‹ L'Enfant des ruesChapitre 9 sur 13 · PNEU · texte numérisé non relu

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t-il... Ce qui est fait ne peut pas se défaire. Je suis perdu déjà! » Et il leur jettera les rênes!.. Et

comme un torrent longtemps contenu, dont la

digue fléchit et croule, toutes ses ‘passions maîtresses, d'un bond, écumantes et grondantes,envahi-

ront son âme et la noieront dans les flots impurs.

Mais mettons encore, Messieurs, que cette morale soit nette et précise et qu'elle ne conduise pas au désespoir. elle est insuffisante; c'est tout au plus cette morale facile sans laquelle nul n'est tenu pour galant homme en ce monde, elle conduit à peine à l'honneur !..

L'honneur!.. Eh! Messieurs, c'est un mot magnifique. J'aime à l'entourer de respects. Mais J'ai souvenir d'avoir lu un livre qui fit beaucoup de bruit en son temps : Monsieur de Camors, par Octave Feuillet, et voici ce que j'y rencontrai sur l'honneur : « L'honneur est quelque chose et il ne faut pas le diffamer. L'honneur est d’un usage noble, délicat, nécessaire. Il rehausse les qualités

à ririles. C'est la pudeur de l'homme. Il est quelquefois une force, toujours une grâce. Mais penser que l'honneur suffise à tout, qu'en face des grands intérêts, des grandes passions, des grandes épreuves de la vie, il soit un soutien et une défense infaillible, qu'il supplée aux principes venus de plus haut et qu'enfin, il remplace Dieu, c'est commettre une grave méprise. C'est S'exposer à perdre, en quelque minute fatale, toute estime de soi et à tomber tout à coup, pour jamais, dans ce sombre océan d’amertume où le comte de Camors, en cet instant même, se débattait avec désespoir comme un naufragé au sein de la nuit (1). »

Et plus loin : *

Qu'est-ce que c’est que l'honneur, Monsieur?

» — Je vous le demanderai, Miss Mary.

» — Mon Dieu, je ne sais pas trop; mais enfin, je me figure que l’honneur séparé de la morale n'est pas grand chose et que la morale séparée de Ja religion n'est rien. Tout cela forme une chaîne : l'honneur pend au dernier anneau comme une fleur ; mais si la chaîne est rompue, la RoiE tombe

avec le reste (2 2)»

G) Monsieur de Camors, par Qctave Feuillet, p. 233. (2) Ibid., p. 369. |

J'ai souvenir également que de Maistre écrivit un jour cette phrase roide : « Je ne sais pas ce que c'est que la vie d’un coquin, mais je sais ce que c'est que la vie d’un honnête homme : c'est affreux. » Sur quoi M. de Sacy ajoutait aussitôt : « Qu'on ne dise pas que cela est exagéré !.. Ceux-là ne savent pas ce que c'est que l'honnêteté, qui se contentent de ce qu'ils en ont... Étudiez-vous donc, étudiezvous à la [lumière de cette règle de justice et de vérité — la morale naturelle, Messieurs, qui brille en nous quand nous ne l’éteignons pas volontairement. Vous voulez connaître le sot, le fat, le menteur, je n'ose pas dire le perfide, le méchant, Je recule devant ma propre sincérité, j'ai peur qu’on ne me prenne au mot; vous voulez connaître l'homme enfin, avec le peu qu'il a de bon et tout ce qu'il a de mauvais; je ne vous défends pas d'étudier les autres, à condition que, dans les autres, vous saurez bien que cest votre image que vous contemplez, le fonds de votre nature, et sinon ce que vous êtes, du moins ce que vous auriez pu être, et ce que vous avez été plus d'une fois peut-être dans le secret de vos pensées, dans le tumulte de vos désirs et le mouvement presque imperceptible de

vos penchants. Pour ma part, quand je voudrai

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