‹ L'enfant du divorceChapitre 10 sur 88 · H« I IV · texte numérisé non relu

H« I IV

14« LIV. - Lr.NF.VNT DU DIVORCE.

Le juge, avec une subtilité merveilleuse, perçut une nuance dans cette réponse :

— Ah ! fit-il vivement, comme pour montrer à sa prévenue qu'elle venait de révéler quelque chose, ce n'est donc pas vous qui en avez fait l'achat?

Il s'attendait à voir l'inconnue déconcertée. Il n'en fut rien.

C'est le plus tranquillement du monde que la marquise de Fleurance répondit :

— Non, monsieur, ce n'est pas moi.

— Yous connaissez donc au moins une personne à Paris?

— Oui, monsieur.

Alors M. Gordurier releva son buste et, les deux mains posées sur le bord de son bureau, les regards enfoncés dans les yeux de Geneviève, qu'il semblait fouiller jusqu'au fond de l'âme, il lui dit :

— Eh bien! cet indice, si peu important qu'il vous paraisse, me suffira pour arriver à découvrir qui vous êtes.

Ge linge que vous portez, les agents à qui je vais en donner la mission, sauront trouver la maison qui l'a vendu. — Gette maison saura désigner la personne qui en a fait l'achat. — Par cette personne, j'arriverai jusqu'à vous; vous le verrez.

Malgré toute l'assurance que le magistrat mit dans cette déclaration, Geneviève ne broncha pas.

Sans défi aucun sur le visage , elle demeura calme, confiante en la résistance qu'elle opposait.

Le juge d'instruction poursuivit :

— Yous serez confrontée avec cette personne... vous serez confrontée avec tous ceux qui peuvent vous connaître.

M. Gordurier, tout en causant, avait basé quelques conjectures.

Il avait tiré du peu qu'il avait appris et de ce qu'il avait pu observer, une déduction qui lui paraissait assez logique.

Il avait compris d'abord, à l'air de sa mystérieuse prévenue, à son langage, qu'elle n'appartenait pas aune classe vulgaire.

Il avait été confirmé dans cette pensée, quand il l'avait entendue déclarer qu'elle ne voulait pas se faire connaître à cause du nom qu'elle portait.

Alors il avait conclu de tout cela, que cette femme pouvait être une amie de la famille du marquis de Fleurance.

G'est pour cela qu'il insistait en ce moment en la menaçant de la perspective des confrontations d'où sortirait inévitablement sa reconnaissance.

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Il appuya :

— Dans la famille de Fleurance, il se trouvera sûrement quelqu'un qui vous connaîtra.

Alors la marquise tressaillit involontairement. Le juge s'en aperçut.

— Le marquis de Fleurance, ajouta- t-il en voyant l'effet qu'il produisait, sera appelé ici...

Geneviève pâlit affreusement, mais le premier choc était produit et elle eut la force de demeurer maîtresse d'elle-même.

— Il sera mis en votre présence, poursuivit impitoyablement le magistrat, et s'il vous connaît, il n'hésitera pas à le dire.

Maintenant la malheureuse, qui s'était ressaisie malgré les horribles angoisses qui la poignaient, ne broncha plus.

Les couleurs reparaissaient lentement sur son visage grâce au puissant effort de volonté qu'elle avait pu faire.

— En ce moment, déclara encore M. Cordurier, un agent que j'ai envoyé est allé prévenir le marquis de Fleurance que les bijoux qui lui ont été volés sont retrouvés et que la coupable est entre les mains de la Justice.

Cet après-midi, vous serez ramenée ici et vous serez confrontée avec lui.

En achevant cette phrase, le juge ferma le dossier qui était devant lui.

Puis il dicta à son greffier un résumé succinct de l'interrogatoire pour lequel il était inutile de demander la signature de la prévenue, et il fit un signe au garde de Paris .

Le municipal s'approcha et prenant la marquise par le bras, il lui dit simplement :

— Venez!

Elle se laissa conduire.

Jusqu'au moment où elle se retrouva seule dans sa cellule, Geneviève n'eut pas une seconde de faiblesse.

Rien ne vint trahir l'émotion épouvantable à laquelle elle était en proie, ni les affres douloureuses qui la torturaient.

Mais quand elle eut entendu fermer les lourds verrous de sa porte massive, elle se laissa tomber épuisée sur l'escabeau qui était le seul siège du réduit et elle songea.

Ainsi donc tout ce qu'elle avait fait, tout ce qu'elle avait souffert allait être inutile.

Durant la fin de cette journée elle allait être mise en présence de son mari, devant ce juge.

Guy la verrait ainsi, prisonnière, sous la garde d'un agent ou d'un municipal.

Alors elle serait obligée de parler.

Il faudrait qu'elle dise tout ce qu'elle voulait cacher au prix des plus douloureux sacrifices.

Il faudrait avouer ce qu'elle avait fait ; il faudrait dire à quel besoin impérieux elle comptait appliquer l'argent qu'elle avait tenté de se procurer en engageant ses bijoux.

Il faudrait confesser la vérité, car toute réticence pourrait être encore plus mal interprétée.

Et tout cela ce n'était pas devant son mari seul que l'infortunée devrait en faire l'aveu.

Elle devrait parler encore devant ce juge qui avait besoin de connaître la vérité pour terminer cette affaire.

Quelle honte!

Quel déshonneur!

Geneviève demeurait prostrée dans un accablement épouvantable, souffrant par avance toutes les tortures morales qui allaient lui être infligées dans quelques heures.

Elle seatait, dans l'anéantissement absolue de sa pensée, les forces lui manquer.

Elle s'adressait à Dieu en une fervente prière et il lui semblait que le ciel était sourd à sa voix.

Alors, quand le calme reparaissait avec la faculté de penser, à la suite d'une longue et douloureuse prostration, la marquise se demandait ce qu'elle pourrait faire pour se soustraire à l'horrible conjoncture dont elle était menacée.

Elle cherchait un salut et elle ne trouvait rien.

Puis, dans son esprit surgit une idée.

Dans quelques heures, mise en présence de son mari, la vérité allait éclater quand même.

Le juge qui l'avait interrogée allait tout savoir.

Pourquoi ne redemanderait-elle pas à revoir ce magistrat?

Pourquoi ne pas tout lui avouer, confidentiellement, sous le sceau du secret?

Pourquoi ne pas lui dire, puisqu'il le saurait avant ce soir ;

— Vous voulez savoir mon nom?... Le voici, je le livre à votre

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honneur de magistrat et d'honnête homme : je suis la marquise de Fleurance.

Il vous sera facile d'avoir la preuve de ce que je dis sans que personne ne sache ce qui est arrivé. Vous en trouverez bien le moyen.

Dans cette idée l'infortunée crut trouver le salut qu'elle cherchait.

Elle se leva, réconfortée déjà par cette résolution et elle étendit le bras pour saisir la poignée de la sonnette qui était à côté de la porte de sa cellule.

Mais soudain elle s'arrêta.

Le juge lui avait dit qu'un agent était déjà allé prévenir le marquis de Fleurance.

Alors il était trop tard.

Le magistrat aurait pu, après avoir vérifié son affirmation, après avoir établi qu'elle avait dit la vérité, la relâcher, sans lui demander ce qu'elle voulait faire de cette somme importante que, selon toute évidence, elle cherchait à se procurer à l'insu de son mari; mais Guy voudrait savoir, lui.

La terreur de cette confession douloureuse la saisit et elle ne conna pas.

Elle attendit.

Elle avait encore un espoir.

Le marquis de Fleurance pouvait avoir de nouveau quitté Paris, avec cette maîtresse qu'il avait.

11 pouvait être retourné à Tours.

Alors l'agent ne le trouverait pas.

Cette confrontation dont on l'avait menacée n'aurait pas lieu et Geneviève n'aurait rien à avouer.

Elle garderait pour elle son douloureux secret.

Oui, mieux valait attendre les événements et demander à Dieu de les lui rendre propices et de veiller sur Diane.

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