrages.

Oh! non! je n'ai pas de reproche pour ce malheureux, pour cette malheureuse ! Leur vie est si triste et si dépouillée !.. Leur cœur est fait comme votre cœur, Mesdames ;.. comme vous, cette mère voudrait voir, auprès d'elle, le jour, la

nuit, sans cesse, ses petits enfants ; comme vous,

elle jouirait de leurs sourires, des premiers mots

qu'ils bégaient, de leurs premiers pas, de leurs petites caresses, de leur amour et de leurs baïsers ; comme vous elle les élèverait. Mais il faut vivre ! .

Il y a des jours où, le soir, quand lé père revient

de l'ouvrage, sur la table autour de laquelle ses enfants sont assis, la femme, pleine d'angoisse,

met un reste de pain et quelques pommes de terre...

il y en a plus d'habitude, mais aujourd’hui... Il la regarde, il voit quelle pleure, il a compris 2 On est à la fin de la semaine... Oh! pour lui, c'est peu de chose, il est fort, il sait souffrir !.. Pour elle ce n’est rien, elle est mère, elle jeûnera ;

PTE

LA

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