LE RETOUR DU MARI
;lors^ Guy et Marion arrangèrent les choses.
U Ils combinèrent ensemble ce qu'ils allaient faire chacun de
~s> leur côté.
Marion allait retourner chez elle, à Saint-Maurice.
Elle attendrait des nouvelles.
Dès que son amant le lui écrirait, elle partirait et elle irait le rejoindre.
Le marquis allait passer chez lui, pour donner quelques ordres à Bénévent et à Collette, et le soir même il prendrait le train pour Souvigny.
Guy accompagna sa maîtresse jusqu'à la gare de Lyon, où elle allait prendre le train pour Charenton, afin de passer quelques instants de plus avec elle.
Là, ils se séparèrent, s'étant longuement embrassés pendant le trajet et s'étant renouvelés leur promesse.
Alors, au moment de quitter son amant :
■ — Sois prudent, recommanda Marion.
— N'aie aucune crainte.
— Il faut que personne ne sache ce qui est arrivé.
— Non, personne.
— Quant à moi, tu sais que je ne parlerai pas!... Au revoir!... Oh! que je serais heureuse si tu réussis !...
Marion, s'étant munie de son billet, ayant fait enregistrer sa malle, traversa la salle d'attente.
Elle s'installa dans un compartiment où elle se trouva seule et l'esprit plein des nouvelles pensées qui l'agitaient, elle s'absorba dans ses réflexions.
Elle croyait sincèrement ce qu'elle avait dit.
De l'essence, des épouses infidèles, elle ne croyait pas à la fidélité conjugale.
Pour elle, les seules femmes mariées qui ne trompaient pas leurs maris étaient celles qui ne le pouvaient pas.
S'il y en avait une de fidèle sur mille, c'était l'exception.
Tout dans la conduite de la marquise de Fleurance lui paraissait suspect.
Elle y réfle'chissait et elle ne pouvait trouver une autre explication à ce qu'elle venait d'apprendre.
Alors, elle entrevoyait l'avenir.
Le vent était au divorce, dont le rétablissement venait d'être voté par les députés et qui, assurait-on, n'allait pas tarder à l'être également par le sénat.
La loi de divorce était attendue comme une délivrance par tous ceux qui n'avaient pas trouvé le bonheur dans le mariage.
Lorsque Guy aurait la preuve de l'infidélité de sa femme, il divorcerait sûrement.
— Je serai là, du reste! se disait Marion.
Et elle ajoutait avec une âpre volupté et de violent i désirs :
— Il sera libre!... Il sera comme autrefois; il sera à moi!... mais moi, je ne serai pas libre... Bah! qui sait?
En tout cas, sa situation ne l'inquiétait pas.
Elle connaissait son mari.
Elle savait qu'il était le meilleur et le plus confiant des hommes et elle saurait bien s'arranger pour faire ce qu'elle voulait.
Jamais Gradignan ne concevrait le moindre soupçon sur elle; elle était trop rouée pour cela.
Si elle ne l'avait pas trompé, c'est qu'elle ne l'avait pas voulu ; ça lui aurait été bien facile.
En arrivant à la gare de Charenton, où elle devait quitter le train pour se rendre à pied à Saint-Maurice, Marion laissa sa malle à la consigne.
On l'enverrait chercher par le jardinier.
Elle franchit à pied la courte distance qui la séparait de sa propriété, longeant la rive droite de la Marne qui la baignait.
Rose fut surprise de la revoir.
Mais aussitôt, la Gasconne dit :
— Il y a une dépêche, madame, qui vient d'arriver fout à l'heure.
— Une dépêche !
— : La voici, avec une lettre que j'ai reçue hier. Elle remit les deux plis.
Marion déchira nerveusement la fermeture du télégramme, n'ayant jeté qu'un coup d'œil à l'enveloppe de la lettre qui venait de son mari,
comme l'attestait Fen-tête du viticulteur-ne'gociant, illustré d'une énorme grappe de raisin, autour de laquelle on lisait :
DOxMAINES DE CESTAS ET DE LÉOGNAN
[Gb^onde)
ACniLLE GRADIGNAN
Propriétaire .
C'était la réponse à la lettre qu'elle lui avait écrite avant de partir.
Le téléa^ramme l'intriguait.
De qui pouvait-il être?
Les regards de Marion se portèrent tout de suite à la signature.
Elle lut : Achille Gradignan.
— Lui:...
Alors elle lut à la hâte le texte de la dépêche.
Reviendrai dimanche matin onze heures.
Pourquoi ce retour inopiné^ alors qu'il avait annoncé qu'il resterait à Bordeaux pour préparer ses vendanges jusqu'au 15 août?
Au l'ait, que lui importait?
Marion ne songeait qu'à se féliciter de la résolution qu'elle venait de prendre.
Avait-elle été joliment bien avisée de revenir chez elle au lieu de faire ce voyage ?
Puis, elle pensa à autre chose.
Elle connaissait la ligne de Bordeaux à Paris, car elle avait fait plusieurs fois le trajet lorsque son mari l'avait emmenée dans ses propriétés et dans sa famille.
Elle savait que le train qu'il allait prendre passait par Tours.
Guy aussi allait prendre cette direction ce soir.
Marion consulta aussitôt l'indicateur qu'elle trouva dans le cabinet de travail de son mari.
Elle chercha.
— Voyons, quel est le train qui arrive à Paris à onze heures du matin?... Ah! le voici : le train 24. — Il part à huit heures vingt de Bordeaux. — Bien, c'est celui qu'Achille va prendre.
Elle suivit la colonne dans laquelle étaient marquées les heures de passage de ce train aux diverses stations de la ligne. Elle lut :
— Il sera à minuit quarante à Angoulême... à trois heures vingt à Poitiers... à cinq heures quarante-deux à Tours...
Ali! sapristi!... s'écria-t-il. (P. 149.)
Puis Marion se reporta au tableau précédent, celui où étaient indiqués les trains partant de Paris et se dirigeant sur Bordeaux.
Elle en chercha un dont les heures coïncideraient avec celui que son mari allait prendre.
Elle le trouva.
— Voici... En prenant ce soir l'express de iiuit heures vingt, nous serions à Tours à minuit et quart.
198 Liv. — l'enfant du divorce l-'^ LIV.
Elle pensait à son amant, en disant nows, car elle avait déjà conçu le projet de faire ce voyage avec lui, pour se l'attacher plus étroitement encore, pour savoir au plus tôt des nouvelles, si par hasard Guy avait déjà appris quelque chose.
Elle ajouta :
— Achille nWrivera à Tours qu'à cinq heures quarante- deux, presque à six heures... Il fait grand jour à ce moment... Il sera tout surpris de me voir, et en me voyant venir à sa rencontre, il ne se doutera de rien... Ça expliquera tout au besoin.
La résolution de Marion était prise.
— Il faut que je réponde à cette dépêche, dit-elle, je cours au télégraphe.
Mais Marion se garda bien d'aller au bureau de Saint-Maurice oii elle était connue, où son nom pourrait éveiller l'attention. Elle revint à la gare ; c'est de là qu'elle télégraphia.
Marquis de Fleurance
17, Boulevard Malesherbes — Paris.
Prends ce soir train 8 h. 20. — Serai gare Orléans et ferai voyage avec toi jusque Tours.
Marion.
Elle revint chez elle, ayant lu pendant le trajet la lettre de son mari.
— C'est étonnant, se disait Marion, dans cette lettre il ne parle pas de revenir; au contraire. — que s'est-il donc passé?... qu'est-ce qui l'oblige ainsi tout à coup à revenir à Paris?
Elle avait des pressentiments inexplicables.
Les femmes coupables se méfient de tout.
Pourtant son mari lui annonçait son retour, alors qu'il aurait été si simple de revenir sans l'en avoir prévenue.
Enfin elle saurait bien ce qui se passait.
Pour le moment, elle ne voulait penser qu'au bonheur qui lui était réservé de passer quelques heures avec Guy, une nuit presque entière.
Elle annonça sa résolution à sa bonne.
— C'est monsieur qui m'annonce son retour et je vais aller à sa rencontre.
— Sandis! quelle surprise ça va être pour monsieur! s'écria la Gasconne.
— Ça lui fera plaisir... on s'ennuie tout seul en voyage.
Puis Marion demanda :
— 11 n'est venu personne?
Rose hésita une seconde avant de répondre.
— M. le baron est venu, dit-elle ensuite.
— Ah!... Loriol?
Elle l'appelait Loriol tout court, comme son mari lorsqu'il lui en parlait.
— Quand est-il venu?
— C'est mercredi matin, répondit Rose, le lendemain du départ de madame.
— A-t-il dit ce qu'il voulait?
La Gasconne avait été payée par le baron Loriol pour lui dire où était sa maîtresse; mais il ne lui avait pas demandé de se taire.
Elle était rouée et sa malice clairvoyante pétillait dans ses yeux noirs et aux coins de ses lèvres rouges comme des cerises.
Rose était, du reste, très attachée à sa maîtresse, beaucoup plus qu'à son maître, bien qu'elle fût originaire du Bordelais comme lui.
Elle n'avait pas, comme on dit, les yeux dans ses poches et elle avait bien compris que le baron Loriol ne manifestait tant d'amitié à M. Gradignan que pour se rapprocher de madame.
Elle répondit :
— Eh! pardi, M. le baron voulait voir madame.
— Alors vous lui avez dit que j'étais en voyage? questionna Marion.
— Oui, madame.
— Bon.
— Alors madame repart ce soir?
— Naturellement, puisque je vais au-devant de monsieur.
Marion dîna de fort bon appétit.
Les préoccupations n'avaient aucune influence sur son estomac.
Le soir, elle reprit le train à Charenton, et, par la ceinture, elle gagna la gare de Lyon.
Guy fut exact.
Il avait reçu la dépêche et à huit heures il attendait déjà sa maîtresse, intrigué, se demandant quelle idée elle avait eue de vouloir faire ce voyage avec lui.
Marion expliqua à son amant ce qui se passait et elle ajouta :
— Tu vois que tout est pour le mieux?... Il était bien préférable de renoncer à ce voyage.
Puis, dès qu'il furent dans ie train, installés dans un compartiment de coupé que le marquis avait loué, elle demanda :
— Tu n'a rien appris de nouveau?
— rSon.
— Et chez toi, on ne se doute de rien?
— C'est impossible; comment pourrait-on le savoir?
— Demain matin tu seras à ton château et tu apprendras sans doute quelque chose.
I*endant le voyage, le tête-à-tête délicieux servit à développer et à accroître encore la passion amoureuse des deux amants.
Us y puisèrent tous deux un plus ardent désir d'être l'un à l'autre et Marion continua l'œuvre qu'elle avait commencée.
A Tours, ils descendirent à l'hôtel de la Boule d'o7\ où ils avaient déjà passé quelques jours auparavant et ils ne se séparèrent qu'au moment od arriva le train de Bordeaux.
Le marquis devait le prendre aussi, jusqu'à Amboise, où il s'arrêtait à 'îix heures et demie et où il trouverait sa voiture qu'il avait commandée par télégramme pour aller aux Migettes.
11 laltcndit au buffet, tandis que Marion, l'ayant embrassée une dernière fois en lui faisant de nouveau la recommandation de ne rien négliger pour découvrir la vérité, attendit sur le quai de la gare.
Dès que le train eut stoppé, elle visita les trois wagons de première classe, sachant que son mari devait se trouver dans l'un d'eux.
Elle le reconnut.
Gradignan était allongé sur la banquette qu'il occupait presque en entier, ayant relevé l'appuie-bras mobile et soulevé l'extrémité du coussin avec sa couverture roulée dans ses courroies pour se faire une façon d'oreiller.
Le Gascon dormait profondément.
Sur la banquette opposé à la sienne, un sac de voyage et deux valises logés dans le filet attestaient la présence de deux voyageurs qui venaient de descendre de leur compartiment pour profiter des vingt minutes d'arrêt que le train avait.
Marion monta dans le v^^agon et tapota de sa main la joue de son mari.
Achille Gradignan s'éveilla en sursaut.
Il écarquillait les yeux, les frottant avec ses doigts, regardant autour de lui hagardement, tandis que Marion riait.
Alors quand il reconnut sa femme, la surprise qu'il ressentit le secoua et d'un bond il se mit sur son séant.
I/KNFAiNT DU DIVORCE 149
— Ah! sapristi!... s'écria-t-il. — Toi!... ma petite Marioni... Gomment, je suis déjà arrivé?...
En embrassant Marion, il regardait au dehors par la portière, cherchant à se reconnaître.
— Mais non, lui dit Marion qui riait de plus belle. Tu n'es pas encore à Paris. Tu es à Tours et je suis venue à ta rencontre.
Gradignan continuait à l'embrasser.
— Ah ! c'est une bonne surprise que tu m'as l'ait là !
— C'est en recevant ta dépêche que j'en ai eu l'idée, dit la piquante brune ; je m'ennuyais tellement toute seule chez nous.
Elle montrait son billet.
— Tu vois, j'ai pris un aller-retour, fit-elle en s'asseyant à côté de
lui.
— C'est gentil d'être venu à ma rencontre.
— J'ai été si étonnée quand j'ai reçu la nouvelle de ton retour, que je ne savais que penser.
— Ça t'a étonnée?
— Tu penses!... Que s'est-il donc passé?
— Je n'en sais encore rien.
— Que veux-tu dire? fit Marion intriguée et saisie d'étonnoment,
— Non, je n'en sais rien, répéta Gradignan, c'est à la suite d'une dépêche que j'ai reçue.
— Une dépêche!
Le Bordelais cherchait dans ses poches.
Il en tira un énorme portefeuille bourré de papiers au milieu desquels il prit le pli bleu d'un télégramme.
— Té, la voici!
Il la déplia et lut avec Marion, qui se penchait sur son bras :
Vous avez grand intérêt à revenir immédiatement à Paris. — Un ami.
— Qu'est-ce que cela veut dire? fit Marion. ■ — Je me le demande.
— f/n amz/... Mais c'est anonyme.
— Tiens, c'est vrai!... Eh bé, je n'y avais pas fait attention. Oui, c'est anonyme.
— Qui peut bien t'avoir envoyé cette dépêche?... Ça m'a l'air d'une /arce.
— Une farce!... ah! par exemple!
Marion eut une inspiration subite.
Les femmes de sa trempe qui ont toutes les habiletés, toutes les
roueries et toutes les scélératesses, ont aussi le plus souvent une subtilité d'esprit et une sagacité merveilleuses.
Elle pensa :
— Ce peut bien être le baron Loriol!... Mais elle n'en dit rien.
— Alors, fit-elle tout haut, c'est pour cela que tu as tout quitté?
— Bédame, je ne savais pas ce que ça voulait dire, répondit Gradignan. — Grand intérêt à revenir im^nédiatement ; tu penses, quand on est loin, on se fait des idées...
— Des idées!... quelles idées?
— Qu'il y a quelque chose qui ne va pas... un accident... on ne sait pas, quoi!... J'ai fait ma ma41e et je t'ai télégraphié afin que tu ne sois pas trop saisie en me revoyant tout à coup.
Maintenant Marion admirait la simplicité confiante et bonnasse de son mari qui, ainsi mis en émoi par ce télégramme anonyme, ne sachant même pas de quoi il s'agissait, avait pensé tout d'abord à la prévenir de son retour.
Le Gascon remettait la dépêche dans son portefeuille.
— Enfin, fit Marion, peu importe, je suis bien contente que tu sois revenu. J'ai eu un moment l'idée de te faire la surprise de venir te surprendre à Léognan.
— C'est vrai?
— J'avais déjà fait ma malle et je suis allée jusqu'à Blois voir une de mes amies de couvent, pour me distraire. Je ne l'ai pas trouvée, elle était en voyage et j'avais bien envie de continuer jusqu'à Bordeaux... Puis, j'ai pensé que ça pourrait te contrarier, et je suis revenue juste quelques heures avant l'arrivée de ta dépêche.
La rouée, qui se méfiait, avait pris habilement les devants en expliquant l'absence qu'elle avait faite, afin que son mari ne fut pas surpris s'il l'apprenait indirectement.
Mais elle se disait :
— Il faudra que je sache qui lui a envoyé cette dépêche...
Ce ne peut être que Loriol, car il n'y a que lui qui est venu à la maison et qui a su que j'étais partiel... Elle ajouta avec une menace :
— Mon petit baron, si c'est vous qui m'avez joué ce tour-là, nous réglerons cette affaire ensemble !
Gradignan ne songeait plus déjà à tout cela.
Il avait remis le coussin de la banquette dans sa position normale,
ayant retiré sa couverture roulée qui le relevait, et il parlait de ses affaires.
Les autres voyageurs revinrent prendre leurs places.
On ferma les portières et le train repartit.
Le Bordelais parlait de ses vignobles qui promettaient une récolte superbe.
Il comptait faire au moins trois cents muids à Léognan et près de quatre cent cinquante à Cestas.
L'année était exceptionnelle.
Il comptait ne repartir maintenant qu'au moment des vendanges, c'est-à-dire dans la première quinzaine d'août, et puisqu'il avait tant fait que de revenir à Paris, il allait s'occuper du placement de sa récolte.
Marion l'écoutait à peine.
Elle était préoccupée par cette dépêche anonyme.
Elle ne pouvait s'empêcher de penser au baron Loriol, car elle ne voyait que lui de capable de cette petite infamie.
Marion ne se trompait pas.
Cette dépêche était bien l'œuvre du baron.
Patrice Loriol avait conçu un violent dépit en ne trouvant pas ^jme Gradignan à Saint- Maurice, en apprenant qu'elle était allée en Touraine et il avait été vivement irrité quand il eut compris qu'elle était partie avec le marquis de Fleurance.
Nous avons vu les efforts inutiles qu'il avait faits dès son retour à Paris pour savoir ce que Guy et Marion étaient devenus.
Alors il avait eu l'idée de ce télégramme.
En obligeant Gradignan à revenir subitement chez lui, il s'attendait à lui faire constater l'absence de sa femme et il comptait profiter de la situatioii, non seulement pour retrouver Marion avec lui, mais encore pour intervenir ensuite et pour rendre à ses amis le faible service de se faire l'intermédiaire d'une réconciliation dont Marion lui serait, pcnsait-il, reconnaissante.
La confiance bonasse du gascon avait déjoué ses calculs.
f Le baron Loriol se préparait aux événements.
Le dimanche matin, il se rendit à Saint-Maurice.
Il trouva Rose toute seule qui lui annonça le retour de son maître qu'elle attendait avant midi.
— Et madame? demanda Patrice Loriol.
— Madame a reçu hier la dépêche de monsieur.
— Comment!... quelle dépêche?
— Une dépêche que monsieur a envoyé à madame pour lui annoncer qu'il revenait.
— L'imbécile!... pensa Loriol.
— Alors, continua la gasconne, madame est partie hier soir pour aller à la rencontre de monsieur.
Le baron était furieux.
Enfin, l'essentiel pour lui était de revoir Marion et de savoir qu'elle n'était plus avec le marquis de Fleurance.
Il s'abstint de questionner davantage Rose sur le retour de sa maîtresse et il alla attendre ses amis à la gare de Gharenton, car il savait que c'était par là qu'ils reviendraient.
Un peu avant midi, il les vit descendre du train. Son visage s'épanouit.
Il alla à leur rencontre.
— Té, ce brave baron! s'écria le Bordelais. — • Ce cher Gradignan!
— Eh! par quel hasard?...
Loriol salua Marion et lui offrit la main qu'elle prit, dissimulant à merveille son ressentiment.
— Un hasard, dit-il, dont je me félicite. Je suis allé chez vous ce matin, pensant trouver M"' Gradignan à qui je comptais demander de vos nouvelles, lorsque votre bonne m'a appris que vous alliez revenir... Alors j'ai voulu vous faire la surprise de venir vous chercher ici.
— Une bonne pensée, baron, fit Gradignan. Eh bé, puisque vous voilà, vous aller déjeuner avec nous.
— Volontiers, mon cher Gradignan... Si madame veut bien m'accepter pour convive.
Loriol offrit en même temps son bras à la jeune femme, qui le prit, et pendant que Gradignan remettait ses bulletins de bagage à l'un des hommes d'équipe de la gare qu'il chargeait de lui transporter ses malles et sa valise chez lui, Marion dit d'un'petit air singulier :
— Vous êtes venu à la maison l'autre jour, parait-il? Le baron fut embarrassé.
— En effet... répondit-il, et j'ai appris que vous étiez en voyage.
— J'étais allé à Blois, dit M""* Gradignan, chez une amie de pension.
En descendant l'escalier, Denis rencontra un jeune facteur du télégraphe... (P. IGO.)
Loriol ne fut pas dupe du inciisonge de la jeune femme et il pensa être habile en disant :
— Je venais vous faire mes adieux avant de partir, car j'allais en
Touraine...
— En Touraine!...
— Oui, chère madame.
iiU" LIV. — LKM^ANT DU DIVOACB
— Vous y êtes allé ?
Je suis allé à Tours pour une allai rc, répondit le baron, et, en passant, suis je me arrêté à Souvigny pour serrer la main à mes excellents amis les châtelains des Migettes, 1%. marquis et la marquise de Fleurance.
Mais, ajouta-t-il, je n'ai trouve que la marquise. Le marquis était parti la veille pour Tours... tout en disant à la marquise qu'il allait à Paris.
Entre nous, vous savez, fit-il d'un air malin, ce cher marquis fait ses petites farces.
Marion n'avait pas perdu un mot de ce qu'il disait.
Sans savoir à quoi cela lui servirait, elle était heureuse d'apprendre ce que Loriol avait fait.
• — Yous avo2 été promptemcnt de retour, dit- elle d'un air très dégagé.
— C'était un simple voyage d'affaires que je faisais, répondit Patrice Loriol.
Il observait Marion et il n'avait rien perçu sur sou visage qui dénotât \ine préoccupation.
• — Elle est très forte, pensa-t-il. Et Marion se disait :
— Ah! il est allé aux Migettes et il a vu la marquise!... Guy ne sera peut-être pas fâché de savoir ça.
Mais Gradignan revint et l'on se mit en route pour Saint-Maurice.
L'ENFANT DU DIVORCE i 5E