‹ L'enfant du divorceChapitre 15 sur 88 · UNE INDISCRÉTION · texte numérisé non relu

UNE INDISCRÉTION

jJ^ENis, le valet de chambre du jeune duc de Glamondans, n'avait pas ÏH'\ appris sans un âpre plaisir, par les nouvelles que le baron Loriol xj£^.~€) lui avait données, que le marquis de Flcurance avait une maîtresse.

Déjà, la haine qu'il avait vouée à la famille de Glamondans l'avait fait se réjouir de ce qui se passait, car il avait prévu quelles seraient infailliblement, tôt ou tard, les conséquences du genre de vie que menait le mari de Geneviève.

Il avait bien prévu que le marquis de Fleurance, qui passait seul lu plus grande partie de l'année à Paris, qui avait pour meilleurs amis des hommes dont la fidélité conjugale était la moindre vertu, se laisserait entraîner un jour dans quelque galante aventure dont il n'aurait pu prévoir l'importance et la durée en s'y engageant et que, par suite, son affection pour la fille du duc de Glamondans se trouverait fatalement diminuée de toute la passion que saurait lui inspirer celle qui saurait l'enlacer dans ses bras voluptueux.

C'est ce qui allait arriver bientôt, pensait-il, si la nouvelle donnée par le baron Loriol était exacte.

Cela intéressait trop vivement le misérable pour qu'il ne cherchât pas immédiatement à se renseigner.

Il lui importait de savoir si ce que le baron lui avait dit était vrai.

N'était-ce pas tout simplement une conquête éphémère que le marquis avait faite?

Cette femme qu'il avait suivie, serait-elle réellement pour lui une maîtresse et était-elle capable de lui inspirer une de ces passions aveuglantes qui absorbent tout entier celui qu'elles touchent, brisant touj les autres liens?

Denis voulait la connaître.

Qui sait s'il ne pourrait pas exercer une influence sur les événements qui se préparaient?

Qui sait s'il ne pourrait pas, à un moment donné, en précipiter le dénouement?

En tout cas, il voulait les connaître, ne rien ignorer de ce qui se passait et donner à son ressentiment l'atroce satisfaction d'assister au malheur de la fille de cet ancien maître qu'il exécrait.

Le valet de chambre d'Hubert de Glamondans pensa à aller voir Bénévent.

Il était en fort bons termes avec les serviteurs du marquis de Fleurance avec qui il était assez fréquemment en rapports, et qui ignoraient la rancune que nourrissait son esprit infernal.

Denis vint donc au boulevard Malesherbes.

Il ne parla d'abord que de sa situation actuelle.

Le duc de Glamondans était allé aux bains de mer et lui se trouvait seul à Paris, n'ayant absolument rien à faire.

— Vous-mêmes, dit Denis à Bénévent et à Collette, je vois que vous n'êtes pas trop surchargés de besogne en ce moment. — M. le marquis vous laisse des loisirs?

— M. le marquis est actuellement à Paris, répondit Bénévent. Il est revenu depuis jeudi; mais je ne crois pas qu'il tarde à repartir.

On causa ensuite du voyage de la marquise qui avait si vivement surpris le valet de chambre et la domestique de Guy.

On parla aussi du vol des bijoux pour lequel le marquis avait été appelé chez le juge d'instruction.

Puis, Denis amena la conversation au point qu'il voulait.

— C'est un contre-temps pour M. le marquis, dit-il, car d'après ce que j'ai su, il a jgté obligé d'interrompre une partie fine qu'il avait commencée depuis peu.

Bénévent et Collette avaient déjà soupçonné la vérité.

— Ah! ça se peut bien, fit le valet de chambre. Collette sourit.

Elle avait bien compris que l'arrivée de sa maîtresse avait dérangé les plans du marquis de Fleurance,

— Quand on est marié, reprit Denis, ce n'est pas comme quand on est garçon. M. le duc, lui, sait se payer de l'agrément sans que rien ne vienne le déranger.

— Il est parti avec M""* Fernande? demanda Bénévent qui connaissait la liaison du jeune duc.

— Comme de juste. Ils sont en ce moment à Etretat et ils doivent aller à Cabourg, à Trouville, à Dieppe, pour suivre les courses.

■ — Une vie qui ne me déplairait pas, surtout en ce moment où les courses sont finies à Paris.

L'1-NFANT DU DIVORCE 157

— Alors, demanda Denis, M. le mar.[uis a été obligé do lâclier la petite femme qu'il avait prise?

■ — Oh! lâcher... Ce n'est pas sûr.

— Bah!... pendant que M"" la marquise était là, pourtant!

— Ça ne l'a pas beaucoup gêné, répondit Collette. Jeudi soir, dès que M"* la marquise fut arrivée, M. le marquis a filé et il n'est revenu que le lendemain matin.

— C'est la vérité, appuya Bénévent.

— Elle est bien bonne!... fit Denis en riant. Et M""' la marquise ne s'est aperçue de rien?

— De rien!

— Parbleu! dit Collette, il faut bien connaître son service. C'est moi qui ai paré le coup à M. le marquis. — Le matin, madame m'a demandé si monsieur pourrait venir lui parler; et naturellement je lui ai répondu que monsieur n'avait pas encore appelé.

— Elle a cru que son mari avait passé la nuit à la maison et qu'il dormait encore?

— Juste!

— Très bien joué!

— Puis quand monsieur est rentré, Bénévent lui a dit la chose.

— Et je suis venu trouver M"^ la marquise, ajouta le valet de chambre, pour lui demander si elle pouvait recevoir monsieur.

— Aussi, dit Denis, ce que M. le marquis s'est dépêché de renvoyer sa femme aux Migettes !

— Tu penses!

— Il a rudement bien fait !

— Sans l'affaire de ce vol, reprit Bénévent, M. le marquis serait déjà reparti. Mais il ne tardera pas tout de même, j'en ai l'idée.

— Oui, à Paris, M. le marquis est trop connu pour avoir une liaison sérieuse.

■ — Oh! il ne s'en gêne guère, affirma Collette, puisqu'en ce moment, d'après ce que mon mari a su ce matin, M. le marquis est en train de déjeuner en cabinet particulier chez Voisin avec sa maîtresse.

— Pas possible!

— C'est la vérité, dit Bénévent.

— Alors c'est décidément sérieux, cette liaison?

— Voilà ce qu'on ne sait pas encore.

— Tu n'as pas vu quelle femme c'était? questionna Denis.

— Non, je ne l'ai pas vue.

- — Alors M. le marquis la cache... Il faut que ce soit sérieux s'il prend tant de précautions.

— Ça se pourrait bien tout de même.

— Mais où a-t-il connu cette petite femme-là?

— Mon idée, répondit Bénévent, c'est que ce n'est pas à Paris quo M. le marquis l'a connue.

— En voyage?

— Probable, car lorsqu'il est parti pour les Migettes, il n'y avait rien.

— Peut-être quelque fille de là-bas qu'il a enlevée, insinua le valet de chambre d'Hubert,

— Ça se pourrait bien.

— Ah ! c'est curieux!... Il l'a ramenée à Paris alors?

— Naturellement, puisqu'ils déjeunent en ce moment chez Voisin, oii je suis allé ce matin faire prévenir M. le marquis que le juge d'instruction avait besoin de le voir.

— La pauvre marquise ne se doute pas de ce coup de temps- là, fit Denis en riant.

• — Oh! madame est une trop bonne femme, dit Collette. Elle n'aurait jamais l'idée de ces choses-là.

— Elle croit que son mari reste tout le temps à Paris pour faire des parties de whist ou de baccarat à son club.

— C'est bien possible.

— Oui, c'est une femme comme il en fallait une à M. le marquis.

Un bruit de clef tournant dans la serrure interrompit la conversation de Denis et de ses amis,

— M. le marquis!... dit Collette.

C'était Guy, en effet, qui rentrait.

Il revenait du palais de Justice.

Le marquis de Fleurance se rendit dans sa chambre et Bénévent alla le rejoindre pour se mettre à ses ordres.

• — Préparez ma valise, commanda Guy, je repars ce soir pour les Migettes.

— Bien, monsieur le marquis.

Bénévent s'informa du costume que son maître comptait revêtir. Puis il demanda :

— Est-ce que monsieur le marquis dînera ici ?

L'EiNFANT DU DIVORCE 159

— Non, je mangerai un morceau au buffet de la gare, répondit lo mari de Geneviève. Donnez-moi l'indicateur que je voie quel train je prendrai.

En feuilletant, le marquis de Fleurancc questionna Béncvent au sujet de la visite de l'agent du parquet, afin de s'assurer que rien n'avait transpiré.

Ce qu'il apprit le rassura.

— Je partirai par le train de onze heures et quart, dit-il ensuite en refermant l'indicateur.

Alors Bénévent demanda :

— Est-ce que monsieur le marquis compte rester longtemps aux Migéttes?

— Je ne sais pas, répondit l'amant de Marion.

Le valet de chambre se retira pour préparer la valise.

Alors Guy, n'ayant plus besoin de dissimuler, se mit à marcher fiévreusement dans sa chambre.

Ses sourcils s'étaient contractés.

Son esprit était en proie aux horribles pensées qu'il avait conçues sous l'inspiration de Marion.

Il s'indignait.

Il se demandait ce qu'il allait découvrir.

Il cherchait comment il devrait s'y prendre.

Il languissait d'être arrivé à son château pour questionner, pour s'enquérir.

L'idée que Geneviève le trompait s'était implantée plus solidement en lui à mesure qu'il y réfléchissait, car il lui était impossible de trouver une autre explication à sa conduite.

Il souffrait, car en réalité il avait aimé Geneviève ; mais il souffrait encore plus dans son amour- propre qu'il croyait outragé.

Denis avait attendu, en causant à voix basse avec Collette.

Il tenait à savoir ce qui se passait.

La nouvelle du départ du marquis de Fleurance pour les Migettea l'intrigua profondément.

Une savait à quoi attribuer ce départ précipité. ' Bénévent était d'avis que c'était à cause du vol de bijoux que sod maître repartait.

Il allait sans doute rechercher aux Migéttes quelque indice, quelques renseignements pour fournir à la justice, car, selon lui, ce devait être

dans le trajet ou au moment de son départ que M"^ la marquise devait avoir été dépouillée.

C'était une explication fort naturelle, mais elle ne satisfaisait pas Denis, qui se demandait quel besoin le marquis de Fleurance avait de retourner à son château oii il venait de renvoyer sa femme afin d'assurer sa liberté.

Il se promit de veiller et de se renseigner en revenant.

— Eh bien ! on se reverra, dit-il en partant, puisque tu vas être libre avec ta femme. On ira faire quelques parties aux environs de Paris pour passer le temps.

Bénévent et Collette acceptèrent.

Denis était un joyeux compagnon de plaisir.

Ils avaient déjà fait avec lui quelques parties de campagne qui les avaient fort amusés.

En descendant l'escalier, Denis rencontra un jeune facteur du télégraphe qui montait.

Il eut le pressentiment qu'il apportait une dépêche pour le marquis de Fleurance.

Il l'arrêta et le questionna.

— Ce n'est pas pour chez nous? questionna-t-il, pour M. le marquis de Fleurance ?

— Précisément, répondit le petit télégraphiste. Il sortit le pli bleu.

— Donnez, je vais le monter, fit Denis en le prenant.

Il fouilla dans ses poches comme pour y chercher une pièce de monnaie pour donner un pourboire au gamin.

— Ah! bien, fit-il, j'ai joliment bien fait de te rencontrer; j'allais sortir sans mon porte-monnaie. Attends-moi en bas sur le trottoir, je te donnerai cinquante centimes.

Le petit télégraphiste n'était pas habitué à de semblables aubaines.

Joyeux, il redescendit en gambadant et en glissant sur la rampe.

Denis remonta.

Mais au lieu de s'arrêter au deuxième étage qu'habitait le marquis de Fleurance, il continua l'ascension jusqu'au cinquième.

Il y avait là, sur le palier, un robinet pour donner de l'eau aux domestiques qui avaient leurs chambres à cet étage.

Habile dans l'art de décacheter les lettres, le valet de chambre d'Hubert ne devait pas avoir grand'peine à ouvrir ce pli que retenait un simple bout de bande gommée

...Le marquis alla à sa rencontre dès qu'il l'aperçut. (P. 165.)

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Il riiiimecta légèrement avec le coin de son mouchoir pre'alablement imbibé par l'eau du robinet.

La gomme ne tarda pas à se dissoudre et Denis, soulevant la fermeture avec précaution, la détacha.

Il ouvrit la dépêche.

C'était le télégramme de Marion.

Aussitôt les yeux du misérable s'agrandirent sous l'impression de l'étonnement et de la joie.

Cette femme qui savait que le marquis de Fleurance devait retourner ce soir aux Migettes, ne pouvait être que cette maîtresse avec qui il venait de déjeuner chez Voisin.

Elle le tutoyait, du reste.

Elle lui donnait rendez-vous à la gare d'Orléans afin de faire le voyage avec lui.

— Marion!... se dit le valet de chambre. Ce n'est que son petit nom, ga!

Puis, il referma le télégramme dont la gomme était encore humide.

Il en sécha complètement l'humidité en le frottant avec la paume de sa main, appuyé sur son genou.

Quand il fut sec, Denis constata qu'aucune trace de son indiscrétion n'était visible, et il redescendit lentement.

Il avait mis la dépêche dans sa poche.

Arrivé sur le trottoir, il vit le petit télégraphiste et il sut jouer à sa vue un complet étonnement.

— Ah ! sapristi ! . . . fit-il avec un ahurissement parfaitement imité. Le diable m'emporte si je pensais à toi. — J'étais si préoccupé en ne retrouvant plus mon porte-monnaie que j'ai cru l'avoir perdu ; ce qui fait qu'en le cherchant, la dépêche et toi vous m'étiez complètement sortis de la tête.

Il exhiba le papier bleu.

— Tiens, la voici. Je n'ai même pas pensé à la remettre à M. le mar(|iiis.

Voilà toujours les dix sous que je t'ai promis, ajouta-t-il en donnant une pièce blanche au petit facteur, et si tu veux être bien gentil, évite-moi la peine de remonter.

— Volontiers.

' — C'est au second, la porte en face. Tu trouveras le second valet de chambre de M. le marquis.

— Bien.

— Va vile, je te payerai un verre pour la peine quand tu reviendras.

Et au moment où le gamin partit, Denis ajouta :

• — Dépêche-toi, je suis pressé.

Il ne voulait pas lui laisser le temps de causer avec Bénévent.

Une minute s'était à peine écoulée, que le petit télégraphiste reparut.

— Tu as trouvé mon collègue, lui dit Denis ?

— Oui, un petit, avec des favoris.

— C'est bien ça. — Yiens, nous allons prendre un verre.

Ils allèrent chez un marchand de vins oïj ils ne restèrent que le temps de prendre quelque chose.

Le petit facteur remercia et s'éloigna en souhaitant avoir souvent à porter des dépêches dans cette maison, tandis que Denis se disait :

— Il faut que je sache quelle est cette Marion !... Elle a l'air de tenir au marquis, cette petite femme-là !... Qui sait si elle ne l'empaumera pas complètement?... Faut voir!

Puis il réfléchit :

— Elle part avec lui ce soir, ajouta-t-il en se dirigeant vers l'Opéra, je puis donc la voir à la gare d'Orléans.

Et sa résolution prise, son plan immédiatement arrêté, le valet de chambre d'Hubert de Glamondans revint chez lui.

Il conjecturait posément sur ce qu'il allait faire.

Avant tout, il fallait que le marquis de Fleurance ne pût pas le reconnaître.

Ce n'était pas difficile.

Il était libre, puisque son maître était absent, il pouvait disposer de tout le temps qui lui serait nécessaire.

Il calculait et il cherchait à pressentir les événements.

— D'après cette dépêche, se dit Denis, M. le marquis va jusqu'à Touro. Cela l'éloigné passablement des Migettes, puisque d'habitude il quitte le train à Limeray.

Alors, conclut-il, c'est qu'il va sans doute coucher à Tours et il reprendra le train demain matin pour revenir sur ses pas.

Par précaution, le valet de chambre mit quelques pièces d'or dans son porte-monnaie, car il avait des économies assez importantes, grâce à sa manière particulière de comprendre la fidélité dans le service avec un maître comme le jeune duc de Glamondans qui ne savait jamais exactement ce qu'il possédait, et grâce aussi aux libéralités de Fernande.

Il s'habilla de son meilleur costume, celui qu'il mettait le dimanche quand il allait aux courses à Longchamp ou à Auteuil, car Denis était un fervent du sport.

Il prit sur son bras un léger pardessus couleur havane, doublé de soie

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comme celui d'un petit maître, et il lira de la poche de son gilet un lorgnon de buffle aux verres fumés dont il se servait sur le turf pour garantir ses yeux du soleil trop ardent.

En descendant, Denis s'arrêta un instant chez le concierge, son excellent ami, et il lui donna à entendre qu'il ne rentrerait probablement pas le soir.

C'était dimanche le lendemain.

Il allait profiter de ce qu'il était libre, disait-il, pour s'offrir une petite partie.

Dans la rue Meyerbeer, Denis entra chez le coiffeur qui le rasait chaque jour et il lui prit une de ces moustaches postiches posées sur un léger taffetas gommé dont les déguisés se servent au moment du carnaval.

— C'est pour faire une farce à un camarade, dit-il, à qui je veux faire croire que j'ai quitté le service de M. le duc.

Il se la fit ajuster par le coiffeur et il constata, en se regardant dans une glace, que cette simple addition suffisait pour modifier complètement l'expression de son visage.

Assurément, si le marquis de Fleurance le voyait à la gare, il ne le reconnaîtrait pas.

C'est, en effet, ce qui arriva.

Denis, ayant dîné dans un petit restaurant loin de son quartier, était arrivé de bonne heure à la gare d'Orléans.

Il avait ajusté son binocle qui achevait de le rendre absolument méconnaissable.

Bientôt il vit arriver le marquis.

Il eut soin quand môme de l'éviter et il le regarda aller et venir, comme un homme qui attend quelqu'un.

Quelques instants après, une jeune femme brune, d'une piquante beauté, descendit d'un fiacre et le marquis alla à sa rencontre dès qu'il l'aperçut.

— Voilà la petite femme à la dépêche, pensa le valet de chambre. Il ajouta même, en connaisseur :

— M. le marquis a bon goût.

C'était Marion.

Denis les vit s'approcher ensemble du guichet et il entendit le beaufrère de son maître demander une première simple et un aller et retour pour Tours.

— M"^ Marion, se dit-il, puisque c'est ainsi qu'elle se nomme, va

donc revenir à Paris!... Eh bien, alors je n'ai qu'à suivre et je saurai sûrement qui elle est.

Il prit à son tour un billet de seconde, aller et retour, pour la même destination et, se tenant à quelque distance, il suivit les deux amants sur le quai de la gare où le train était déjà formé.

Il vit le marquis s'adresser au contrôleur pour se faire donner un compartiment de coupé et il monta dans le wagon de seconde classe le plus rapproché de celui dans lequel il se trouvait.

Pendant le trajet, Denis continua à réfléchir et à conjecturer sur la situation.

Il pensait surtout à cette femme, dont il cherchait, par l'impression qu'elle avait faite sur lui, à évaluer la valeur morale, afm de pronostiquer si elle serait pour le marquis de Fleurance une de ces maîtresses auxquelles on s'attache solidement.

Marion était jolie, très piquante et très désirable.

Ses yeux brillants, les lèvres rouges, ses narines largement ouvertes, tout en elle semblait révéler la femme capable d'un amour passionné.

En même temps, le valet de chambre d'Hubert de Glamondans se demandait :

— Où M. le marquis a-t-il connu cette petite femme-là ? Puis, y réfléchissant, il ajoutait :

— Ce n'est pas une connaissance nouvelle... Ils ont l'air d'être camarades depuis longtemps... Tiens, tiens, et je n'en savais rien!... Je croyais tout bonnement que M. le marquis courtisait la brune et la blonde sans conséquence, qu'il flirtait avec les petites baronnes et les grandes actrices... Il m'a trompé!

Celle-ci n'est à coup sûr ni baronne, ni actrice... C'est une femme qui a l'air d'être sérieuse en amour et elle doit tenir à M. le marquis, puisqu'elle est au courant de tout, puisqu'elle sait qu'il est marié... Parbleu! sa dépêche prouve bien qu'il lui a tout dit!

Allons, allons, cette brunette-là va peut-être jouer un rôle dans l'histoire de M. le marquis !... On pourra l'y aider au besoin et, s'il est nécessaire, M. le duc donnera bien un petit coup de main à son beau-frère.

Lorsqu'on arriva à Tours, Denis fut un des premiers descendu du train.

Il guetta le marquis et Marion.

Il les vit, comme il s'y était attendu, prendre ime voiture et se faire conduire à l'hôtel de la Boule dor.

Ne voulant pas perdre de vue la maîtresse de Guy de Fleurance, il

prit lui-même dans la cour de la gare l'omnibus do cot hôtel et il y arriva quelques instants après eux.

On lui donna la chambre voisine de la leur, qui était précise'ment libre et ne se coucha pas avant d'avoir passé assez longtemps l'oreille collée contre la mince cloison pour entendre ce qui se disait de l'autre côté.

Il faut croire que Denis entendit des choses intéressantes et qu'il fut amplement édifié sur ce qu'il voulait savoir, car à plusieurs reprises ses yeux brillèrent et son visage s'épanouit de satisfaction.

Quand il fut couché, réfléchissant encore à ce qu'il avait entendu, il se disait :

— Où donc est M™* la marquise, puisqu'elle n'est pas aux Migettes ? Ces mots, en effet, prononcés par Marion, étaient arrivés jusqu'à lui :

— Demain tu seras fixé sur le -voyage de ta femme et tu m'écriias tout de suite.

Cela l'intriguait

Il aurait bien voulu que le marquis et Marion en parlassent plus explicitement.

Ils n'avaient rien dit de nature à lui faire soupçonner la vérité. Mais l'esprit de Denis travaillait.

— Alors, se disait-il, M. le marquis ne savait pas que sa femme devait venir à Paris !...

Maintenant, il vient sans doute d'apprendre qu'elle n'est pas retournée aux Migettes !... C'est pour cela qu'il y va! Que se passe-t-il donc ?

Que se manigance-t-il ?

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